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Le Maroc, aimant à météorites depuis la nuit des temps

Depuis les années 1930, les découvertes se succèdent. Le Maroc connaît souvent des chutes de météorites, faisant de lui une véritable destination pour les scientifiques qui analysent les composantes de ces pierres venues d’ailleurs.

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Pluie d’étoiles filantes / Ph. DR.

Au Maroc, il pourrait en pleuvoir des météorites. Depuis plus de 50 ans, le pays est réputé pour attirer nombre de scientifiques, intéressés par les découvertes de ces corps venus de l’espace. En effet, il y en a eu au cours des années 1930, 1950, 1990 et 2000. Mais l’une de ces chutes les plus importantes reste celle de la météorite martienne de Tissint, qui s’est écrasée dans le sud du Maroc le 18 juillet 2011.

Plus exactement, Tissint est tombée dans la province de Tata. Elle a pris le nom du village éponyme où elle a été découverte, devenant ainsi la première météorite martienne tombée au Maroc depuis près de cinquante ans. Surnommée NWA 7034, c’est aussi la plus ancienne et la plus importante en provenance de la planète mars.

Une culture populaire

Dans un article consacré à ce sujet, le magazine scientifique New Scientist indique que la province de Tata a été le lieu de plusieurs découvertes précieuses, à tel point que «la chasse aux météorites fait désormais partie de la culture populaire». En effet, «il est courant de voir des gens porter des aimants, afin de détecter des métaux, voire des météorites», ajoute la publication.

The Meteoritical Society, une organisation scientifique à but non lucratif fondée en 1933 pour promouvoir la recherche et l’éducation en sciences planétaires, s’intéresse particulièrement aux météorites et cratères d’impact. Dans une base de données disponible en ligne, elle documente les chutes et les trouvailles de météorites répertoriées dans le monde entier, y compris au Maroc. Celles-ci sont signalées principalement dans les régions de Souss-Massa, de l’Oriental, de Meknès-Tafilalt et de Guelmim – Es-Smara.

Des météorites à en pleuvoir

Dans sa base de données, l’organisation précise que des météorites martiennes ont été trouvées au Maroc à partir des années 2000. Leur poids va de 7 Kg (cas de Tissint) à 7,2 grammes dans d’autres régions. La plupart sont des météorites de type Shergottite, des roches ignées de lithologie mafique à ultramafique en provenance de la planète Mars.

Selon les données The Meteoritical Society, les météorites martiennes ont continué à être repérées au Maroc pendant des années, en 2001, 2003, 2006, 2007, 2008, 2009, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016.

Fragment de la météorite Tissint / Ph. solaranamnesis.comFragment de la météorite Tissint / Ph. solaranamnesis.com

Une météorite de 100 mètres de large à Tisli et Tislit

En fait, les chutes de météorites au Maroc peuvent même remonter à beaucoup plus. Le parc national du Haut-Atlas en garde encore des traces. Dans la région d’Imilchil, une étude intitulée «Témoignage de l’origine des lacs Imilchil (Isli et Tislit)» et réalisée par un groupe de scientifiques de l’Université Hassan II de Casablanca a évoqué en mai 2013 la «présence de deux cratères d’impact liés à la découverte de la météorite de fer d’Agoudal». Ils ont été retrouvés «à environ 20 km des lacs», indique la recherche.

De son côté, le New Scientist a rencontré Abderrahmane Ibhi, enseignant-chercheur à l’Université Ibn Zohr d’Agadir. Celui-ci travaille étroitement avec la population locale sur les météorites découvertes dans leur région. Il est convaincu que les deux lacs représentent les cratères d’impact qui remontent à des milliers d’années av. J.–C. «Ils se sont constitués lorsqu’un astéroïde s’est fendu vers la Terre, il y a environ 40 000 ans, Il faisait plus de 100 mètres de large. C’est le plus gros astéroïde tombé au Maroc», indique-t-il au magazine.

Cependant, cette version n’a pas été soutenue par les autres scientifiques. Selon le groupe de chercheurs de l’Université Hassan II, «aucun échantillon de la météorite métallique Agoudal n’a été trouvé près des lacs». L’étude conclut ainsi que les «résultats de [sa] cartographie autour des lacs prouvent qu’il n’y a pas de déformation significative de la roche autour d’Isli et de Tislit».

Le sud du Maroc, une mine d’or pour les chercheurs

Des cette étude et des conclusions d’Ibhi, il ressort toutefois que Maroc reste un véritable aimant à météorites. «Plus de roches spatiales ont été récupérées au Maroc que dans d’autres pays de la région. 95% d’entre elles ont été trouvées à Tata», indique encore le New Scientist.

Ici, le magazine se réfère à une étude menée en 2013 par Abderahmanne Ibhi, intitulée «Quelques statistiques des météorites marocaines». Il y conclut que «depuis la première découverte d’une météorite, répertoriée en 1937 près du village de Mrirt (Khénifra), un total de 946 météorites authentifiées ont été enregistrées au Maroc».

Plus loin, le chercheur précise que le taux de récupération des météorites au Maroc est en augmentation. Il «dépasse», selon lui, les trouvailles enregistré dans d’autres pays «aux conditions climatiques similaires» :

«Plus de 95% des météorites documentées du Maroc ont été retrouvées dans l’est saharien du Maroc, dont de nombreux types rares. Cette région s’est révélée comme l’une des plus propices au monde pour les découvertes de météorites.»

En mettant à jour la base de données relative aux météorites récupérées au Maroc, Ibhi a indiqué qu’en 2013, année de la publication de son étude, «un total de 946 (328 achondrites et 618 chondrites) météorites authentifiées et distinctes étaient enregistrées».

Par ailleurs, sa recherche indique que les trouvailles incluent 918 pierres, 13 de fer et 15 de fer compact. La plus grande collection de météorites du Maroc est conservée par le Département de géologie de l’Université Ibn Zohr d’Agadir, selon la même étude.

En janvier dernier, une nouvelle recherche a suggéré que les météorites qui sont tombées au Maroc et au Texas, il y a vingt ans, avaient suscité des interrogations concernant la vie en dehors de la Terre. Publiée le 10 janvier par la revue scientifique Science Advances, il s’agit de la première étude chimique «pour analyser la matière organique et l’eau dans les cristaux de sel trouvés dans ces météorites tombées sur Terre».

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