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Politique Publié

Algérie-Maroc : Tebboune veut s'inscrire comme héritier de Boumediene

Initiée il y a presque 50 ans par le président Boumediene, la politique marocaine de l’Algérie n’a que peu évoluer. Abdelmajid Tebboune les dépassent tous et de loin, se positionnant ainsi comme l'héritier de Boumediene.

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Abdelmadjid Tebboune, président de l’Algérie / DR

La guerre médiatique entre Rabat et Alger a repris de plus belle. L’élection d’Abldemajid Tebboune a mis fin à la «trêve» observée par les deux pays, surtout à l'initiative du royaume, durant les marches du Hirak. Il est lieu de noter qu’en seulement six mois d’exercice du pouvoir, le chef de l’Etat algérien a battu les records de ses prédécesseurs, multipliant les déclarations anti-Maroc. En voici quelques dates clés.

Déjà le 11 novembre 2019, dans une interview accordée à la chaîne El Bilad, il a qualifié la présence marocaine au Sahara d’ «occupation». «C’est un dossier de décolonisation qui doit être réglé en accordant le droit à l’autodétermination» pour savoir si les sahraouis «veulent être des Marocains (…) ou libres».

Une position qu’il défendra le 19 décembre lors de la cérémonie de son investiture à la magistrature suprême. «Je souligne clairement que [le] Sahara occidental relève d'une question de décolonisation qui est entre les mains des Nations unies et de l'Union africaine».

Le 22 janvier 2020, il s’emporte violement contre l’ouverture de consulats de pays africains à Laayoune et Dakhla. «Si vous ne respectez pas les actes constitutifs en tant qu’organisation continentale, comment voulez-vous que les autres organisations nous respectent ?», déclarait-t-il en tentant d’impliquer l’Union africaine. Et de promettre que son pays «ne gardera pas le silence (…) Certains disent que c’est une décision souveraine, mais personne ne doit toucher la souveraineté d’autrui. La RASD est un membre fondateur de l’Union africaine».

Depuis, le ministère des Affaires étrangères algérien a pris le relais pour condamner chaque cérémonie d’ouverture d’une représentation diplomatique d’un Etat africain dans la province.

Tebboune fait du Sahara, un dossier présidentiel

Le dossier du Sahara est régulièrement présent dans les interventions présidentielles à l'étranger. Le 20 février, lors de sa première intervention lors d'un sommet de l’Union africaine, il révèlait avoir «exhorté dans une lettre» le secrétaire général des Nations unies d’«hâter» la désignation d’un successeur à Horst Köhler afin de «relancer le processus de règlement de la question du Sahara occidental».

De retour à Alger, le voilà qui revient à la charge. Dans une interview accordée au quotidien Le Figaro, il accusait indirectement le lobby du Maroc de saborder les relations franco-algériennes avec d'étranges arguments. «L’usine Renault qui est ici (Oran) n’a rien à voir avec celle qui est installée au Maroc», a-t-il affirmé.

Le président Tebboune a offert une autre manifestation de sa politique hostile envers le Maroc. Le jeudi 30 avril à l’occasion d’un point de presse avec certains directeurs de médias algériens, il a en effet rejeté catégoriquement la piste du recours aux emprunts extérieurs du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, au motif que son pays «y perdra sa souveraineté et ne pourra parler alors ni de la Palestine ni de la question du Sahara occidental».

Ne dérogeant pas à sa politique, il saisi la 26e édition du sommet des pays du Mouvement des non-alignés (MNA), organisé le 4 mai à Bakou par visioconférence, pour lancer «un appel au Conseil de sécurité des Nations unies pour se réunir, dans les plus brefs délais, et adopter une résolution appelant solennellement à l’arrêt immédiat de toutes les hostilités à travers le monde, notamment en Libye, sans omettre la situation dans les territoires occupés en Palestine et au Sahara occidental». 

Une évocation qui a irrité le ministre des Affaires étrangères marocain. Dans un discours, Nasser Bourita a souligné que l’Algérie «au lieu d’utiliser ses ressources pour améliorer la situation précaire de sa population dans le contexte de la pandémie Covid-19, les détourne pour alimenter la déstabilisation régionale».

