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Maroc - Algérie : Une guerre d’influence au Maghreb

La Mauritanie, la Tunisie et la Libye sont des terrains où se jouent la guerre d’influence que se livrent le Maroc et l’Algérie. Les derniers développements sur la scène maghrébine apportent de nouvelles preuves de ce duel.

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Le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita et le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum. / DR
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Avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune à la présidence, la guerre d’influence entre le Maroc et l’Algérie au Maghreb a repris de plus belle. Chacun des deux voisins ennemis scrute la moindre action de l’autre destinée à avancer ses pions sur l’échiquier régional pour enclencher la riposte.

Ainsi, le 9 juin et en pleine séquence du Coronavirus, une forte délégation ministérielle algérienne a atterri à l’aéroport international de Nouakchott avec à son bord le chef de la diplomatie Sabri Boukadoum, les ministres des Finances, du Commerce, du Tourisme et de la Santé et le président de l’Agence algérienne de coopération internationale, le colonel Mohamed Chafik Mesbah, ainsi que des aides humanitaires.

Trois jours après, Rabat réplique. Nasser Bourita annonce à son homologue mauritanien l’envoi, sur ordre du roi Mohammed VI, d’une assistance médicale pour appuyer les efforts du voisin du sud dans sa lutte contre la pandémie du Coronavirus.

Le timing des deux interventions ne constitue guère une surprise. En 2018, Rabat et Alger multipliaient les missions économiques à dessein de s’accaparer des parts dans le très prometteur marché mauritanien. Fort de l’ouverture, le 19 août de la même année, du poste frontalier entre Tindouf et Zouerate, Alger a dépêché, le 24 octobre, une délégation commerciale conduite par l’ancien ministre du Commerce Saïd Djellab pour prendre part à la deuxième session du conseil d’affaires algéro-mauritanien. Il a présidé aussi le lancement de la Foire des produits algériens avec la participation de 170 entreprises algériennes.

Après deux mois de préparation, Rabat répondait par l’organisation en décembre 2018 dans la capitale mauritanienne du Premier forum économique maroco-mauritanien. Salaheddine Mezouar, alors président de la CGEM, et les investisseurs qui l’accompagnaient dans ce déplacement ont été d’ailleurs reçus par l’ex-Premier ministre Mohamed Salem Ould El Bechir.

En Tunisie, le Maroc tente de reprendre le terrain perdu du temps de Béji Caïd Essebsi

De l'autre côté du Maghreb, Alger a consenti lundi de réduire de 10% le prix du gaz naturel vendu à la Tunisie. Le ministre tunisien de l’Energie avait demandé, le 23 mars, à son homologue algérien de baisser le prix du gaz, d’autant que le contrat régulant les exportations gazières vers Tunis a expiré en décembre 2019. Cette faveur intervient moins d’une semaine après la visite effectuée, le 10 juin, par Nasser Bourita à Tunis, porteur d’un message verbal du roi Mohammed VI au président Kaïs Saeïd. 

Sur la scène tunisienne, le Maroc a saisi des signaux indiquant que le nouveau locataire du palais de Carthage ne marche pas nécessairement sur les traces de son prédécesseur Béji Caïd Essebsi, considéré comme pro-Algérie. Certes, le chef de l’Etat a réservé son premier voyage officiel à Alger, le 2 février dernier, mais il tient depuis à entretenir de bonnes relations avec le Maroc.

D’ailleurs, depuis sa prise de fonction le 23 octobre 2019, les appels téléphoniques entre lui et le roi Mohammed VI sont fréquents. Des conversations tenues le 16 janvier, le 25 mars et le 25 avril sans oublier le message verbal de la semaine dernière. Les relations maroco-tunisiennes ne sont pas encore au même niveau que du temps du président Moncef Marzouki mais les officiels marocains restent optimistes.

Le Maroc et la Tunisie ont, par ailleurs, le statut d’alliés majeurs des Etats-Unis non-membres de l’OTAN. Du temps de Béji Caïd Essebsi, Rabat avait vainement tenté de jouer cette carte lors d’un déplacement effectué, le 19 juillet 2015, par Salaheddine Mezouar, alors ancien chef de la diplomatie. Trois semaines auparavant, Daech avait commis un attentat terroriste à la station balnéaire de Sousse.

Libye, l’autre terrain de la guerre d’influence

La crise libyenne est l’autre terrain de la guerre d’influence au Maghreb que se livrent depuis des années le Maroc et l’Algérie. Si Rabat tient tant à l’accord de Skhirat de décembre 2015, reconnu par les Nations unies comme base d'une solution politique au conflit armée entre l’Ouest et l’Est de la Libye, Alger propose la piste des «pays voisins». Un club qui réunit l’Algérie, la Tunisie et la Libye mais qui peine à parler d’une même voix. Les dissonances entre ses membres sont fréquentes, notamment après l’élection de Kaïs Saïed.

Depuis, Tunis défend aussi l’accord de Skhirat. Une position exprimée, d’ailleurs, la semaine dernière par son ministre des Affaires étrangères, Noureddine Erray, lors de conversations téléphoniques avec ses homologues marocain, algérien, égyptien et libyen. Quant au Caire, son plan de paix décliné le samedi 6 juin ne vise qu’à assurer une sortie honorable à son allié Khalifa Haftar. Pour Alger, son principal souci est d’écarter Rabat de la solution.

Mais la guerre d’influence entre les deux voisins ennemis ne se limite pas uniquement à la scène maghrébine, l’Afrique subsaharienne est l’autre terrain où Marocains et Algériens croisent régulièrement le fer.

Article modifié le 2020/06/16 à 14h01

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