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Politique   Publié

CGEM : Mezouar démissionne pour avoir critiqué le pouvoir militaire en Algérie

La petite incursion de Salaheddine Mezouar dans le terrain de la diplomatie a mis brusquement un terme à sa courte carrière à la tête de la CGEM. Il a payé cher son commentaire sur la situation en Algérie.

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Salaheddine Mezouar et Nasser Bourita / Archive - DR

Salaheddine Mezouar a présenté cet après-midi sa démission de la présidence de la CGEM pour «des raisons de contraintes personnelles majeures», selon un message adressé aux membres de la Confédération. Il n’a pas donné davantage de détails pour expliquer son départ précipité. 

Quelques heures auparavant, le ministère des Affaires étrangères a ouvertement tancé Mezouar pour avoir critiqué la situation en Algérie, érigée depuis la fameuse déclaration de Nasser Bourita de mars dernier, en nouvelle ligne rouge pour les officiels.

Pour mémoire, le chef de la diplomatie avait alors martelé que «le Maroc n’a ni à se mêler des développements internes que connait l’Algérie (…) Aucune déclaration n’a été faite à aucun média, de manière formelle ou officieuse».

«Le gouvernement de Sa Majesté le Roi dénonce la démarche irresponsable, maladroite et irréfléchie de M. Salaheddine Mezouar, président de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), qui a cru devoir commenter la situation interne en Algérie lors d’une conférence internationale tenue à Marrakech», cable sur un ton peu diplomatique le ministère des Affaires Étrangères dans un communiqué publié ce dimanche.

La CGEM, poursuit la même source, «ne peut se substituer au gouvernement de SM le Roi dans la prise de positions sur les questions internationales et notamment le développement dans ce pays voisin». Et d’ajouter que la position du Maroc à ce sujet est «claire et constante».

Mezouar a appelé les militaires en Algérie à partager le pouvoir avec le peuple

Des propos qui rappelle le communiqué publié, en décembre 2016, par Mezouar lui-même, alors qu’il était encore ministre des Affaires étrangères, pour condamner la sortie toute critique du chef du gouvernement Abdelilah Benkirane sur l’intervention russe en Syrie.

«Les prises de positions officielles (du Maroc) interviennent à la suite d’une évaluation réfléchie et d’un processus d’interaction et de validation impliquant plusieurs acteurs et institutions. Elles ne peuvent, de par leur complexité et leur gravité, faire l’objet d’improvisations hasardeuses, ni exprimer des points de vue personnels», avait-t-il alors expliqué.

Hier, lors de la première journée du World Policy Conference, organisé à Marrakech, Salaheddine Mezouar a appelé l’homme fort en Algérie à accepter de partager le pouvoir avec le peuple algérien.

Des propos qui auraient mis fin à la carrière du désormais ex-président de la CGEM. On peut noter une sorte d’ironie de voir un ancien chef de la diplomatie tancé par son successeur le poussant même  à démissionner d’une organisation professionnelle censée être indépendante de toute autorité gouvernementale. A moins que cette «démission» ne soit que l’épilogue d’une série de tensions internes au Maroc : Il y a quelques mois les critiques exprimées par des membres de la Confédération à l’égard de la ZLECAF n’ont guère été appréciées par certaines parties.

Mezouar avait été élu, en mai 2018, à la tête de la CGEM. Une élection qui avait provoqué des grincements de dents chez une partie du patronat marocain mais aussi dans les rangs du PJD.

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