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Société Publié

Les Marocains décrivent une nuit de chaos pour échapper au confinement

Peu de temps après l’annonce, hier soir, de l’interdiction de voyager vers et depuis huit villes marocaines, des milliers de voyageurs auront vécu leur pire traversée, quelques jours avant l’Aïd al-Adha.

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Photo d'illustration / DR.

Quelques minutes après l’annonce par les ministères de l’Intérieur et de la Santé, dimanche soir, d’une interdiction de voyager vers et depuis huit villes marocaines, les personnes souhaitant passer l’Aïd al-Adha avec leurs familles ont pris la route dans la précipitation, dans l’espoir d’atteindre leurs lieux de destination avant minuit.

Cette nouvelle subite a poussé en effet de nombreuses personnes vers les routes, les gares routières ou ferroviaires, afin de fuire la ville avant l'ultimatum de cette mesure, qui devrait rester maintenue pendant 14 jours. Par conséquent, des milliers de voitures et autocars se sont retrouvés sur les routes en même temps, noyés dans d’infinis embouteillages. Panique et précipitation ont même engendré plusieurs dizaines d’accidents de voiture.

Partir en vitesse et à tout prix

Mohamed, qui travaille à Casablanca, était l’un des nombreux Marocains ayant décidé de prendre la route avant l’entrée en vigueur du verrouillage des sorties de la ville. Voulant passer l’Aïd al-Adha avec sa famille à Taza, il a déclaré à Yabiladi avoir reçu la décision gouvernementale «comme une bombe».

«J’avais prévu de me rendre jeudi à Taza pour passer l’Aïd avec ma femme et mes parents, mais j’ai été contraint de quitter Casablanca précipitamment, vers 21 heures.»

Mohamed (De Casablanca à Taza)

Mohamed, qui a pu arriver à destination, a confié en revanche que le voyage a été éprouvant. «Dès que je suis arrivé sur l’autoroute, j’ai été choqué par les embouteillages», nous décrit-il. Sur la route vers Taza, il a déclaré avoir «rencontré une quinzaine d'accidents de la circulation», «sans oublier les pannes et les voitures garées au bord de la route», a-t-il ajouté. Un voyage long et épuisant pour Mohamed, qui est enfin arrivé à 5h du matin à Taza.

Bien plus au sud du pays, Salma* a prévu de passer l’Aïd avec son mari à Agadir. Elle aussi a été affectée par la même décision. «J’étais à Marrakech lorsque la décision a été annoncée, alors que je rendais visite à mes parents», a déclaré Salma à Yabiladi.

Inquiète de se retrouver bloquée à Marrakech, Salma a dû partir en vitesse. «J’ai d’abord voulu emprunter la correspondance de l’ONCF vers Agadir, mais toutes les places étaient réservées et j’ai dû obtenir une autorisation pour quitter la ville», a-t-elle ajouté. «Je suis allée à la gare routière et j’ai finalement pris un autocar qui se dirigeait vers Tan Tan, et qui allait s’arrêter à Agadir», nous raconte Salma.

«En raison de la forte demande, j’ai dû payer un prix beaucoup plus élevé que d’habitude. L’autoroute était vraiment bondée et Dieu merci, nous avons échappé à plusieurs accidents de la circulation.»

Salma (De Marrakech à Agadir)

Des gares archicombles

Le chaos d’hier a également affecté les voyageurs qui ont eu la chance d’acheter un billet de train. Ghizlane, une baby-sitter qui vit à Casablanca, a déclaré que bien qu’elle ait réussi à se procurer son ticket avant l’annonce de l’interdiction, son voyage à destination de Meknès n’a pas été facile.

«J’avais envisagé de partir pour Meknès mardi, et passer l’Aïd avec mes parents. Dimanche, j’ai commencé à recevoir des messages sur WhatsApp concernant une éventuelle interdiction de voyager. Je me suis vite préparée et je suis allée à la gare, sans réfléchir deux fois», se souvient-elle.

Effrayée et surtout stressée de ne pas pouvoir voyager, Ghizlane s’est précipitée à la gare de train pour se procurer l’un des derniers billets restants.

«En arrivant à Meknès, j’ai réalisé que la situation empirait pour les autres. Les gens couraient partout et essayaient désespérément de prendre le dernier train.»

Ghizlane (De Casablanca à Meknès)

La gare de Meknès a été «assiégée par la police, qui a refusé de laisser les gens entrer». «Les voyageurs désireux de quitter la ville se rassemblaient dehors et protestaient. Ils essayaient de rentrer pour réserver des billets pour le dernier, qui était déjà complet à 22 heures», a-t-elle regretté.

Plusieurs autres voyageurs ont vécu leur pire périple, dimanche soir, en essayant de rentrer chez eux pour l’Aïd. Des photos et des vidéos partagées sur les réseaux sociaux ont montré les routes bondées et les stations de transport archicombles. Alors que de nombreux voyageurs ont enfin réussi à arriver à destination, contre vents et marrées, d’autres sont restés bloqués en raison d’une mesure ayant pris tout le monde de court... ou presque.

* Le prénom a été changé

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