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Société Publié

Maroc : Quand M6 censure les voix féminines dans un reportage sur la sexualité au Maghreb

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles déplore la censure exercée par la société de production à l’origine de la diffusion, dimanche soir sur M6, d’un reportage consacré à la sexualité et à l’amour au Maroc et en Tunisie.

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L’équipe de tournage s’est rendue dans les locaux de l’Insaf, qui vient en aide aux mères célibataires, et a recueilli les témoignages de plusieurs d’entre elles. / Ph. Capture d’écran YouTube

Censuré faute de rentrer dans les clous ? Dans un post Facebook publié dimanche 27 janvier, la militante Ibtissam Lachgar déplore que le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), dont elle est cofondatrice, ait été «coupé au montage» lors de la diffusion, le même jour, d’un reportage consacré à la sexualité et à l’amour au Maghreb, dans l’émission Enquête exclusive, sur la chaîne M6.

«Le tournage avec le MALI a duré deux jours. Il était consacré à nos actions, à la manière dont on travaille quotidiennement, dont on accueille, écoute et accompagne les femmes qui souhaitent avoir recours à l’avortement par voie médicamenteuse, notamment pour se procurer le médicament. On a pris des risques pour finalement être coupés au montage», déplore la militante, contactée par Yabiladi. L’article 449 du Code pénal énonce en effet que «quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen, a procuré ou tenté de procurer l’avortement d’une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, est puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 120 à 500 dirhams. Si la mort en est résultée, la peine est la réclusion de dix à vingt ans».

«Ils ont gardé la thématique sur l’avortement, mais en filmant des mères célibataires. Or ça fait le jeu des anti-choice (mouvement pro-vie, opposé à l’avortement entre autres, ndlr). Pourquoi montrer des bébés et des mamans ? Quand on parle d’avortement, il n’y a ni bébé, ni maman», souligne Ibtissam Lachgar. L’équipe de tournage s’est en effet rendue à Casablanca, dans les locaux de l’Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse (Insaf), qui vient en aide aux mères célibataires, et a recueilli les témoignages de plusieurs d’entre elles.

Une approche «biaisée»

«Les médias français en particulier sont souvent frileux. Je me suis déjà entretenue avec d’autres médias européens sur ces problématiques et je n’ai jamais été censurée. Déjà avec Envoyé Spécial en 2014 (sur l’avortement, ndlr) et Le Petit Journal en 2016 (sur l’homosexualité, après le lynchage de deux homosexuels à Beni Mellal), on avait été censurés», se souvient Ibtissam Lachgar, qui pointe du doigt une approche teintée de paternalisme.

Un constat que partage également la sociologue et journaliste marocaine Sanaa El Aji, qui s’est elle aussi entretenue à plusieurs reprises avec des médias français sur des problématiques sociétales au Maghreb, en l’occurrence au Maroc. «Il ne faut pas généraliser, certes, mais les journalistes français ont une approche assez biaisée de ces thématiques. Ils arrivent avec des idées préconçues et recherchent des interlocuteurs qui confirmeront leurs stéréotypes. Ils s’attendent à ce que les intervenants qu’ils ont face à eux leur parlent de la femme marocaine, de la religion musulmane ou d’autres sujets comme l’égalité homme-femme et la sexualité, en des termes qui correspondent à leur vision», nous dit-elle.

Contactée par notre rédaction, la société de production C. Productions, qui produit plusieurs émissions diffusées sur la chaîne M6, dont Enquête Exclusive, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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