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Histoire Publié

Mohamed Ali Ansari, le touareg «marocain» qui espérait voir Tombouctou annexée au Maroc

Au cours des années 1960, les touaregs résidant au nord du Mali et au nord du Nigeria avaient demandé à être annexés au royaume du Maroc. Parmi les dirigeants les plus importants de la région qui se considéraient pleinement marocains, figure Mohamed Ali Ag Attaher Ansari, décédé au Maroc en 1994.

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Des Touaregs au nord du Mali. / Ph. Florin Iorganda - Reuters

Depuis plusieurs siècles, les touaregs qui vivent au Mali et au Nigeria ont tissé une relation de proximité avec le Maroc. La relation entre le Maroc et ces régions subsahariennes remonte à l’ère des Almoravides et se poursuit jusqu’à nos jours. Par ailleurs, ces liens étroits ont permis au sultan Ahmed Al Mansour Ed-Dahbi de prendre le contrôle de la région et de sa capitale, Tombouctou en 1591.

À la fin XVIIIème siècle, l’Europe commence à s’intéresser à cette région riche en or. Débutent alors des voyages d’expédition tenus secrets. Le voyage effectué par l’explorateur français René Caillé en 1818 est le plus célèbre de tous. L'explorateur a même été officiellement accueilli par la France à son retour d’expédition. Le projet européen d’occupation de Tombouctou est reporté à 1911, période où l’influence du Maroc est largement affaiblie. La France entamera alors le processus de colonisation de l’ensemble de la région entre 1911 et 1960.

Suite au départ des français et à l’annexion de Tombouctou au reste de la région, Mohamed Ali Ansari, personnage influent de la région à l’époque, considérait comme impossible l’annexion des touaregs au Mali, comme le confirme l’ouvrage d’Omar Ansari «Les hommes bleus…les touaregs : légende et réalité» (Editions Dar al Saqi, 2017).

Mohamed Ali Ansari, le touareg qui se considérait comme Marocain

Pour le prince Mohamed Ali, le gouvernement malien était une extension de la domination française qui «cherchait à occidentaliser la région, considérée comme une extension du Maghreb, et sa population, constituée d'arabes et de berbères». Il considérait que «le gouvernement voulait dissocier ces derniers de leur culture arabe originelle».

Selon la même source, c’est à partir de ce postulat que le prince Mohamed Ali avait considéré la question «de la marocanité de Tombouctou comme étant une évidence, d’autant plus que les relations entre les habitants de la région et les rois et sultans du royaume marocain ont persisté au fil des années et ce jusqu’à l’avènement du colonialisme».

Toujours selon le livre d’Omar Ansari, le prince Mohamed Ali «se considérait lui-même comme Marocain» puisque «la région du Sahara, y compris Tombouctou, était sous la coupe du sultan du Maroc et directement gouvernée par un pacha jusqu’à l’arrivée du colonialisme». Et d’ajouter que «le dernier gouverneur de la région a été le général Ahmed Rami».

En 1961, Mohamed Ali, en sa qualité de «gouverneur général des tribus touaregs de Tombouctou», envoie une lettre au roi Hassan II pour l’informer de son voyage en 1931 à Paris suite à une invitation du président français. Lors de ces festivités Mohamed Ali avait prêté allégeance à feu le roi Mohammed V.

Il y ajoute qu’en 1946, la France avait tenté de le séduire, en lui proposant de régner sur un «Sahara français en Afrique de l’Ouest». Une proposition qui est alors rejetée par le prince lequel explique aux Français que «le Sahara est marocain» et que s’ils comptent se retirer du Maroc, il fallait qu’ils laissent le Sahara aux Marocains».

Il explique, par ailleurs, au roi Hassan II, que dès le retour d’exil de Mohammed V, il aurait «jeté la nationalité française» et «pris la nationalité marocaine à l’ambassade du Maroc en Arabie Saoudite un mois après son ouverture officielle».

De Mohamed Ali Ag Attaher à Bilal Ag Cherif

Mohamed Ali Ag Attaher Ansari a assuré que feu Mohammed V s’était déjà adressé à lui en lui promettant qu’il ne délaisserait pas Tombouctou. «La France a constitué l’Union du Mali afin que ses intérêts financiers soient garantis par les richesses de notre pays et j’ai toujours refusé les tentatives visant à nous séparer du Maroc», précise-t-il.

Le prince touareg rappelle son voyage en Arabie Saoudite en 1958 pour collecter une aide financière et son retour eu Maroc pour rencontrer le roi Mohammed V. Il voulait ainsi demandé au roi du Maroc de l’aider à annexer son pays au royaume. Toutefois, le premier ministre marocain de l’époque, Abdellah Ibrahim l’aurait empêché de décrocher une audience royale.

En raison de son activité politique, Mohamed Ali a été arrêté au Mali en 1963 et avant l’intervention du président égyptien de l’époque Gamal Abdel Nasser, les autorités maliennes prévoyaient de l’exécuter. Au final, Mohamed Ali sortira de prison en 1968 et finira par rentrer au Maroc où il a vécu jusqu’à sa mort en 1994.

Malgré la mort de cette figure emblématique, les liens entre les touaregs et le Maroc, bien qu’ils ne soient plus aussi forts qu’avant, continuent de perdurer. En janvier 2014, le roi Mohammed VI avait reçu à Marrakech Bilal Ag Cherif, secrétaire général du mouvement de la libération de l’Azawad (MNLA). Fortement actif au nord du Mali, ce mouvement avait d’ailleurs annoncé en avril 2012 la sécession du nord du pays.

Au cours de la rencontre entre Mohammed VI et Bilal Ag Cherif, le roi du Maroc avait demandé à la délégation du MNLA de «rester ouverte au dialogue politique». Le mouvement avait ensuite affirmé sa «volonté à et son engagement à trouver une solution durable au conflit» avec le gouvernement malien.

Cette rencontre a eu lieu quelques semaines après que le MNIL a refusé de participer à une réunion initiée par l’Algérie, pour entamer les pourparlers avec plusieurs milices maliennes du nord du pays.

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