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Environnement Publié

La Méditerranée en proie au plus fort taux de réchauffement de la planète

Au Maroc, des solutions sont déjà mises à l’œuvre pour lutter contre les effets du réchauffement climatique, qui menace la disponibilité des ressources, notamment dans le secteur agricole.

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Photo d'illustration. / DR

Le bassin méditerranéen a chaud. Plus encore que les autres régions du monde. D’après une synthèse de plusieurs centaines d’études sur les conséquences du réchauffement climatique, relayée par Le Monde, le pourtour méditerranéen, bordé par 500 millions d’habitants, se réchauffe 20% plus vite que le reste du globe.

D’après le rapport global sur «Les risques liés aux changements climatiques dans la région Méditerranée», rendu public jeudi 10 octobre, à Barcelone (Espagne), cette partie du monde figure parmi les points les plus touchés de la planète («hotspots») des évolutions climatiques en cours : elle s’est réchauffée de 1,5 °C depuis l’ère préindustrielle, 20% plus rapidement que la moyenne mondiale. A l’horizon 2040, la température devrait y être plus élevée de 2,2°C par rapport à la fin du XIXe siècle, et même de 3,8 °C d’ici à 2100 par endroits si de sérieuses mesures d’atténuation ne sont pas engagées, souligne Le Monde.

Et les conséquences s’annoncent inquiétantes : «érosion des sols, disparition de terres agricoles et de biodiversité, dégradation des forêts, recrudescence d’incendies, arrivée d’espèces invasives, multiplication des pathogènes et des pollutions», énumère-t-on dans la synthèse du rapport, à laquelle ont pris part plus de 80 scientifiques de vingt pays. «Le pourtour méditerranéen est en effet une zone très vulnérable : nous sommes dans une mer pratiquement fermée, de surcroît avec une très forte concentration humaine», souligne Lotfi Chraibi, président de l’Association marocaine pour le développement durable, contacté par Yabiladi.

Intensification des épisodes méditerranéens

«Stress hydrique, désertification, déséquilibre des ressources en eau… Les effets du réchauffement climatique dans le pourtour méditerranéen sont nombreux. Le fait que certaines espèces animales et végétales soient menacées déstabilise évidemment une grande partie de la biodiversité», ajoute le responsable associatif. Un constat déjà formulé par Fanny Adloff, chercheure au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), dans les colonnes du journal 20 Minutes : «Certaines espèces endémiques pourraient être menacées. Si les eaux se réchauffent au sud, elles migreront naturellement vers le nord. Mais avec l’effet cul-de-sac, on peut s’attendre à une hausse de leur mortalité.»

«Transition entre climats océanique, continental et désertique, le climat méditerranéen est caractérisé par de fréquents épisodes extrêmes (vents violents, pluies intenses, sécheresses, canicules, etc.). Parmi eux, les épisodes méditerranéens sont les plus destructeurs : ces pluies intenses provoquent des inondations souvent rapides (crues éclairs)», explique Météo France sur son site.

Dans le sillage des prévisions relatives au changement climatique, notamment celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui prévoit un réchauffement de la Terre de 1,8 à 4° et une élévation du niveau des mers de 20 à 60 cm, Météo France prévoit une intensification des épisodes méditerranéens à la fin du XXIe siècle. «Les analyses d’extrêmes appliquées aux modèles CORDEX (issus du programme international du même nom, ndlr) indiquent une augmentation de l’intensité des précipitations intenses sur la partie nord du bassin méditerranéen», indique le service de météorologie et climatologie français.

Atténuer, mais aussi s’adapter à ces changements

«Les activités humaines peuvent souffrir du réchauffement climatique, mais elles en sont aussi à l’origine, rappelle Lotfi Chraibi. On est responsables de tout ce qu’on émet en CO2, en raison de notre mode de consommation et de production.» En 2015, dans un rapport sur l’«Intégration des exigences des changements climatiques dans les politiques publiques», le Conseil économique, social et environnemental (CESE) indiquait que «l’activité des entreprises est concerné de très près par cette problématique en raison de leur vulnérabilité aux effets de dérèglement climatique, comme beaucoup d’autres secteurs, et de leur responsabilité directe à cause des émissions de GES, principal responsable du réchauffement climatique de la planète.»

«Sur le bassin méditerranéen, ce sont à la fois des stratégies d’atténuation de ces changements, mais aussi d’adaptation, qu’il faut mettre en place», recommande le responsable associatif. Parmi les solutions qui sont déjà à l’œuvre, et auxquelles songe Lotfi Chraibi : le développement d’une agriculture plus résiliente au réchauffement climatique, le recours aux énergies renouvelables et la mise en place de modes d’irrigation plus respectueux de l’environnement. Encore faut-il être prudent avec la gestion de l’eau dans le système agricole, où le manque de formations dispensées aux agriculteurs sur le système du goutte-à-goutte peut conduire à d’importants gaspillages.

«Le secteur agricole a fait l’objet de plusieurs mesures pour tenter d’atténuer les effets du réchauffement climatique», indique Lotfi Chraibi. Il en veut pour preuve l’initiative AAA, pour «adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques». Lancée en amont de la COP22, en 2016 à Marrakech, elle entend mettre en avant des solutions techniques et des mesures d’accompagnement pour «améliorer la gestion des sols, la maîtrise de l’eau agricole, la gestion des risques climatiques et les capacités de financement». Elle s’appuie sur les instruments préconisés par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), notamment les transferts de technologie et la préparation des politiques et stratégies agricoles adaptées. Si l’initiative est louable, pas sûre qu’elle suffise à enrayer les effets du réchauffement climatique en Méditerranée, et en l’occurrence au Maroc.

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