Menu

Sciences Publié

Découverte : Les Stylolophus marocains, ancêtres communs des embrithopodes ?

Ce jeudi, la prestigieuse revue américaine Current Biology publie une étude basée sur des restes dentaires fossilisés, découverts dans le bassin de phosphate d’Ouled Abdoun, près de Khouribga. Une découverte qui permet aux chercheurs d’affirmer que les Stylolophus seraient à l’origine de tous les embrithopodes de la planète Terre.

Temps de lecture: 3'
L'Arsinoitherium était jusque-là la plus ancienne espèce des embrithopodes découvertes en Afrique mais il serait le descendant des Stylolophus marocains. / Ph. DR

Au Maroc, les sols regorgeant de fossiles témoignent de l’histoire de la faune ayant vécu en Afrique. Jeudi 28 juin, des chercheurs de la revue américaine Current Biology ont rapporté que des restes dentaires fossilisés, découverts dans bassin de phosphate d’Ouled Abdoun, près de Khouribga, permettent désormais d’affirmer que les Stylolophus, une espèce appartenant à la famille des embrithopodes, vivaient au royaume il y a plus 55 millions d'années.

Cette nouvelle étude phylogénétique relative à deux espèces de Stylolophus trouvés au Maroc confirme qu’il s’agit d’embrithopodes basaux, rapportent jeudi plusieurs médias spécialisés, dont Science X et Vaaju.

Un fossile d'un Arsinoitherium, qui serait donc en quelque sorte le descendant des Stylolophus marocains. / Ph. DRUn fossile d'un Arsinoitherium, qui serait en quelque sorte le descendant des Stylolophus marocains. / Ph. DR

Les Stylolophus marocains, plus ancienne espèce d’embrithopodes

L’étude montre également que ce type d’embrithopodes éteint est le plus ancien et précède la divergence que connaîtra cette famille d’espèces pour donner naissance aux lamantins d’un côté, et aux éléphants d’un autre.

«L’anatomie comparée des espèces marocaines (nouvellement découvertes, ndlr) montre que les dents d’embrithopodes hautement spécialisées sont dérivées de la morphologie dentaire ancestrale de tous les Paenungulata (groupe monophylétique comportant les Périssodactyles, soit les mammifères ongulés possédant un nombre impair de doigts aux membres postérieurs), comprenant des éléphants, des lamantins et des hyracoïdes», indique la revue Current Biology.

Et d’ajouter : «La conception spécialisée des dents (fossilisées et découvertes au Maroc, ndlr) avec deux crêtes transversales, connues dans les formes les plus avancées (…) est une convergence des embrithopodes et du groupe existant de téthythériens (…) vers la consommation de feuilles qui a été favorisée par les anciennes niches herbivores disponibles sur l'île Afrique.»

Un modèle 3D reconstruit de la mâchoire inférieure de Stylolophus. / Ph. Charlène Letenneur et Philippe Loubry - MNHNUn modèle 3D reconstruit de la mâchoire inférieure de Stylolophus. / Ph. Charlène Letenneur et Philippe Loubry - MNHN

Selon la revue Current Biology, la nouvelle espèce, «inhabituellement petite, faisant à peu près la taille d’un mouton», serait la première à démontrer «la présence, chez les embrithopodes, d’incisives élargies et inclinées vers l’avant, sous la forme de défenses naissantes, comme observé chez les premiers ancêtres de ce groupe qui comprennent aussi les éléphants». 

Les chercheurs affirment que l’âge précoce et l’état primitif des Stylolophus, ainsi que les relations de haut niveau liant les différentes composantes de la famille des embrithopodes, soutiennent la thèse d’origine africaine de cette famille d’espèce. Les résultats de ladite étude suggèrent aussi qu’une autre famille des embrithopodes, retrouvée en Turquie et appelée Paléoamasiidae, n’est autre que des Stylolophus ayant pu, suite à une adaptation de l’espèce, traverser l’océan Téthys (situé entre les anciens continents de Gondwana et Laurasia avant la séparation des continents).

A travers cette découverte, les chercheurs peuvent avancer que les Stylolophus marocains, plus anciennes espèces des embrithopodes. / Ph. Science XA travers cette découverte, les chercheurs peuvent avancer que les Stylolophus marocains, plus anciennes espèces des embrithopodes. / Ph. Science XA travers cette découverte, les chercheurs peuvent avancer que les Stylolophus marocains, plus anciennes espèces des embrithopodes. / Ph. Science X

Les chercheurs promettent de continuer à rechercher des preuves paléontologiques éclairant l'histoire évolutive et les relations entre les mammifères africains ressemblant aux ongulés et les mammifères Afrothériens insectivores, ainsi que les «racines énigmatiques précoces de tous les mammifères placentaires en Afrique, remontant encore plus loin dans le temps jusqu’à la période du Crétacé».

L’origine africaine des tous les embrithopodes confirmée par la découverte faite au Maroc

Pour vulgariser davantage la découverte faite par les chercheurs de la revue américaine, Science X rappelle que bien avant les rhinocéros, les girafes, les hippopotames et les antilopes parcourent la savane africaine, un groupe de mammifères grands et hautement spécialisés connus sous le nom d’embrithopodes, habitait le continent. «Si le plus connu est Arsinoitherium, un animal qui ressemblait beaucoup à un rhinocéros mais qui était en fait plus proche des éléphants, les chercheurs de Current Biology donnent un aperçu de ce passé ancien avec la découverte de l’embrithopode le plus ancien et jamais décrit», explique le média.

Une vue des carrières de phosphates dans le bassin d'Ouled Abdoun, au Maroc. / Ph. Philippe Loubry - MNHNUne vue des carrières de phosphates dans le bassin d'Ouled Abdoun, au Maroc. / Ph. Philippe Loubry - MNHN

Les premiers embrithopodes étaient auparavant connus à travers la découverte de fossiles de 48 millions d’années collectés en Afrique mais également en Turquie. «Les embrithopodes étaient de grands et étranges mammifères éteints qui appartenaient, avec des hyracoïdes et des éléphants, à la première faune mammifère méga herbivore qui habitait l'île Afrique (…) mais jusque-là, les origines des embrithopodes étaient incertaines, avec deux familles co-existantes connues : l’une en Afrique et l’autre en Turquie et en Roumanie», explique Emmanuel Gheerbrant de l’Institut de systématique, évolution et biodiversité, appartenant au Centre national de la recherche scientifique du muséum national d’Histoire naturelle à Paris.

Un mystère élucidé grâce aux richesses des sols du royaume et qui démontre encore une fois l’ancienneté de la vieille faune africaine endémique.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com