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Transports Publié

Le chaos de dimanche et la manipulation des chiffres des accidents mortels par Abdelkader Amara

Alors que les statistiques relatives aux accidents de la circulation sont publiées de manière hebdomadaire, le ministre des Transports a révélé les chiffres pour les seules journées de dimanche et lundi afin de rassurer la population excédée par les récentes scènes de chaos sur les routes. Mais dans cet exercice de «transparence», Abdelkader Amara fait dire aux chiffres le contraire de ce qu'ils démontrent.

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On peut faire dire aux statistiques l’inverse de ce qu’elles démontrent. C’est un exercice dont sont coutumiers les responsables politiques pour mieux habiller leur bilan ou camoufler leurs défaillances. C’est le jeu auquel s’est adonné le ministre de l’Équipement, du transport, de la logistique et de l'eau pour soutenir le gouvernement El Othmani suite à la décision d’interdiction de déplacement pour 8 villes à partir de dimanche 26 juillet à minuit. Après Mustapha Ramid et d’autres figures du PJD, c’est donc au tour d'Abdelkader Amara de tenter de contenir la colère populaire, chiffres à l’appui.

«Afin d’éclairer l’opinion publique» plaide-t-il, les 2 jours de chaos routier n’ont pas engendré une recrudescence anormale d’accidents, de blessés et de morts. Dans le détail, pour la journée du dimanche 26 juillet, le bilan est de 96 accidents corporels faisant 9 tués, 19 blessés graves et 146 blessés légers. La journée du lundi 27 juillet 2020 a enregistré 103 accidents, 6 morts, 7 blessés graves et 141 blessés légers. En deux jours seulement, le pays a donc connu 199 accidents corporels, 15 morts, 287 blessés légers et 26 graves.

Circulez, il n'y a rien à voir...

Le ministre s’empresse de comparer ces derniers chiffres à ceux de l’année dernière pour prouver la «normalité» de ce bilan routier. Ce qu'Abdelkader omet de préciser, c’est l’anormalité de la période que nous vivons, rendant suspecte toute comparaison superficielle. Les frontières étant maintenues fermées, il n'y a ni touristes étrangers, ni les Marocains à l'étranger (MRE) qui circulent sur les routes du royaume. En effet, en juillet 2019, au parc de voitures en circulation au Maroc s’ajoutait environ 280 000 véhicules de Marocains résidant à l’étranger.

De plus, la situation sanitaire n’avait rien à voir, puisqu’aujourd’hui, de nombreux Marocains limitent leurs déplacements de peur qu’une ville soit reconfinée. Ainsi, pour pouvoir réellement comparer la période actuelle à celle de 2019, il manque une variable clé pour la pondération : le nombre de véhicules sur les routes. Ce que le ministre a soigneusement omit de révéler pour mieux noyer le poisson.

Pour vérifier la thèse du ministre des Transports, nous n’avons malheureusement pas les statistiques des véhicules en circulation. Mais une analyse minutieuse des bilans hebdomadaires d’accidents de la route conduit à une conclusion aux antipodes de celle d'Abdelkader Amara. Car si la comparaison avec les chiffres de juillet 2019 est biaisée, il suffit de nous référer aux statistiques de juillet pour constater l'évolution de la mortalité, accentuée dimanche et lundi dernier.

Ainsi, à partir des chiffres de mortalité révélés par le ministre, en seulement 2 jours, le royaume a déploré autant de morts que toute la semaine du 20 au 26 juillet, presque autant que la semaine du 13 au 19 juillet, et 50% en plus que la semaine du 6 au 12 juillet. En seulement deux jours !

Evidemment, il est difficile de lier ces 15 décès uniquement à la décision soudaine des ministères de l’Intérieur et de la Santé. Plusieurs facteurs conjoncturels sont également impliqués comme le dernier week-end avant l’Aïd al-Adha, synonyme de nombreux chassés-croisés de véhicules sur les routes. Il n’en demeure pas moins que l’opération «Il faut sauver le gouvernement de la pagaille qu’il a déclenchée» fait pschitt pour qui sait lire entre les lignes le communiqué et reprendre les statistiques dans le détail.

Article modifié le 2020/07/31 à 00h53

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