En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour une meilleure utilisation de nos services. En savoir plus.X

Politique Publié Le 20/03/2017 à 14h00

Le magazine de David Horowitz conseille à l'Espagne de rétrocéder Ceuta et Melilla au Maroc

Un magazine conservateur en ligne a proposé la semaine dernière à l’Europe et à l’Espagne une nouvelle formule pour mettre fin aux flux migratoires. Le point sur les principaux avantages avancés par ce média pour rétrocéder Ceuta et Melilla et débarrasser l’Espagne et l’Europe de ces deux «talons d’Achille».

Des migrants à la frontière grillagée séparant l’enclave espagnole de Ceuta du Maroc. / Ph. Keystone

Rétrocéder Ceuta et Melilla aux Marocains pour contrôler les flux migratoires. C’est la formule présentée la semaine dernière par le magazine Front Page Mag, édité par le Centre David Horowitz pour la liberté, basé en Californie. Dans un long article - qui retrace au passage l’histoire de la présence des musulmans à Al Andalus -, le média conservateur verse dans l’identitarisme et l’islamophobie, faisant le lien entre la présence de musulmans en Europe et les revendications de l’organisation «Etat islamique» (Daech).

A l’origine de cette proposition surprenante, une vidéo de Daech datant du 31 janvier 2016 dans laquelle l’organisation terroriste promet, toujours selon le magazine, de «récupérer Al-Andalus, si Allah le veut». «Aucun musulman ne peut oublier Cordoue, Tolède ou Xàtiva. Il y a beaucoup de musulmans fidèles et sincères qui jurent qu'ils reviendront à Al-Andalus», poursuit la même source. Le magazine consacre ensuite de longs paragraphes à la chute de ce territoire et à la dernière bataille qui opposa les musulmans aux chrétiens en 1492, suite à laquelle les premiers perdirent le Royaume de Grenade au profit des seconds.

Après ce rappel historique, la publication tombe dans la provocation, arguant qu’«il y a maintenant des millions de musulmans dans toute l'Europe (…) qui font toujours l’actualité en raison des perturbations qu'ils provoquent». Le pure player va même jusqu’à affirmer que les musulmans installés sur le Vieux continent «contestent les lois et coutumes des infidèles, (…) remboursent leurs bienfaiteurs avec des taux de criminalité en hausse et commettent des actes de terrorisme comme un complément utile à la conquête démographique implacable et au jihad furtif infligés à leurs malheureux hôtes».

Malgré les défaites de l’«Etat islamique», d’autres musulmans «rêvent de reconquérir Al-Andalus»

La même source enchaîne avec l’Etat ibérique, où les musulmans n’y sont pas «beaucoup présents», mais qui revêt une particularité pour les fidèles de l’islam. La raison ? «Sur la liste des choses à faire, les terres qui faisaient autrefois partie du Dar al-Islam sont celles qui devraient être les premières à être récupérées pour la domination musulmane», écrit Front Page Mag. L’occasion de citer des versets du Coran, qui n’évoquent pourtant pas l’Espagne, et de faire le lien avec de précédentes déclarations de Daech sur les réseaux sociaux. D’après le média californien, l’Espagne demeure la source de presque tous les maux de l’Union européenne. C’est à travers les deux présides occupés sur le territoire marocain que les musulmans pourront reconquérir Al-Andalus, poursuit-il.

«Alors que les rêves de gloire de l’Etat islamique semblent avoir été brisés lors de la défaite à Mossoul (…), les musulmans - ordinaires et non pas "extrémistes", mais musulmans tout de même -, rêvent de reconquérir Al-Andalus. Ils peuvent y parvenir à travers les deux villes en Afrique du Nord sur le littoral marocain, qui appartiennent à l'Espagne.»

Le magazine ne tarde pas à fustiger l’immigration vers l’Europe, rappelant que les immigrés «ne peuvent pas, conformément aux engagements stupides des Etats européens, être renvoyés suite à leur nouveau statut de réfugiés». Et de poursuivre en tirant à boulets rouges sur les autorités marocaines.

«Le roi du Maroc, comme Kadhafi en Libye, peut faire beaucoup pour empêcher les migrants d'atteindre Ceuta et Melilla, et le fait si cela lui convient.»

Ceuta et Melilla, des «talons d’Achille» pour l’Espagne

Front Page Mag critique ensuite les raisons liées à la «mémoire historique et [au] prestige» qui ont poussé l’Espagne à maintenir les deux présides occupés, insistant sur le fait que Ceuta et Melilla ne présentent «aucune ressource significative ni autres avantages économiques» pour l’Etat ibérique.

Les arguments avancés pour un retrait de l’Espagne de ces deux villes ne manquent pas : population musulmane de près de 40% avec un pourcentage à la hausse, dépenses relatives aux barrières, coûts liés aux entretiens des centres pour les réfugiés. Des arguments qui poussent le média à s’interroger sur les raisons qui empêchent l’Espagne de «donner simplement Ceuta et Melilla au Maroc». «Les Marocains seront extasiés et considéreront cela comme un triomphe de la fermeté de leur diplomatie. Mais ce sera encore plus qu’un triomphe pour l'Espagne, qui se débarrassera de ces talons d’Achille.» «Les seules personnes qui ne seront pas satisfaites seront les migrants», estime l’auteur de l’article. Dans un tel scénario, «si les migrants arrivent à Ceuta et Melilla, ils seront toujours en Afrique et les Marocains, comme on peut l'imaginer, se permettront d'utiliser des méthodes pour décourager les migrants (…) que les Espagnols, faisant le pire, n'auraient jamais pu utiliser», estime-t-il.

Une recette susceptible de «guérir ce mal de tête». «Ne rendez pas les choses plus faciles, ne contribuez pas à gonfler la population musulmane de l'Espagne ou de l'Union européenne. Abandonnez Ceuta, abandonnez Melilla», conclut-il.

Seule petite bourde, hormis ce raisonnement qui s’appuie complètement sur les socles du nationalisme, de l’identitarisme et de l’islamophobie ? Lorsque Front Page Mag évoque le roi du Maroc, il cite «le roi Hassan» qui peut, selon la même source, «régler le flux de migrants en fonction de ce qu'il veut de l'Espagne et de la pression qu’il doit exercer pour obliger les Espagnols à se conformer à ses demandes». Comment Front Page Mag peut conseiller l’Union européenne dans sa politique migratoire, s’il ne le fait pas auprès de ses propres journalistes ?

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com