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Politique Publié

Mort de Qassem Soleimani : L’heure est à l’indignation chez les chiites marocains

Face au silence officiel du Maroc, des chiites marocains ont commenté la mort du général iranien Qassem Soleimani. Ils considèrent cet acte comme criminel et que les Etats-Unis n’en mesurent pas les conséquences. L’occasion pour eux de fustiger les «sionistes», les «wahhabites» et les affilés aux Frères musulmans qui se sont réjouis de la mort de ce haut commandant des Gardiens de la révolution iranienne.

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Qassem Soleimani, haut commandant des Gardiens de la révolution iranienne, mort vendredi à Bagdad. / DR

Les partis politiques marocains n'ont pas prêté beaucoup d'attention aux développements dans la région du Moyen-Orient, au lendemain de la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué dans un raid américain près de l'aéroport de la capitale irakienne Bagdad, vendredi dernier. Mais en l’absence de réactions officielles de Rabat, des chiites marocains ont exprimé leur indignation, qualifiant le miliaire de «martyr». Ils ont aussi considéré sa mort comme une perte pour l'axe de «réticence» dans le monde islamique.

Ainsi, le chiite marocain Idriss El Hani a estimé, sur sa page Facebook, que «Hajj Soleimani était le père veillant sur toutes les factions de la résistance palestinienne et [était] présent dans toutes leurs opérations». Il a ajouté que le général iranien restait «un homme patriotique ayant donné l'exemple ; celui d’un homme qui croyait aux mouvements de libération nationale dans une région grouillant de traîtres».

«Il n'a pas été tué en dehors des zones de conflit, il était au cœur du terrain, et il cherchait depuis des années à être un martyre sur les fronts. Il s’est ainsi transformé, à l'intérieur de l'Iran, et au sein des factions de la résistance au Moyen-Orient, en une icône de libération nationale», conclut-il.

Les chiites du royaume fustigent les «sionistes» et les «factions sunnites daéchiennes»

De son côté, Abderrahman Chougrani, président de l'association chiite «Ressalis progressistes» (non reconnue par les autorités), a qualifié le jour du décès du général iranien de «journée charnière». «De nombreux masques vont tomber et la honte des infidèles et des traîtres apparaîtra. La rangée d'ennemis s'est formée et est devenue claire», a-t-il écrit sur sa page Facebook. Et le chiite marocain de décrire ces ennemis comme étant «des sionistes, des wahhabites, des Frères musulmans et le reste des factions sunnites daéchiennes».

Pour sa part, l'activiste chiite Issam Hassani a choisi de répondre aux «affiliés des groupes des Frères musulmans au Maroc», soit ceux ayant décrit Qassem Soleimani d’«assassin en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen». «Ceux qui ont tué des gens [dans les pays précités, ndlr] sont des partisans de votre pensée et les défenseurs de l'application de la charia et l'établissement d'un Etat califal, prônant l’élimination de ceux qui s’opposent à vous sur le plan religieux, la doctrine et la ruine des pays», a-t-il fustigé.

«Vous êtes les plus grands criminels, les plus dangereux et les plus terroristes. Vous n'avez jamais le droit de définir les concepts de l'islam, ni de prétendre que vous en êtes les prédicateurs.»

Issam Hassani, activitste chiite marocain

Même son de cloche chez le militant chiite marocain Mohamed Mohammadi. «Nous pouvons différer dans la position politique et la manière de lire certains événements, mais serrer la main à l'impérialisme sioniste, nous réjouir de sa joie et nous identifier à cela, c'est de la stupidité et de la folie. On ne peut pas qu’être en désaccord avec les idiots et les imbéciles, il faut plutôt ses distances vis-à-vis d'eux», a-t-il réagi sur sa page Facebook.

La position des militants anti-normalisation avec Israël n’a pas été très différente de celles des chiites. En effet, le Groupe de travail national pour la Palestine au Maroc a publié un communiqué pour qualifier le raid américain de «harcèlement, de terrorisme et de violation de la souveraineté de l'Irak en dehors de toutes les conventions, lois et normes internationales».

Le groupe a condamné un «crime terroriste majeur», en le mettant en lien avec le «Deal du siècle». «C’est un tournant historique et stratégique pour la résistance, la constance et l'unité de toutes les composantes, spectres, peuples et nations de la Oumma», conclut le communiqué.

Un «assassinat» qui «rappelle celui de Mehdi Ben Barka»

Sur l’échiquier politique marocain, l’heure est au silence dans les rangs des partis et mouvements politiques. Un silence brisé par Omar Iharchane d’Al Adl Wal Ihsane ainsi que par le Parti social-démocrate d'avant-garde (PADS).

Sur sa page Facebook, le membre du bureau politique de la Jamaâ a estimé ne pas être d’accord avec «le travail de Qassem Soleimani en Syrie», rappelant toutefois le rôle du général iranien pour prêter mainte forte à la résistance palestinienne et au Liban. «Il fallait attirer l'attention sur le sale boulot que l'administration américaine fait dans la région, et qui sonne les tambours de la guerre, dont nous serons les premiers à souffrir», ajoute-t-il. Et Omar Iharchane de déploter que «la résistance a perdu un véritable soutien dans les cercles de décision iraniens».

A rappeler que le PADS est le seul parti politique ayant exprimé sa position concernant la mort du général iranien. Comparant cet «assassinat» à celle de Mehdi Ben Barka et d’autres opposants dans le monde, la formation a dénoncé un «nouveau crime de l'impérialisme américain contre deux grands leaders de la résistance arabe et islamique».

La formation de gauche exprime ses «condoléances chaleureuses à l'Iran et à l'Irak, gouvernements et peuples». Et de lancer un appel aux «forces de libération et de résistance dans la région ainsi que dans le monde pour unir leurs efforts en vue de faire face aux acteurs de l'axe impérialiste sioniste réactionnaire, qui cible tous les peuples de la région afin de les assujettir, piller leurs biens et imposer l’accord malheureux du Deal du siècle».

La région du Moyen-Orient connaît une tension sans précédent, au lendemain de la mort de Qassem Soleimani. L'Iran s’est engagé à répondre au-delà de «l'option militaire», en annonçant ne plus respecter les limites à ses activités nucléaires, conformément à l’accord de Viennes.

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