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Société Publié

France : Après Airbnb, les discriminations au logement se poursuivent en cette rentrée

Plusieurs futurs locataires font état du racisme de certains propriétaires et tentent tant bien que mal de faire accepter leur dossier.

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Les discriminations d’autant plus fréquentes que certaines agences ne rechignent pas à diffuser des annonces ouvertement racistes. / Ph. Philippe Huguen – AFP

La tactique est bien connue : on envoie un proche blanc pour visiter un appartement à notre place ou on modifie notre nom sur un dossier pour pouvoir visiter un logement. Alors que la saison estivale a été ponctuée par plusieurs témoignages faisant état de discriminations racistes sur Airbnb, d’autres femmes et hommes continuent d’essuyer des refus en raison de leurs origines supposées.  

Le site Slate fait état de plusieurs témoignages, notamment ce couple d’étudiants que forment Cécilia, métisse, et Selim, d’origine tunisienne. Entre mi-mai et mi-juillet, le couple a effectué jusqu’à quatre-vingts visites et envoyé une cinquantaine de dossiers, sans succès. Tous deux ont remarqué que c’était surtout le nom de Selim qui suscitait la méfiance des propriétaires, celui de Cécilia ne laissant pas présumer ses origines.

Celle-ci raconte : «Sur la même annonce, Selim appelait et l’appartement était déjà pris, alors que moi, j’obtenais un rendez-vous. Une fois, il est allé visiter un appart et on lui a dit qu’il était pris. J’ai rappelé l’agence par hasard pour le même bien, pensant qu’on ne l’avait pas encore vu. On m’a dit que je pouvais venir le voir. Puis j’ai indiqué le nom de mon conjoint et tout à coup, ce n’était plus possible, l’appartement n’était plus disponible. Clairement, le propriétaire ne voulait pas d’Arabe ou de musulman.»

Des agences qui ne rechignent pas à publier des annonces racistes

Des discriminations d’autant plus fréquentes que certaines agences ne rechignent pas à diffuser des annonces ouvertement racistes. Ainsi, dans une annonce de location publiée sur le site Le Bon Coin et partagée début septembre sur les réseaux sociaux, «ne pas avoir d’origines arabes» faisait partie des critères de sélection du propriétaire. En janvier 2017, des ex-agentes et agents immobiliers avaient d’ailleurs fait état, auprès du Bondy Blog, de codes internes aux agences pour répondre aux demandes racistes des propriétaires – notamment la mention PE, pour «pas d’étrangers», dans leurs fichiers.

En décembre 2017, deux études avaient confirmé l’ampleur des discriminations au logement en France. Cinq noms d’emprunt d’origine maghrébine ou africaine, élaborés dans le cadre d’un «testing» sur la discrimination à la location d’appartements en France, avaient globalement 26% de chances de moins que la moyenne de pouvoir ne serait-ce que visiter un logement.

Le Défenseur des droits avait également publié son «enquête de perception» sur la discrimination au logement : sur les mille personnes interrogées, ayant cherché une location au cours des cinq dernières années, 14% disaient avoir été discriminées. Un taux qui montait à 40% chez les personnes perçues comme noires, 30% comme arabes, 24% pour les mères seules avec des enfants de moins de trois ans. Les hommes vus comme blancs et diplômés du supérieur n’étaient que 5% à se plaindre de discrimination et les familles biparentales, 8%.

Les postulants à un emploi ne sont pas non plus épargnés. D’après une étude de l’Institut de recherche sur l’avenir du travail (IZA) publiée en mars 2018, les exclusions dans le monde du travail ciblent, par extension, celles et ceux issus de «culture musulmane». Ainsi en France, les rapports ministériels ou associatifs font le constat de discriminations à l’encontre de porteurs de noms à consonnance maghrébine ou africaine, en matière d’accès au logement comme à l’emploi pour nombre de migrants.

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