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Société Publié

Les oasis du Maroc menacées, quel rôle pour la femme oasienne ?

Au Maroc et en moins d’un siècle, deux tiers des oasis ont disparu. L’infime partie qui est préservée est menacée par le changement climatique. Si des actions sont entreprises, il semblerait que l’expertise féminine ne soit pas prise en considération.

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Image d’illustration. / Ph. DR

Ce n’est plus un secret pour personne : les oasis au Maroc sont gravement menacées. En moins d’un siècle, le royaume a perdu plus du deux tiers de ses oasis. Ces terres, où l’impossible devient possible, font vivre des millions de Marocains, principalement dans les régions d’Errachidia, Zagora ou encore Tata.

La cause principale, outre l’abandon de ces espaces, est le changement climatique. Si dans la définition même d’«oasis» l’eau est primordiale, c’est également le cas pour sa population. Cependant, la mauvaise gestion de l’eau, ainsi que les multiples sècheresses qu’a connues le pays, rendent ces espaces très vulnérables.

Depuis quelques années, le royaume lutte pour la préservation de ses oasis. Cependant, il semblerait que le rôle que pourrait jouer la femme oasienne n’ait jamais été mis en avant. L’une d’entre elles affirme dans le dossier «Femmes oasiennes et changement climatique au Maroc» que ces femmes sont à l’origine de l’amélioration des conditions de vie de la communauté oasienne.

«Nous sommes connues, en tant que femmes oasiennes, pour notre grande patiente et notre combat quotidien pour lutter contre les conditions naturelles rudes dans lesquelles nous vivons. Par exemple en ce qui concerne l’irrigation des champs, les femmes oasiennes utilisent de manière économe l’eau des puits. Nous pratiquons les techniques traditionnelles dans l’agriculture et notamment la rotation des cultures», explique l’une d’elles.

De plus, des études menées par ONU Femmes démontrent que dans 76% des ménages, la collecte de l’eau incombe principalement aux femmes et aux enfants. Dans 12% des ménages en milieu rural, ce sont les enfants qui s’occupent de la collecte de l’eau, et les filles sont deux fois plus susceptibles de le faire qu’un garçon. Cependant, le travail et le dévouement de ces femmes et filles n’est ni suffisamment reconnu, ni pris en compte dans les politiques et les programmes nationaux, régionaux ou locaux.

L’émancipation de la femme oasienne

La productivité agricole augmenterait de 30% si la gestion était confiée aux femmes, selon une étude de l’ONU.  En revanche au Maroc, dans le dossier élaboré par le docteur Meriem Houzir pour la Fondation Böll Heinrich, il ressort que ce sont les hommes qui assurent le rôle de production et sont impliqués dans les transactions foncières, tandis que les femmes sont cantonnées à un rôle de «reproduction et se chargent des activités domestiques, d’entretien et de services».

Fatima Zahra Nouhi, élue locale à la commune d’Akka, dans la province de Tata, affirme dans ce dossier que les femmes oasiennes sont «encore exclues et exploitées de la part des hommes dans le domaine politique. Notre expérience reste timide dans la prise de décision et de la gestion des affaires publiques au niveau local et cela malgré le niveau d’éducation, de militantisme et l’engagement de certaines femmes oasiennes dans la vie politique».

Comme l’assure une autre oasienne marocaine, «le changement climatique représente un grand risque pour la durabilité des oasis. Ce risque est accentué d’une part par le manque de prise de conscience de la population locale quant aux enjeux climatiques, et d’autre part, à cause de leurs comportements et leurs pratiques non durables dans l’utilisation des ressources naturelles et notamment de l’eau».

Par ailleurs, le docteur Meriem Houzir pointe du doigt le fait que les femmes agricultrices ne sont pas en mesure de bénéficier de dotations de l’Etat en cas de sécheresse, ni de droit d’accès au crédit agricole. Pire encore, ces femmes ne peuvent pas investir dans d’autres sources de revenu alternatives car elles ont des revenus inférieurs, ne leur permettant pas d’épargner et ne disposent pas de moyen financier d’investissement.

C’est bien donc une réforme de fond qui devrait être opérée pour l’intégration de la femme dans ce combat pour la préservation des oasis. Par leur expérience et leur savoir-faire, elles sont donc un élément essentiel pour la lutte contre le changement climatique. Mais pour se faire, leur intégration dans le processus de prises de décision doit se faire par des mécanismes juridiques, législatifs et institutionnels.

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