Abdelaziz Bouteflika et les autres

La politique anti-Maroc est une constante de l’exercice du pouvoir en Algérie. Initiée il y a presque cinq décennies par le président Boumediene, elle n'a depuis pris aucune ride. Presque tous les responsables politiques s’en tiennent à l'application presque religieuse de ses lignes fondatrices. Ministre des Affaires étrangères sous Boumedienne, Abdelaziz Bouteflika en est le digne héritier

Fin octobre 2013, alors président, il indiquait dans un message aux participants à une réunion de soutien au Polisario, Abuja au Nigeria, que «plus que jamais d'actualité la nécessité de mettre en place un mécanisme international de suivi et de surveillance des droits de l'Homme au Sahara occidental». La commémoration de la journée mondiale de l’ONU, lui donnait l’occasion de récidiver. Dans une lettre adressée à l’ancien secrétaire général Ban Ki-moon, il s’était prononcé en faveur «du droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination».

Le 1er novembre 2013, un sit-in de protestation devant le consulat d’Algérie à Casablanca ajoutait de l’huile sur le feu des relations déjà tendues entre les pays. Un Marocain saisit cette occasion pour escalader le mur de la représentation diplomatique et arracher le drapeau algérien pour le brandir tel un butin de guerre.

Le 20 octobre 2017, l’ancien ministre des Affaires algériennes Abdelkader Messahel tient à montrer son engagement à la politique marocaine de son pays en s’en prenant au royaume. Incapable d’expliquer la forte percée des investissements marocains en Afrique, y compris dans des zones autrefois réputées proches de l’Algérie, il a opté pour la fuite en avant. Face à des hommes d’affaires locaux, il a tout simplement accusé Rabat de «recycler l’argent du haschisch via ses banques sur le continent». Et d’ajouter que la compagnie aérienne opérant en Afrique «ne transportent pas uniquement des voyageurs».

Pour sa part, le général à la retraite Abdelaziz Moujahid, également membre du Comité algérien de solidarité avec le Polisario, traitait le 28 mai 2018 le Maroc de «supplétif des stratégies hégémoniques colonialistes et impérialistes occidentales». Et d’ajouter que la relation entre le Maroc et l’Algérie est «condamnée». Un verdict qui ne se confirme au fil des jours, notamment avec l'escalade de ces derniers mois entre les deux pays voisins.

Les attaques de responsables marocains marginalisées ou sanctionnées

Hamid Chabat est la personnalité politique ayant le plus irrité les Algériens. Fidèle à la vision de son parti, élaborée du temps d’Allal El Fassi, l’ancien secrétaire général ne ratait aucune occasion pour brandir le dossier du Sahara oriental.

Ainsi le 1er mai 2013, il réclamait lors d’un meeting organisé à Rabat réclamant la récupération de Tindouf et Béchar. Une position réaffirmée le 6 juillet de la même année. Depuis Bouarfa, ville frontalière avec l’Algérie, il insistait sur la chaîne Al Aoula que «son parti maintient la revendication de la récupération de tout le territoire du Sahara oriental, incluant Tindouf, Béchar, Knadssa, Hassi Beida et tous les territoire spoliés».

Les autres cadres de l’Istiqlal apportaient également un soutien aux demandes de leur chef. Le 4 décembre 2013, Mohamed Ansari alors président du groupe de la Balance, demandait au gouvernement Benkirane de porter le dossier du Sahara oriental devant les Nations unies.

Si les déclarations de Chabat n’ont eu aucun effet sur la politique marocaine à l’exception d’alimenter la guerre médiatique entre les deux pays, la sortie de Salaheddine Mezouar sur l’Algérie a été fatale pour la carrière de l’ancien ministre des Affaires étrangères à la tête de la CGEM.

Le 12 octobre 2019 alors qu’il participait à un forum politique à Marrakech, il s’est permis de commenter la politique algérienne, appelant le général Gaid Salah à «partager le pouvoir avec le peuple». Mal lui en a pris. Il a été poussé à présenter sa démission de la présidence de la CGEM.

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