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Maroc-Israël : De Hassan II à Mohammed VI, médiation mais pas de normalisation

De part ses liens historiques et religieux avec la région du Moyen-Orient, le Maroc a joué un rôle déterminant dans le rapprochement entre certains Etats arabes et Israël. Un rôle qui n’a pas conduit à l'établissement de relations diplomatiques avec Tel-Aviv.

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Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et feu le roi Hassan II lors d'une rencontre organisée au Maroc. / Ph. DR
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Pour l’heure le Maroc résiste aux pressions visant le poussant vers une normalisation diplomatiques avec Israël, dont le dernier acte fut la rumeur de l’ouverture de liaison aérienne entre Rabat et Tel-Aviv. Des pressions qui ne datent pas d’hier mais remontent au début du millénaire.  

Déjà en décembre 2004, l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom annonçait avec euphorie que «dix pays arabes ouvriront prochainement des ambassades en Israël, le premier Etat sur la liste devrait être le Maroc». Seize années plus tard, sa prophétie ne s’est pas réalisée. Et pourtant, l’ex-chef de la diplomatie était si près du but. Il a eu le privilège d’être reçu officiellement par le souverain, en présence des caméras, les 3 et 24 septembre 2003, respectivement au palais d’Agadir et à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Silvan Shalom reçu par le roi au palais d’Agadir, le 3 septembre 2003 / DRSilvan Shalom reçu par le roi au palais d’Agadir, le 3 septembre 2003 / DR

La première audience avait été immédiatement suivie par un appel téléphonique entre Mohammed VI et le Premier ministre Ariel Sharon, consacré à la relance du processus de paix au Moyen Orient. Un processus paralysé depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000 suite à la visite-provocation du même Sharon sur l’esplanade de la mosquée Al Aqsa. Une crise qui avait même précipité  la fermeture du bureau de liaison israélien à Rabat.

A l’exception de cette parenthèse (septembre 1994-septembre 2000), le Maroc a toujours refusé de donner un cachet officiel à ses relations avec Israël au point de l’ériger en constante de son action diplomatique, même s'il a laissé ses liens sécuritaires, économiques et humains se développer avec l’Etat hébreu.

Le principe de «la terre en échange de la paix» lancé au sommet arabe de Fès

Une ligne politique que Rabat a mis au profit d’un rapprochement entre les pays arabes et Tel-Aviv. La visite du président égyptien Anouar Al Sadat en Israël, marquée par son discours du 20 novembre 1977 à la Knesset, a été préparée au Maroc. En septembre de la même année, le ministre des Affaires étrangères, le général Moshé Dayan, se réunissait à Marrakech avec le vice-Premier ministre égyptien Hassan Tohami.

Une année après la réunion dans la ville ocre, Le Caire et Tel-Aviv signaient les accords de Camp David et établissaient des relations diplomatiques. Mais le Maroc, acteur du dénouement, est resté en retrait et n’a pas emboité le pas aux Egyptiens.

Le sommet de la Ligue arabe de Fès, du 25 novembre 1981, allait redonner l’occasion au royaume de marquer son retour sur la scène du Moyen-Orient mais toujours en s’activant dans les coulisses et laissant aux autres le leadership devant les caméras.

Hassan II avec Shimon Perez / DRHassan II avec Shimon Perez / DR

Le conclave de Fès s’est clôt sur l’adoption du Plan Fahd, du nom du prince héritier de l’Arabie saoudite (il accède au trône à la mort de son demi frère Khaled le 13 juin 1982). Certes la reconnaissance d’Israël n’y était pas encore à l’ordre du jouir mais déjà il y avait «la reconnaissance du droit de tous les Etats à vivre en paix». Une rupture avec le lexique des autres sommets arabes, balisant ainsi la voie au pragmatisme et l’émergence de «la terre en échange de la paix». Un principe qui a donné ensuite les accords d’Oslo, du 13 septembre 1993 avec l’Organisation de Libération de la Palestine, et de Wadi Araba du 26 octobre 1994 avec la Jordanie.

Le Maroc restera là aussi hermétique à toute normalisation diplomatique, privilégiant son rôle de falicitateur du dialogue avec les pays voisins d'Israël. Hassan II avait tenté de convaincre le président syrien Hafez Al Assad de conclure un accord de paix avec les Israéliens mais sans réel succès.

Durant toutes ces décennies, les rois Hassan II et Mohammed VI ont accueilli plusieurs responsables israéliens, soit en catimini ou publiquement, mais loin de toutes pressions ou chantage sur le dossier du Sahara occidental. Cette position d'ouverture du Maroc n'aura cependant jamais conduit à l’ouverture d’une ambassade israélienne à Rabat.

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