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Société Publié

Affaire Paradise Beach : Mustapha Fadel et Jamal Laarbi, deux MRE qui apportent leur témoignages

Mustapha Fadel et Jamal Laarbi font tous deux partie des 800 investisseurs victimes du prometteur immobilier Laarbi Tadlaoui. Ils affirment aujourd’hui ne plus faire confiance aux autorités marocaines. Témoignages.

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Banderole utilisée lors d'une manifestation devant l'ambassade marocaine à Londres. / DR

L’audience en appel programmée lundi 10 avril dans le cadre de l’affaire Paradise Beach serait-elle la dernière ? En tout cas, c’est ce qu’espèrent les Marocains résidant à l’étranger (MRE) et citoyens britanniques représentant 800 investisseurs qui accusent depuis plusieurs années le prometteur immobilier Laarbi Tadlaoui et les autorités marocaines.

Ils manifestent depuis plusieurs mois devant l’ambassade du Maroc à Londres pour demander à ce que justice soit rendue. Fin janvier, le tribunal de première instance de Tanger a rendu un premier jugement : la sentence a été fixée à 20 mois de prison pour Larbi Tadlaoui, en plus du remboursement des acomptes des investisseurs légalement représentés, avec intérêts et compensation. Au total, 80 personnes sont concernées.

En attendant que d’autres investisseurs se joignent aux plaignants, ils s’activent pour accentuer les pressions. Parallèlement aux manifestations devant la représentation diplomatique du Royaume à Londres, une lettre ouverte destinée au roi Mohammed VI a été remise la semaine dernière aux membres de l’ambassade dirigée par Abdeslam Aboudrar.

Mustapha Fadel : «En tant que Marocain, j’ai honte !»

Quel est le ressenti général des MRE moins d'une semaine avant l’audience ? C’est la question que nous avons posée à Mustapha Fadel, un Marocain originaire de Rabat installé en Angleterre depuis 1980. Il a investi beaucoup d’argent dans un appartement qui devait voir le jour à Atlantic Golf View - un projet avoisinant le Paradise Beach - avant que le prometteur lui propose une autre alternative : un appartement au Paradise Beach. Depuis, comme plusieurs MRE et citoyens de nationalité britannique, Mustapha Fadel se dit aujourd’hui consterné par la lenteur des procédures judiciaires.

«J’ai investi dans un projet avoisinant le Paradise Beach qui s’appelait Atlantic Golf View, du même promoteur. Voyant que le promoteur ne construisait rien, je lui avais fait part de mon mécontentement et il m’avait alors proposé un appartement au Paradise Beach», nous confie-t-il ce mardi. Mustapha Fadel voulait initialement récupérer les 40% du prix de l’appartement qu’il avait déjà versés à Laarbi Tadlaoui. La proposition concernait un projet déjà en travaux ; notre interlocuteur avoue avoir accepté l’offre. «Je me suis dit qu’un terrain en construction était mieux qu’un terrain vide, sur lequel les travaux n’avaient toujours pas commencé», raconte-t-il en faisant savoir que c'est la dernière fois qu'il s'est adressé au prometteur. La suite de l’histoire est connue : mécontentement des investisseurs, problèmes avec Amendis, accusations à l’égard de l’Etat, poursuites, emprisonnement. L’affaire n’avance qu’à pas de tortue. Aujourd’hui, Mustapha Fadel dit avoir honte de cette situation devant ses concitoyens britanniques.

«En tant que citoyen marocain résidant à l’étranger, j’avais le rêve de revenir un jour chez moi, dans mon pays, pour investir et mettre en place mon projet. Pour l’instant, ce rêve, tout comme mon argent, ont été volés. En tant que Marocain, j’ai honte et je me sens impuissant quand je vois ce qui m’arrive, surtout ce qui arrive aux investisseurs de différentes nationalités dans le cadre de cette affaire. J’ai honte quand j’entends des Britanniques crier «Shame on you Morocco» («Honte au Maroc», ndlr) et les autres slogans qui donnent une mauvaise image de mon pays.»

Jamal Laarbi dit ne plus faire confiance aux autorités marocaines

Tout en promettant de venir porter plainte, puisqu’il n’est toujours pas légalement représenté, Mustapha Fadel ne manque pas de pointer du doigt l’influence du promotteur Laarbi Tadlaoui. «Je faisais confiance au gouvernement et aux autorités marocaines. Malheureusement, Tadlaoui a de l’influence et j’ai l’impression que je dois faire ce pas et attendre que le roi Mohammed VI intervienne», nous déclare-t-il. Et notre interlocuteur de conclure : «C’est le roi qui interviendra pour résoudre cette affaire, d'autant que la lettre qu’il avait adressée au ministre de la Justice concerne les terrains spoliés, les étrangers et les MRE victimes des mafias qui sont dans le même cas que nous».

Un espoir qu’il partage avec Jamal Laarbi, originaire du Maroc, de nationalité britannique et espagnole. Ce dernier est aussi l’un des investisseurs victimes du promoteur immobilier. «J’avais versé une grande somme et le prometteur m’avait promis que le projet verrait le jour en 2010. Il m’a menti à maintes reprises», s’indigne-t-il. Jamal Laarbi est l’un des 80 investisseurs légalement représentés qui attendent avec impatience le jugement de la cour d’appel de Tanger lundi 10 avril. Lui aussi ne veut plus d’appartements et espère que toute cette affaire ne sera bientôt qu'un mauvais souvenir.

«Actuellement on ne veut que l’argent qu'on a investi auparavant. Le projet ne verra pas le jour prochainement, et nous avons déjà acquis d’autres appartements. Les ministères et les autorités ne font que mentir. On ne leur fait plus confiance.»

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il dit espérer que la lettre parvienne au roi. «Nous pensons que le prometteur a des complices et des sympathisants et qu’il est influent, sinon on ne l’aurait pas condamné à 20 mois de prison», nous déclare-t-il. Pour Jamal Laarbi, les changements d’avocats à la veille de chaque audience entrepris par le promoteur n’est pas rassurant, surtout lorsque l'«on ramène des spécialistes dans les questions des droits de l’homme pour se faire passer pour la victime».

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