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Covid-19 : Les Marocains responsables des errances stratégiques du ministère de la Santé [Edito]

La stratégie du ministère de la Santé pour combattre la covid-19 est passée par trois phases : La fermeté avec le consentement de la population ; l’autocongratulation saluée par la population qui rêvait de déconfinement ; faire porter la responsabilité à cette même population.

Publié
Saâd-Eddine El Othmani et Khalid Aït Taleb / Archive - DR
Temps de lecture: 3'

Malgré la sécheresse, cet été est un naufrage. Face à la situation épidémiologique qui devient incontrôlable, le gouvernement a déjà fait le procès des Marocains : tous coupables. Le ministère de la Santé et les membres du conseil scientifique qui se jetaient des fleurs pour leur gestion de la crise sanitaire, en juin, n’ont pas hésité à faire porter le chapeau aux citoyens plutôt que d’assumer leurs échecs. En matière de santé publique, rejeter la responsabilité sur les individus démontre la panique dans laquelle se trouvent les responsables politiques, mais aussi leur allergie au principe de reddition des comptes. Il est d’ailleurs étonnant que les responsables au ministère de la Santé ne soient pas pointés du doigt pour la contamination dans les hôpitaux au même titre que les chefs des entreprises devenues des foyers infectieux.

Nous, citoyens, devons nous contenter d’appliquer doctement les règles édictées par le ministère de la Santé. Mais quand la stratégie foire, nous devons endosser l’entière responsabilité de leurs choix politiques. Tant qu’à être collectivement présumés coupables, ne peut-on pas au moins interroger M. Aït Taleb sur sa stratégie ? Quid de l’efficacité du traitement à base d’hydroxychloroquine adopté avant même qu’une étude scientifique sérieuse ne prouve son efficacité ? Pourquoi ces dernières semaines avons-nous un taux de mortalité relativement élevé (>2%) alors que la moyenne d'âge a considérablement diminué depuis mars dernier. On nous avait pourtant promis le remède miracle...

«Tester-tracer-isoler» oublié

Comment se fait-il que la stratégie «tester-tracer-isoler» prend l’eau de toute part sans que nos responsables politiques expliquent à la population les raisons de ces défaillances ? Pourtant, les témoignages de médecins sur les pénuries sont accablants. Quand les cas symptomatiques ne sont pas renvoyés chez eux sans test, ils doivent attendre 5 à 6 jours pour obtenir les résultats. Dès lors, peut-on encore parler de stratégie de dépistage efficace quand la propagation a eu le temps de faire le tour du foyer ?

En guise d’explication, les citoyens devront se contenter d’une mesurette dont on a du mal à comprendre l’intérêt. Le dépistage pourra se faire désormais au niveau de centres de santé de proximité. Une décentralisation que beaucoup appelait de leurs vœux (notamment les laboratoires médicaux), mais qui est rendue inopérante par la décision de ne pratiquer qu’un test sérologique rapide peu fiable et qui détectera l'infection trop tardivement. Etrange choix alors que le même ministre de la Santé a imposé un double test (PCR + sérologique) de moins de 48 heures pour les Marocains bloqués et résidant à l’étranger voulant rentrer au pays.

Le personnel hospitalier en burn out

Si la phase «tester» est en train de prendre l’eau, la phase «tracer» est perdue dans les limbes de l’application Wiqaytna. En deux mois, aucun retour sur son efficacité n’a été fourni au public. Tout juste avons-nous été informés quand plus d’un million de personnes l’avait téléchargée. Quand à la phase «isoler», elle vient d’être enterrée sans qu’on nous explique comment avons nous pu en arriver là en l’espace d’un mois. Le gouvernement avait plus de 3 mois de confinement pour élaborer une stratégie et mettre plus de moyens au profit du système hospitalier. Or, on assiste actuellement à un désengagement à pas de chat : les cas asymptomatiques et symptomatiques légers devront prendre le traitement à domicile, risquant d’infecter leurs proches mais surtout prenant des risques pour leur santé cardiaque. En effet, le même ministère de la Santé expliquait que l’administration de l’hydroxychloroquine au Maroc ne posait aucun problème puisqu’elle se déroulait sous surveillance médicale avec des électrocardiogrammes pour le suivi.

Vous l’aurez compris, informer le public sur les défaillances, les ratés ne semble pas être la priorité du ministre de la Santé. Aucune explication ni mea culpa sur les centaines d’infections de membres du corps hospitalier à Fès, Tanger ou Marrakech. Pour reprendre le vocabulaire guerrier adopté par de nombreux responsables politiques à travers le monde au sujet de la pandémie, le personnel hospitalier a l'impression d'être devenu de la chair à canon, en l’absence de tout plan de bataille sérieux. Et c’est la population que le ministère de la Santé est censée défendre qui est depuis quelques semaines sur le banc des accusés.

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