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Facebook : Comment une machine à algorithmes israélienne alimente l'islamophobie

Le nombre de pages Facebook qui véhiculent un discours de haine ciblant des groupes (religieux, politiques, ethniques…) tombent rarement sous le coup de la violation des standards de la communauté. Cette fois-ci, une enquête révèle que les plus grandes pages d’extrême droite sur le réseau social sont actives à des fins lucratives, en toute impunité.

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Photo d'illustration / Reuters

La «monétisation de la haine». Telle est la mission d’une entreprise secrète qui coopère avec Facebook pour animer les pages des principales organisations d’extrême droite et véhiculer des messages discriminants, notamment islamophobes. C’est ce qu’a révélé récemment une enquête menée par The Gardian, qui met en lumière l’activité d’un groupe basé en Israël et spécialisé dans la propagation d’intox, via plus de 21 pages et une base de plus d’un million d’abonnés à travers le monde.

Ce groupe «mystérieux» selon l’enquête «a utilisé certaines des plus grandes pages d’extrême droite sur Facebook pour créer une entreprise commerciale, qui alimente la haine anti-islam à des fins lucratives et influence la politique à travers le monde».

Plus encore, l’entité s’est renforcée ces deux dernières années, avec une activité intense, la multiplication des pages auxquelles il a accès et le transfert des utilisateurs vers des pages web riches en contenu publicitaire, générant ainsi un important trafic à but lucratif.

Un effet de «raid» qui promeut les intox

Selon la même source, ces activités ciblent surtout une audience occidentale et s’avèrent de plus en plus influentes sur des acteurs politiques en Australie, au Canada, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, ce qui a contribué en partie à renforcer les partis et les discours d’extrême droite dans ces pays. L’enquête révèle, par ailleurs, que des politiciens de gauche ont été ciblés lors de leurs campagnes électorales, qui ont été marquées par la publication du nombre le plus important de fake news à leur sujet.

Cela a notamment été le cas pour le leader travailliste britannique, Jeremy Corbyn, le maire de Londres, Sadiq Khan, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, ou encore les sénatrices américaines Ilhan Omar et Rashida Tlaïb, indiquent les journalistes.

Dans ce sens, ils décrivent grosso modo le modus operandi de l’organisation basée en Israël : celle-ci approche des administrateurs locaux de Facebook en leur proposant de devenir rédacteurs ou administrateurs de pages pour augmenter leur portée.

Une fois l’accès aux pages établi, les rédacteurs s’appuient notamment sur des fonctionnalités de planification automatique. Ils publient ainsi des contenus identiques et simultanés sur cette vingtaine de pages qui totalisent un million d’abonnés à travers le monde.

D’après les révélations publiées par The Guardian en plusieurs temps, Facebook «n’a pas empêché les acteurs de ces réseaux d’utiliser sa plateforme pour mener des campagnes coordonnées de désinformation et de haine». Plus encore, «le réseau a fonctionné en toute impunité, même après que Mark Zuckerberg a présenté ses excuses au Sénat américain après les scandales d’ingérence russe et de Cambridge Analytica».

La responsabilité des modérateurs des réseaux sociaux

Ce n’est qu’après une alerte du journal britannique à Facebook qu’un porte-parole de ce dernier a affirmé la suppression de plusieurs pages et profils d’utilisateurs liés à ce mystérieux réseau, car les contenus «semblaient être motivés par des objectifs lucratifs», ce qui, selon lui, «enfreint la politique contre les spams, les tentatives de hameçonnage et les faux comptes qui publient du contenu visant à générer un trafic rentable en orientant vers des sites extérieurs».

En chiffres, «le réseau a publié 5 695 messages coordonnés qui ont reçu 846 424 likes, partages ou commentaires en octobre seulement, selon une analyse du Guardian». Au total, «au moins 165 000 publications ont été produites, attirant 14,3 millions de réactions». Les auteurs de ce réseau ont fourni de grands efforts pour que leur identité ne soit par démasquée sur Internet, écrit encore The Guardian, qui lie cependant ces opérations à «un homme connu à Tel Aviv, qui porte le pseudonyme d’Ariel1238a».

Ce n’est en tout cas pas la première fois que Facebook est épinglé au sujet de son laxisme envers les contenus et les groupes d’extrême droite sur sa plateforme, malgré les efforts d’administration de certaines pages dont les auteurs tentent de contrer ces messages de haine ou contrebalancer certaines intox par des contenus vérifiés.

En novembre dernier, l’humoriste britannique de confession juive, Sacha Baron Cohen, a tancé le fondateur de Facebook en lui reprochant de commettre des dégâts à grande échelle, si la plateforme avait existé du temps d’Adolf Hitler. «Les algorithmes sur lesquels reposent ces plateformes amplifient délibérément le type de contenu qui maintient les utilisateurs engagés – des histoires qui font appel à nos instincts les plus bas, qui déclenchent l’indignation et la peur», avait-il dénoncé.

En octobre dernier seulement, les messages à charge islamophobe ont par ailleurs atteint leur pic sur les pages des médias français, selon une étude menée par Netino By Webhelp, qui a pour mission de modérer les commentaires sur Internet.

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