Menu

Politique Publié

Maroc – Espagne : La gestion migratoire face à la hausse des arrivées en Europe

Les fonds européens promis au Maroc pour le contrôle de ses frontières arriveront-ils à bon port ? Dans ce processus en étapes, le royaume attend encore des tranches des 140 euros promis, d’ici la fin de l’été, pour permettre notamment de freiner les arrivées en Espagne. Cependant, les responsables de la gestion frontalière et migratoire redoutent que cela ne suffise pas.

Temps de lecture: 3'
Photo d'illustration / Ph. DR.

Il y a plusieurs mois, Bruxelles a annoncé l’octroi de 140 millions d’euros au Maroc, compte tenu du nombre total d’arrivées de migrants en situation administrative irrégulière en Espagne en 2018 (près de 65 000), en hausse de 131% par rapport à 2017, avec une tendance qui se poursuit en 2019. C’est l’Espagne qui a ainsi plaidé auprès de l’Union européenne (UE) pour grossir l’enveloppe en faveur du Maroc. Mais une telle budgétisation suffira-t-elle à asseoir une politique migratoire globale, respectueuse de la dignité des personnes et du droit à la libre circulation ?

Dans un long entretien donné à El Diario le 8 août dernier, le directeur de l’immigration et de la surveillance des frontières au ministère marocain de l’Intérieur, Khalid Zerouali, explique que ce budget à lui seul ne peut pas permettre au Maroc de résoudre tous les problèmes que pose ce défi, même s’il considère que c’est «un geste bienvenu». «Pour nous, les 140 millions d’euros sont une façon de commencer le travail, mais ce que nous voulons, c’est que l’effort soit bilatéral avec l’Espagne et l’Europe, dans le cadre d’un programme durable», indique-t-il au média espagnol.

Ce budget, le Maroc doit le percevoir en trois temps. D’une première tranche de 70 millions d’euros qui constitue une aide financière, il en a reçu 30, le 15 mai dernier. A la fin de l’été, il devra en recevoir 10 autre en deux lots. «Les 70 millions restants seront divisés en deux parties, 30 du Centre international pour le développement de politiques de migration (ICMPD), organisme européen de coopération, et 40 millions de l’Agence de la coopération espagnole», indique Khalid Zerouali, soulignant que ces sommes permettent notamment l’acquisition de matériel moderne, notamment l’acquisition de véhicules.

L’Espagne compte sur le Maroc

L’importance de ce budget a été évalué par l’Union européenne sur la base des chiffres d’arrivées à ses frontières et la reprise de concentration des flux migratoires sur l’axe reliant le Maroc au royaume ibérique, la route migratoire de la Libye étant de plus en plus risquée. «Une partie de ce qui se passe dans la région réside dans la conjugaison d’une série de facteurs issus de la crise migratoire en Europe en 2013 et 2014, lorsque nous avons commencé à constater des changements dans la pression migratoire», analyse Khalid Zerouali dans ce sens.

Pour lui, les actions d’ONG dans le sauvetage de migrants en mer auraient également un rôle, puisqu’elles auraient constitué, selon le responsable, «un appel aux migrants» pour arriver en Europe, parallèlement à d’autres facteurs liés au changement climatique ou aux conflits armés, qui poussent les populations à chercher protection ailleurs. Ces éléments ont ainsi contribué à l’augmentation des passages depuis le Maroc.

Ainsi, Khalid Zerouali explique que les autorités marocaines ont freiné «au moins 93% du flux migratoire en direction de l’Espagne», entre 2014 et 2015. «Mais l’augmentation de la pression en 2018 a été exceptionnelle», nuance-t-il. Et d’expliquer que les opérations d’interception de pateras «ont atteint près de 89 000 interventions». La même année, «90 000 arrivées en Espagne» ont ainsi été évités. Mais au-delà de ces opérations, le responsable estime nécessaire de «s’attaquer aux réseaux de circulation qui tirent parti de la vulnérabilité des migrants et de la porosité des frontières des pays situés plus au sud».

La question de la porosité des frontières interpelle sur la sécurisation de ces dernières, mais aussi sur l’externalisation des frontières européennes en Afrique. En octobre dernier, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a affirmé auprès des médias allemands que le pays ne pouvait pas devenir un «gendarme de l’Europe». Dans le cadre de sa coopération avec l’Union européenne et notamment sur le volet de la sécurisation de ces frontières, il a souligné qu’il ne pouvait être envisageable de mettre en place des centres fermés destinés aux migrants dans les pays de la rive sud et financés par l’UE, dans le cadre de cette externalisation.

En revanche, des documents de la Coopération internationale allemande (GIZ) obtenus par Yabiladi décrivent ce grand chantier, où le projet semble englober plusieurs pays, du Niger à la Méditerranée, en passant effectivement par le royaume.

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com