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Libertés religieuses au Maroc : Les minorités souffrent toujours en silence selon Washington

Des failles dans le respect des libertés religieuses ont persisté au Maroc durant l’année précédente, avec notamment des restrictions touchant les Bahaïs, les chrétiens et les chiites du royaume. C’est ce que rapporte mardi le rapport international sur la liberté religieuse en 2017, publié par le département d’Etat américain. Grandes lignes.

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Le rapport international sur la liberté religieuse en 2017, élaboré par le département d’Etat américain, a été publié mardi 29 mai 2018. / Photo d'illustration

Les autorités marocaines continuent de discriminer les minorités religieuses non reconnues du pays. C’est ce qui ressort du rapport international sur la liberté religieuse en 2017, rendu public mardi par le département d’Etat américain. Celui-ci ne rate aucune actualité par rapport aux libertés religieuses, l’année dernière, commençant par l’expulsion, à deux reprises, d’étrangers accusés de prosélytisme, la détention et l’interrogation de chrétiens sur la base de leurs croyances et les propos présumés d’Ahmed Taoufik, ministre des Habous et des affaires islamiques, qui aurait qualifié de «virus» contre la nation, les chrétiens et les chiites du pays.

Le rapport, qui dresse au tout début un tableau général de la situation des libertés religieuses au Maroc, affirme aussi que «certains groupes religieux minoritaires, comme la communauté bahaïe, pratiquaient leur religion sans inscription officielle». «En octobre, les médias ont rapporté que les autorités empêchaient cette communauté de célébrer publiquement le bicentenaire de la naissance du fondateur», poursuit le rapport. Ce dernier critique aussi la mainmise du ministère des Habous et des affaires islamiques sur les «sermons dans les mosquées, l’éducation religieuse islamique et la diffusion de matériel religieux islamique par les médias audiovisuels».

«Le gouvernement a restreint la distribution de documents religieux non-islamiques, ainsi que des documents islamiques jugés incompatibles avec la doctrine islamique sunnite Malikite Asharie. Certains chrétiens, bahaïs et chiites ont fait état de pressions sociétales, familiales et culturelles en raison de leur foi. Des passants auraient attaqué au moins un individu pendant le Ramadan pour avoir mangé en public pendant les heures de jeûne.»

Extrait du rapport du département d’Etat américain.

1% de la population marocaine seraient chrétiens, juifs, chiite et bahaïs

Le département d’Etat américain passe ensuite aux chiffres, affirmant que sur une population d’environs 34 millions de Marocains, moins de 0,1% seraient chiites selon les estimations du gouvernement américain, alors que 1% de la population marocaine seraient chrétiens, juifs, chiite et bahaïs. Dans les détails, il y aurait «entre 3 000 et 4 000 Juifs, dont environ 2 500 résidant à Casablanca (…) entre 2 000 et 6 000 citoyens chrétiens répartis dans tout le pays (…) des dizaines de milliers de citoyens chiites, avec la plus grande proportion dans le nord», près de 600 Ahmadis et 350 à 400 Bahaïs dans tout le pays. Des chiffres confirmés auprès de ces communautés, précise le rapport annuel alors que le document indique aussi l’existence de membres de la communauté marocaine résidant à l’étranger qui ne seraient pas sunnites malékites.

Tout en rappelant que l’islam est la religion de l’Etat d’après la Loi suprême, le rapport estime que les musulmans sunnites et les juifs sont «les seuls groupes religieux reconnus par la Constitution comme étant originaires du pays». «Les autres religions sont considérées comme étrangères», enchaîne le document. L’occasion de citer quelques pratiques gouvernementales.

«Le gouvernement aurait parfois détenu et interrogé des citoyens chrétiens sur leurs croyances, certains d’entre eux ayant rapporté que les autorités avaient fait pression sur les convertis pour qu’ils renoncent à leur foi. En mai, les médias espagnols ont rapporté que le ministre des Dotations et des Affaires islamiques utilisait le terme ‘virus’ lorsqu’il se référait aux chrétiens et aux musulmans chiites dans le pays.»

Extrait du rapport du département d’Etat américain.

Pour illustrer les restrictions présumées du gouvernement marocain, le département d’Etat américain cite notamment le cas d’Abdou El Chakrani, dirigeant chiite condamné en en juillet 2017 à un an de prison pour «irrégularités financières suite à son arrestation en mai 2016». «D’autres dirigeants chiites ont déclaré que Chakrani avait été la cible de ses croyances religieuses et de sa tentative d’enregistrer une association affiliée à des dirigeants chiites connus sous le nom de Rissali Progressiste», indique le document. Celui-ci précise aussi que les traitements, par les autorités, des groupes religieux non enregistrés, diffèrent d’un groupe à l’autre. «Certains ont dit qu’ils avaient pu pratiquer leur religion, tandis que d’autres ont rapporté que les autorités avaient arrêté leurs rassemblements ou les avaient empêchés de se rassembler», avance le rapport annuel selon lequel cette politique de deux poids et deux mesures est aussi observée entre l’attitude des autorités vis-à-vis du MUR et d’Al Adl Wal Ihsane. «Le gouvernement a toléré des activités sociales et caritatives compatibles avec sa vision de l’islam sunnite», expliquent les rédacteurs du rapport.

Pressions, restrictions et harcèlement persistent

Le document ne manque pas de rappeler que la monarchie marocaine a continué à soutenir la restauration des synagogues et des cimetières juifs pour préserver le patrimoine religieux et culturel du pays, ainsi que la convention signée entre la Rabita Mohammadia des Oulémas et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux du Vatican, afin de créer un comité conjoint pour promouvoir le dialogue entre musulmans et chrétiens. 

Le rapport du département d’Etat américain souligne, dans sa troisième partie, que les citoyens chrétiens ont fait état de pressions sociales pour se convertir à l’islam ou renoncer à leur foi chrétienne auprès de la famille et des amis non chrétiens. Ces mêmes chrétiens qui ont été qualifiés d’«apostats» dans les semaines suivant leur rencontre avec le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

Quant à l’interdiction de rompre le jeûne en pleine journée du Ramadan, la même source ne manque pas de rappeler l’affaire de la jeune adolescente européenne, d’origine marocaine, ayant été attaquée par un groupe de jeunes durant le Ramadan en juin dernier «pour avoir bu du jus en public pendant les heures de jeûne». «La famille de la jeune fille aurait expliqué qu’elle était, comme son père européen, chrétienne et non musulmane, et donc qu’elle ne jeûnait pas», précise-t-on de même source.

Pour les Bahaïs, le document rapporte que bien que certains membres de cette communauté se disent «ouverts sur leur foi avec la famille, les amis et les voisins», d’autres «craignaient que des éléments extrémistes de la société essaient de leur faire du mal».

Le rapport conclut par rappeler la politique et l’engagement du gouvernement des Etats-Unis pour promouvoir la liberté religieuse au Maroc, rappelant que le «chargé d’affaires américain, d’autres ambassades et consulats généraux et des fonctionnaires du gouvernement américain ont rencontré des hauts fonctionnaires (…) pour promouvoir la liberté religieuse et la tolérance». «L’ambassade a encouragé des programmes conçus pour mettre en évidence la tolérance religieuse et la nécessité de lutter contre la radicalisation et l’extrémisme violent», conclut le document.

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