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Politique Publié

Bolivie : Le départ de Evo Morales, source d’inquiétude pour le Polisario

La démission, ce dimanche, du président bolivien Evo Morales, constitue aussi un enjeu pour le Maroc et le Front Polisario sur le dossier du Sahara. Le Polisario perd ainsi un allié de taille qui reconnaît la «RASD» depuis 37 ans.

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Avec le départ d'Evo Morales, le Polisario perd un allié de taille en Amérique latine. / Ph. DR

L’Amérique Latine est en ébullition, et le premier couvercle à sauter est celui de la Bolivie. Dimanche, son président Evo Morales a annoncé à la télévision qu’il quitte ses fonctions, au lendemain d’une vague de contestation qui a secoué le pays au lendemain de sa réélection.

Ainsi, trois semaines de fortes protestations contre son quatrième mandat, le coup fatal à ce leader indigène âgé de 60 ans a été porté par l'armée et la police, qui lui ont retiré leur soutien, rapportent Reuters et l’AFP. Evo Morales a dénoncé le mandat d'arrêt policier «illégal» le visant, tout comme l’attaque de son domicile par des «groupes violents».

Toutefois, en Bolivie comme ailleurs, certains n‘hésitent pas à dénoncer l’intervention de l’armée et la police, la considérant comme un putsch. C’est le cas notamment du vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera, ayant démissionné mais aussi des dirigeants cubain et vénézuélien. Avec Miguel Diaz-Canel, Nicolas Maduro a été l’un des premiers à dénoncer un «coup d'État» et exprimé sa solidarité.

Ce changement de régime béni par les Etats-Unis n’est pas sans rappeler la tentative similaire au Venezuela. Au lendemain de sa réélection, Nicolas Maduro a lui aussi fait l’objet d’une vague de protestation visant à l’évincer. Un mouvement mené par le chef de l’opposition et président du Parlement vénézuélien Juan Gaido, qui s’est autoproclamé président par intérim, décrochant ainsi la bénédiction des Etats-Unis et de plusieurs pays, dont le Maroc.

Le Polisario perd un allié

Avec ce départ d’Evo Morales, les yeux du Maroc et du Front Polisario sont probablement rivés sur la situation en Bolivie. Et pour cause, ce pays d’Amérique latine constitue l’un des derniers remparts soutenant le Polisario et reconnaissant la «RASD» sur ce continent. Fin octobre, le secrétaire général du mouvement séparatiste a été l’une des premières personnalités à exprimer ses félicitations au président bolivien suite à sa réélection. Avec l'Uruguay et l’Ouganda, la Bolivie était l’un des seuls pays à défendre les thèses du Polisario lors de la réunion de la quatrième commission de l'Assemblée générale des Nations unies tenue début octobre. La Paz a même défendu «l'autodétermination du peuple du Sahara occidental».

De plus, en juillet dernier, alors que le Maroc confirmait sa percée en Amérique latine, avec l’annonce de retrait de la reconnaissance de la «RASD» par le Salvador et la Barbade, le mouvement de Brahim Ghali consolidaient ses acquis en désignant un nouvel «ambassadeur» en Bolivie, en la personne de Mohamed Salem Daha Lehbib. A cela s'ajoute le fait que durant sa présidence du conseil de sécurité en octobre 2018, la Bolivie a veillé à placer le Sahara occidental en tête de ses priorités et s’était abstenue lors du vote de la résolution sur le mandat de la MINURSO.

Toutefois, l’attente pour le retour au calme en Bolivie et l’arrivée d’un successeur pour Evo Morales n’est pas la même à Rabat et Tindouf. Si le Polisario, qui perd ainsi un allié de taille sur ce continent, espère que le prochain président bolivien maintienne la relation diplomatique, il s’agit d’une occasion en or pour le Maroc de faire basculer un pays ayant reconnu la «RASD» en 1982. Un retrait de reconnaissance ou même une neutralité de la Paz sur le différend confirmera la percée du royaume en Amérique latine. Reste à savoir si Rabat ira jusqu’à abandonner sa prudence, exprimant sa position sur la situation en Bolivie et jouer un rôle actif, comme ce fut le cas pour le Venezuela.

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