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Société Publié

En cas de légalisation, le marché du cannabis autorisé pourrait atteindre 10 MM MAD dès 2023

10 millliards de dirhams dès 2023 ? C'est le potentiel du marché légal du cannabis au Maroc selon un rapport de Prohibition Partners. 

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Un champ de kif, dans le Rif. / Ph. Luis Lema (Le Monde)

D’ici à 2023, la valeur du marché légal du cannabis en Afrique pourrait dépasser les 7,1 milliards de dollars. C’est notamment ce qui ressort du dernier rapport de Prohibition Partners, fournisseur de conseils stratégiques et de données sur le marché du cannabis, intitulé «The African Cannabis». En cas de légalisation du cannabis, l’industrie africaine du cannabis devrait également stimuler l’emploi sur le continent, prévoit-on.

Le rapport précise que le Lesotho est le premier pays africain à avoir légaliser la culture de cannabis à usage médical. La valeur de ce marché légal d'ici 2023 est estimée à 92 millions de dollars ; 2,3 millions de dollars pour le marché médicinal, contre 89 millions de dollars pour le marché récréatif. En pôle position, le Maroc, pays dont la valeur du marché légal du cannabis pourrait atteindre 944 millions de dollars (environ 10 milliards de dirhams) à l’horizon 2023. Ainsi, 28 millions de dollars sont prévus pour le marché du cannabis à usage médical, et 916 millions de dollars pour le cannabis à usage récréatif.

«La modernisation et la professionnalisation en cours de l’industrie du cannabis au Maroc témoignent de sa position de leader dans la production mondiale de haschisch et de la valeur accordée aux cultures par les agriculteurs», souligne le rapport. «L’adoption de techniques agricoles modernes a permis d’accroître la production d’un haschisch de qualité supérieure et d’extraits modernes plus puissants, ce qui explique pourquoi la teneur en THC du haschisch saisi a augmenté au cours de la dernière décennie», ajoute-t-il. Le THC fait référence au Tétrahydrocannabinol, le cannabinoïde le plus abondant et le plus présent dans la plante de cannabis.

«Ce ne sont pas forcément les techniques en elles-mêmes qui se sont modernisées, mais les types de plantes utilisées pour cultiver le haschisch. En Europe, on a mis au point des graines synthétiques qui sont notamment envoyées au Maroc et permettent d’accroître la quantité de production par rapport au cannabis naturel, afin de de pallier la réduction des superficies de culture», précise Chakib El Khayari, président de l’Association Rif des droits humains, chevronné sur les problématiques liées à la culture du cannabis, contacté par notre rédaction.

La superficie consacrée à la culture du cannabis au Maroc a en effet diminué de 65%, passant d’un record officiel de 134 000 ha en 2003 à 47 196 ha en 2013, d’après les autorités marocaines. Celles-ci estiment que la superficie totale diminuera encore pour atteindre 34 000 ha en 2018.

Des consommateurs parfois très jeunes

Prohibition Partners consacre également une part importante de son chapitre dédié au Maroc à la consommation de haschisch chez les jeunes. Ainsi, des études menées entre 2009 et 2013 auprès de jeunes âgés de 15 à 17 ans au Maroc, dans le cadre du projet «Mediterranean School Survey Project on Alcohol and Other Drugs» (MedSPAD), ont révélé que la consommation de drogue débute à un âge précoce.

«Les enquêtes mondiales sur la santé en milieu scolaire menées [au Maroc] entre 2010 et 2016 ont mis en évidence une prévalence croissante de la consommation de substances (notamment le tabac et le cannabis) chez les adolescents âgés de 13 à 15 ans», ajoute le rapport. Enfin, d’autres études menées auprès d’élèves et étudiants âgés de 11 à 23 ans dans les régions du centre et du nord marocain ont indiqué que 9,3% d’entre eux consomment des substances psychoactives, à hauteur de 8,1% pour le cannabis et 4,3% pour l’alcool.

«La jeunesse de la population marocaine est un facteur qui sous-tend les taux de croissance prévus, relativement importants, de la consommation de cannabis à des fins récréatives. Le cannabis et le tabac sont plus populaires chez les adolescents que l’alcool et les autres drogues illicites. Cela est dû en partie à l’interdiction et à la désapprobation de l’alcool / des drogues illicites pour des raisons religieuses et socioculturelles», analyse le rapport.

Des petits producteurs enclins à la légalisation ?

Au vu de la relative tolérance des autorités marocaines sur la consommation de cannabis, la question de sa légalisation, par ailleurs, interroge. «Un avantage potentiel de la réglementation de l’industrie serait la génération de revenus pour le gouvernement. Cependant, certains estiment que, le cannabis étant officieusement la première source de devises du Maroc, le gouvernement ne peut se permettre de sévir sérieusement contre ce commerce», note le rapport. Il fait aussi état d’une opposition à la légalisation de la part des petits producteurs, «[ces derniers craignant] que leur culture ne perde de la valeur : les gros producteurs qui ont massivement investi dans de nouvelles méthodes de production sont assurés d’un revenu régulier de la part des revendeurs et autres trafiquants».

Chakib El Khayari se montre plus sceptique. «Ce n’est pas tout à fait ce que j’observe sur le terrain. Au contraire, les petits producteurs se montrent favorables à la légalisation du cannabis pour des raisons juridiques. A l’heure actuelle, la culture et la consommation de haschisch étant interdites au Maroc, ils peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires. Ils ont au contraire tout intérêt à ce que la consommation de haschisch soit légalisée.»

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