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«Trauma’s van Nora» ou la page créée pour aider les MRE des Pays-Bas à parler «traumatismes»

Créée par la Néerlando-marocaine Nora Akachar pour aider des membres de sa communauté à partager leurs traumatismes, la page Facebook «Trauma’s van Nora» est devenue, en peu de temps, une plateforme incontournable pour les Marocains des Pays-Bas. Elle permet quotidiennement, selon son administratrice, d’aider certains de guérir et s’ouvrir sur l’autre.

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Nora Akachar et Amal van Caem, administratrices de la page «Trauma’s van Nora». / Source : nrc.nl
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Il y a trois mois, la Néerlando-marocaine Nora Akachar a créé un groupe sur Facebook pour partager des anecdotes à propos de ce voyage d'été que la majorité des Marocains effectuent annuellement pour retourner dans leur pays d’origine. Un voyage qui lui rappelle lorsque ses parents avaient carrément oublié sa petite sœur en Espagne alors qu'ils se rendaient au Maroc. Moment traumatisant pour la famille marocaine à l’époque, il est devenu l’une des histoires que de nombreux autres Marocains d'origine néerlandaise peuvent raconter.

En une semaine seulement, la page Facebook de Nora Akachar a attiré plus de 10 000 abonnés, devenant ainsi l’une des plateformes de choix où des Néerlando-marocains racontent leurs histoires d’enfance, canalisent leurs traumatismes et partagent avec des membres de la diaspora des histoires vécues au sein de la communauté néerlandaise.

Des «histoires amusantes» aux partages de traumatismes entre Maroco-néerlandais

Pour la Néerlando-marocaine, le groupe nommé «Trauma’s van Nora» (traumatismes de Nora) a été créé principalement pour partager des «histoires amusantes» et des «traumatismes» que les Marocains résidant dans ce pays «ont réussi à surmonter». «Nous parlons toujours à la famille et aux amis des choses que nos parents ont faites quand nous étions petits (…) comme le fait de ne pas avoir assisté aux réunions parents-enseignants, l'intimidation à l'école ou à lorsqu’on sorte son déjeuner à l’école avec du pain marocain», confie-t-elle à Yabiladi, en plaisantant. «Ces "traumatismes" étaient douloureux à l'époque, mais nous en rions maintenant», ajoute-t-elle à propos du lancement de cette page.

Mais avec plus de 35 000 personnes ayant aimé la page actuellement, «Trauma’s van Nora» est devenu la plateforme pour s’ouvrir sur les autres, tenter de guérir et surmonter ses traumatismes qui n’ont pas encore été traités. «Au début, j’avais dit aux gens de ne partager que les traumatismes avec lesquels ils étaient en bonnes termes, mais j’ai commencé à recevoir des histoires très troublantes incluant parfois des sévices en général et notamment», déclare-t-elle.

Experte sollicitée par des entreprises sur les questions de la diversité et d'inclusion, âgée de 34 ans, a d'abord hésité à partager ces histoires. Mais avec son coadministratrice du groupe, Amal Caem-Kharkhach, Nora a estimé qu’un «traumatisme reste un traumatisme» et qu’il était «bon pour la communauté de savoir que ces choses-là se produisent aussi».

Un partage anonyme pour savoir qu'«on n'est pas seul»

Tous les membres du groupe partagent anonymement leurs «traumatismes», mais ils ne le sont pas pour Nora, qui se dit «honorée que ces personnes se sentent à l'aise et partagent leurs histoires avec [elle]». Elle considère aussi que la page n’est pas seulement à propos du parage. Il s’agit aussi de «guérir, pardonner et essayer de surmonter des traumatismes douloureux, en particulier s’agissant de la famille». «En tant que Néerlando-marocains, nous grandissons avec l’idée que les parents sont des "saints" (…) nous leur parlons pas mal et ne les regardons pas fâchés», se souvient Nora.

Elle pense que sa plate-forme «permet à ces membres d’aimer et de respecter leurs parents tout en les critiquant» quand cela est nécessaire. «Il est vrai qu'ils ne savaient pas mieux mais il est acceptable de leur faire savoir que certaines choses ne se sont pas déroulées correctement», explique-t-elle.

«Trauma’s van Nora» est également une occasion pour les Marocains des Pays-Bas de se raconter mutuellement et de savoir qu’ils ne sont pas seuls. «Parfois, lorsque vous partagez une histoire, vous recevez des commentaires du genre "ça doit être mon cousin" ou "c'est exactement ce qui est arrivé à ma mère ou à ma sœur"», fait savoir notre interlocutrice.

Pour l’administratrice de la page, la gestion de cette page Facebook lui a ouvert les yeux sur les difficultés de la diaspora marocaine aux Pays-Bas et sur l’importance de guérir de certains traumatismes. «Il est triste de voir que certaines personnes vivent avec ces traumatismes et élèvent leurs enfants avec les mêmes craintes et insécurités», déplore-t-elle.

Et Nora Akachar de souligner l’importance de «se débarrasser de ces sentiments». «La prochaine génération n’a pas à faire face aux mêmes traumatismes que ceux que j’ai connus dans le passé», conclut-elle.

Cette page Facebook inspirera une pièce théâtrale qui sera présentée le 19 janvier prochain.

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