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Sciences   Publié

Cinq découvertes au Maroc qui ont changé le cours de la science

De l’astronomie à la paléontologie en passant notamment par la génétique, les révélations scientifiques où le Maroc est fièrement cité ne manquent pas. A l’image des structures mégalithes à Mzora, les restes d’Homos sapiens Jbel Irhoud ou de l’araignée acrobates d’Erg Chebbi, voici cinq découvertes faites ou associées au Maroc ayant bousculé les certitudes scientifiques.

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Cebrennus Rechenbergi a été identifié au Maroc vers 2009 par Ingo Rechenberg, un spécialiste en robotique à l'université de Berlin . / Ph. DR

Puits inépuisables en matière de fossiles, de monuments historiques, de faune et de flores, pays niché dans la lucarne ouest de l'Afrique et à la porte de l’Europe, le Maroc n’a cessé d’éblouir les scientifiques pour ses richesses. C’est au royaume, par exemple, que plusieurs fossiles de dinosaures ou d'anciens requins ont été découverts, poussant parfois les scientifiques à revoir leurs théories basées sur de précédentes découvertes. Et les révélations faites ou associées au Maroc ne se limitent pas à la paléontologie.

Les Samis en Europe du Nord, ces cousins des Amazighs du royaume

Personne n'aurait pu deviner que les Nord-Africains sont liés, d'une manière ou d'une autre, aux peuples autochtones d'Europe du Nord. Bien que cela semble être une affirmation tirée par les cheveux, c’est la science qui vient confirmer cette découverte presque incroyable.

Dans une étude novatrice de 2005, un groupe de chercheurs internationaux a découvert que, génétiquement parlant, les Amazighs et les Samis, les Finno-ougriens habitant la zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie connue sous le nom de Laponie, sont apparentés. Intitulée «Saami and Berbers—An Unexpected Mitochondrial DNA Link», l’étude scientifique révèle, et pour la première fois, que les Samis et les Amazighs «partagent une branche extrêmement jeune, âgée d'environ 9 000 ans environ».

Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette découverte inattendue montre «un lien maternel direct entre ces populations de chasseurs-cueilleurs européens (les Samis) et les Amazighs» vivant en Afrique du Nord. L’étude a aussi permis de déterminer le mode de vie de ces populations, il y a des milliers d’années.

Centrée sur les Marocains, les Algériens et les Samis, l’étude a révélé que ses conclusions confirment que l’Europe du Sud-Ouest (qui s'étend de l’Espagne à la France) et l’Afrique du Nord sont à l’origine de l’expansion du nombre de chasseurs cueilleurs qui ont repeuplés l’Europe du Nord.

Les Samis seraient, selon l'étude, des cousins des Amazighs. / Ph. DRLes Samis seraient, selon l'étude, des cousins des Amazighs. / Ph. DR

Le Maroc est le berceau… de l’Homo sapien

En juin 2017, deux articles parus dans la revue Nature sont revenus sur une autre découverte, paléontologique cette fois, faite au Maroc. L’Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine a alors annoncé au monde la découverte des restes d'Homo sapiens primitifs, datant d'environ 300 000 ans, associés à des outillages de pierre et des restes de faunes à Jbel Irhoud dans la province de Youssoufia (région de Marrakech-Safi).

C’est une équipe composée du professeur Abdelouahed Bennacer, de Jean-Jacques Hublin de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire (Leipzig, Allemagne) et du collège de France (chaire de paléoanthropologie), qui a mené l’étude.

L’âge de ces restes étant de 100 000 ans supérieur à celui des plus anciens Homo sapiens connus jusqu’à présent, la découverte suggèrerait donc que les premiers humains étaient présents bien avant et ce en majeure partie sur le continent africain. Et si l'Afrique australe est connue pour être le berceau de l'humanité, avec cette découverte le Maroc est devenu le berceau de l'Homo sapiens.

Les nouvelles fouilles entreprises dans le site à partir de 2004 ont fait de Jbel Irhoud le plus ancien et le plus riche gisement africain du «Middle Stone Age» qui documente la première phase évolutive de notre espèce.

Un cran découvert à Jbel Irhoud. / Ph. DRUn cran découvert à Jbel Irhoud. / Ph. DR

Comme l’Europe, le Maroc a aussi ses structures mégalithes de Mzora

C'était une ville au cercle de pierre qui a été négligée par les scientifiques pendant des centaines d'années. Situé près de la ville d'Asilah, le site de Mzora est un «joyau» pour les archéologues intéressés par les structures mégalithiques. Bien qu’elle soit qualifiée de mystérieuse et qu’il existe peu d’informations sur son existence, la plus ancienne étude consacrée à la structure remonte aux années 1970.

Selon la plateforme Ancient Origins, l’étude visait principalement à deviner qui avait construit Mzora. «L’enquête a montré que le site était non seulement extraordinaire, mais aussi remarquable par le fait qu’il modifiait l’histoire des structures mégalithiques en Europe», a expliqué la même source.

