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Société Publié

Maroc : La vie des femmes dans la prison du confinement [Rapport]

Après près de trois mois de confinement sanitaire, 16 associations à travers le Maroc font un premier bilan de la situation des violences contre les femmes, dans le contexte de la pandémie du nouveau coronavirus. Ces observations ont été rassemblées dans un rapport, coordonné par l’association MRA.

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Photo d'illustration / Ph. Nuria Ling - Today

L’association Mobilising for rights associates (MRA) a centralisé les données recueillies par 16 ONG locales à travers le Maroc et travaillant sur les violences faites aux femmes, concernant cette problématique dans le contexte du confinement sanitaire. Il en ressort que ces violences ont pris différentes formes, particulièrement économique, psychologique et physique. Certaines ont été accentuées par les inégalités dans l’accès à certains droits, tandis que d’autres se sont amplifiées par l’enfermement à domicile.

«La violence à l’égard des femmes au Maroc était déjà une pandémie en soi avant même la crise de la covid-19, vu que 57% des femmes déclarent avoir subi au moins un acte de violence au cours des 12 mois précédents», note la structure, qui a rendu public son rapport ce mercredi. Ainsi, 76,47% des répondants au questionnaire dédié ont déclaré avoir remarqué «des changements qualitatifs dans la nature des violences pendant la période de l’état d’urgence sanitaire».

Les déclencheurs contextuels de ces changements sont principalement liés à la «coexistence forcée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans des petits espaces», indiquent les résultats.

Une violence économique qui questionne l’accès aux prestations sociales

Les résultats retiennent notamment les «conditions économiques difficiles en raison de la perte de revenus d’un ou de plusieurs membres de la famille» comme facteur aggravant de ces violences. A celles-ci s’ajoute l’«augmentation des charges sur les femmes pour les travaux ménagers pendant le confinement, y compris des responsabilités nouvelles et additionnelles pour l’éducation à domicile des enfants».

L’évolution des formes de violence a également été dépendante de «la vulnérabilité de l’emploi et des menaces de licenciements». De même, l’accès limité des femmes aux prestations et à la couverture sociales, ont accentué la violence économique en temps de confinement. «Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de travailler dans un emploi vulnérable (informel ou non rémunéré), à 64,6% contre 47,3% pour les hommes et donc moins susceptibles d’être enregistrées auprès de la CNSS», souligne MRA.

Les cartes «Ramed» sont d'ailleurs le plus souvent distribuées aux maris. «Les femmes célibataires vivant seules doivent prouver que leur père est décédé, tandis que les femmes divorcées et les veuves doivent apporter la preuve du divorce ou du décès du mari afin d’obtenir une carte Ramed», pour enfin bénéficier de cette aide spéciale. La procédure s’est avérée un parcours de combattant, particulièrement avec la suspension partielle ou temporaire de certains services administratifs.

Par ailleurs, MRA a noté que des femmes ont été privées par leurs époux de soutien financier. Aussi, des ex-maris auraint refusé de verser des pensions alimentaires pour les enfants. L’ONG a observé également des cas de «vol par le mari des économies de sa femme pour contribuer aux dépenses du ménage».

Une convergence de plusieurs formes de violences

La violence psychologique et psychique a également pris une dimension différente de ce qu’elle a été, avant l’urgence sanitaire. Selon les cas signalés par les association ayant participé à ce rapport, les menaces d’expulsion des femmes du domicile conjugal auraient été plus fréquentes. Les ONG ont noté aussi «des menaces de divorcer et des pressions sur les femmes pour qu’elles renoncent à leurs droits en échange d’un divorce» annulé.

MRA décrit également des situations d’isolement social, renforcé par la restriction des mouvements des femmes par leurs maris. Interdites de sortie, de téléphone, elles n'ont pu obtenir le soutien de la famille élargie. Ces usages se seraient accompagnés, dans certains cas, de viols conjugaux. Les femmes ont eu des «difficultés à demander de l’aide en raison de la présence constante de l’agresseur à la maison», indique l’ONG.

Des formes de violences ont été enregistrées aussi sur les lieux de travail, notamment dans les usines et le secteur agricole, selon les données recueillies par MRA. Il s’agit notamment d’«abus et coercition à l’égard des femmes, les empêchant de faire valoir leurs droits à un environnement de travail sûr vu la crise sanitaire», le «non-respect des règles relatives à l’hygiène, aux mesures de désinfection, aux horaires de travail, à la distanciation», ou encore des situations de harcèlement sexuel dans le milieu professionnel, de «chantage» ou de «menaces de licenciement».

Face aux restrictions sur les mouvements dans l’espace public, MRA a noté par ailleurs une augmentation des signalements de cas de violence numérique et de harcèlement via Internet. En somme et concernant toutes ces formes de violences, «88,67% des répondants en ligne ont signalé des changements dans les conditions de vie des femmes et / ou dans leurs comportements», selon la même source.

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