Cette étude a toutefois révélé que la structure marocaine «n'a pas été construite indépendamment des mégalithes européens : soit elle a été construite avec la même culture ou elle témoigne d'une interaction significative entre les deux régions», soit l'Europe et l'Afrique du Nord.

Le cercle qui abrite les 168 pierres restantes et s'étalant sur un diamètre de 55 mètres, a une histoire qui pourrait expliquer pourquoi les scientifiques y ont été attirés. Les légendes disent que Mzora est une tombe d'Antée, un géant de la mythologie grecque.

Selon des origines anciennes, «Mzora a été décrite pour la première fois par le général romain Quintus Sertorius au Ier siècle de notre ère, en apprenant que c’était la tombe d’Antée - un géant légendaire assassiné par l’héroïque demi-dieu Hercule». Une tombe ou une ville, il ne fait aucun doute que Mzora a encore beaucoup à dire sur l’histoire du Maroc et beaucoup à offrir aux scientifiques curieux.

le site de Mzora est un «joyau» pour les archéologues intéressés par les structures mégalithiques. / Ph. DRle site de Mzora est un «joyau» pour les archéologues intéressés par les structures mégalithiques. / Ph. DR

C’est depuis le Maroc qu’on observe désormais le ciel !

En février 2017, la Direction d’une mission scientifique de la NASA à Washington a annoncé la découverte de TRAPPIST-1, système planétaire proche de notre galaxie. Thomas Zurbuchen, scientifique travaillant au sein de ladite direction, déclare alors que «cette découverte nous donne une indication sur le fait que trouver une seconde terre n’est pas seulement une question de savoir si, mais quand».

L’étude scientifique annonçant cette nouvelle avait évoqué fièrement l’Observatoire de l’Oukaïmeden, au Maroc, et son jumeau l’Observatoire de La Silla, dans le désert chilien qui ont permis cette découverte.

«L’équipe a découvert trois planètes, mais des anomalies dans les calculs les ont ramenées au tableau. Les résultats de la campagne de surveillance qui a suivi, publiée dans la revue Nature, montrent 34 passages nets devant l'étoile, ce qui peut être attribué à sept planètes différentes», explique le média Natureasia. Les deux télescopes ont permis aux scientifiques de «mesurer la quantité de lumière que ces planètes bloquent lorsqu'elles se déplacent devant leur étoile» pour en tirer plusieurs informations.

Un an plus tard, l’Observatoire de l’Oukaïmeden a été cité à nouveau grâce à une nouvelle découverte. Le télescope détecte une petite planète de type astéroïde et en informe la NASA qui effectue, par la suite, des «découvertes intéressantes concernant ce même astéroïde.

Illustration du système planétaire TRAPPIST-1, en fonction des données disponibles sur les dimensions de ses planètes, leurs masses et les distances par rapport à l'étoile hôte. / Ph. JPL-Caltech - NASAIllustration du système planétaire TRAPPIST-1, en fonction des données disponibles sur les dimensions de ses planètes, leurs masses et les distances par rapport à l'étoile hôte. / Ph. JPL-Caltech - NASA

Cebrennus Rechenbergi ou l’araignée acrobate de Merzouga

En mai 2014, le Maroc a été largement cité par plusieurs publications scientifiques après la découverte, à Erg Chebbi, plus connu sous le nom de dunes de Merzouga, du Cebrennus Rechenbergi. Cette araignée du Sahara se distingue de ses pairs notamment par ses impressionnants saltos, tel un gymnaste.

«Après avoir pris un peu d'élan, elle prend appui sur ses pattes de devant, puis saute en l'air avant de retomber sur ses pattes de derrière. Ces acrobaties surprenantes peuvent être réalisées sur des terrains descendants, sous l'influence de la gravité, mais également dans des montées», explique-t-on dans un article du New York Times.

L’étude, signée par le taxonomiste Peter Jäger de l'Institut de Recherche Senckenberg de Francfort en Allemagne, explique comment «cette compétence bizarre permet à l’araignée de se déplacer deux fois plus vite que si elle marchait, environ deux mètres par seconde, et l’utilisait comme un moyen d’évasion à l’approche des prédateurs potentiels».

Pour le média Sciences et Avenir, «l’araignée facétieuse n'est généralement observable qu'à la tombée de la nuit, en pleine recherche de nourriture, restant à l'abri dans une structure en forme de tube enfouie dans le sable le jour».

En réalité, Cebrennus Rechenbergi a été identifié vers 2009 par Ingo Rechenberg, un spécialiste en robotique à l'université de Berlin qui se rend depuis des années dans le Sahara marocain. Il avait même créé un robot baptisé «Tabbot» d'après le mot berbère «Tabacha» désignant l'araignée et qui se déplace presque exactement comme l’araignée acrobate.

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