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Hirak : La mère de l'adolescent percuté par la fourgonnette de police lance un nouvel appel

Près de quatre mois après la manifestation à Jerada où un adolescent de 16 ans a été percuté par une fourgonnette de police, l’état de santé de Abdelmoula Zaiqer ne s’est toujours pas amélioré, puisqu’il est toujours hospitalisé dans une clinique privée à Casablanca. La partie inférieure de son corps demeure encore paralysée.

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L’état de santé de Abdelmoula Zaiqer ne s’est toujours pas amélioré, puisqu’il est toujours hospitalisé dans une clinique privée à Casablanca. / Ph. Najat Mahjoubi

Le 14 mars dernier, au lendemain d’un avertissement du gouvernement interdisant les manifestations dans la ville minière de Jerada, des groupes de manifestants se sont rassemblés dans une forêt proche du quartier «Village Youssef». Selon des activistes locaux, des manifestants ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre qui essayaient de les disperser. Une confrontation a éclaté et un jeune garçon de 16 ans, dénommé Abdelmoula Zaiqer, a été percuté par une fourgonnette de police.

Depuis ce jour-là, l’adolescent a souffert de multiples traumatismes à la tête, aux hanches, aux pieds et à la colonne vertébrale. Dans une situation très critique, Abdelmoula Zaiqar a été hospitalisé dans un service de réanimation à Oujda. Il se trouve désormais dans une clinique privée à Casablanca «depuis presque trois mois», indique à Yabiladi la mère du jeune homme, Najat Mahjoubi.

Selon notre interlocutrice, l’état de santé de son fils est toujours le même. «Il y a toujours le problème du dos, de son bassin. Il est paralysé au niveau du bas du corps et ne peut plus bouger ses deux jambes. Sa colonne vertébrale est gravement touchée», déclare la maman. Par ailleurs, elle avait effectué un rapport de santé à Oujda suite à l’accident, mais elle affirme «ne pas l’avoir reçu jusqu’à présent».

Surveillée par la police

D’autre part, Najat Mahjoubi a constaté être «constamment surveillée par la police, depuis le tout début. Mon téléphone était sur écoute. Je pense être surveillée jusqu’à présent». D’ailleurs pour appuyer ses dires, elle affirme que pour pouvoir rendre visite à Abdelmoula Zaiqer, il faut présenter sa carte nationale, «contrairement aux autres patients».

Une légère amélioration de l’état de santé de l’adolescent a été constatée ces derniers mois. «Il a plus d’appétit qu’avant, sa voix est revenue», affirme la mère du jeune homme. Malgré tout, «son état psychologique et physique laisse à désirer. Il a perdu l’usage de la partie inférieure de son corps, il a besoin de couches», ajoute-t-elle.

Najat Mahjoubi déclare que deux associations ont tapé à sa porte les jours suivant l’accident pour prendre en charge financièrement les frais médicaux de son fils. Ce dernier a ainsi été hospitalisé dans une clinique privée à Bouskoura. «A ce moment-là, j’avais vraiment besoin d’aide. Je ne connais pas le nom des deux associations, sauf que je n’ai vu personne de l’association depuis que je suis à Casablanca». Elle déplore les faibles moyens dont elle dispose : «Bientôt je n’aurai plus d’argent pour acheter une bouteille d’eau».

Abdelmoula Zaiqer souffre de multiples traumatismes. / Ph. Najat MahjoubiAbdelmoula Zaiqer souffre de multiples traumatismes. / Ph. Najat Mahjoubi

La Délégation Interministérielle aux Droits Humains (DIDH) avait adressé un courrier à Human Rights Watch, en juin 2018, dans lequel elle affirme que Abdelmoula Zaiqer a été «blessé accidentellement» et qu’il faisait partie des groupes de manifestants qui encerclaient les forces de l’ordre et qui leur jetaient des pierres. «Les fourgonnettes de police ont essayé de trouver un moyen de sortir en utilisant les phares et les avertissements sonores. Ces circonstances ont mené au fait de percuter la victime (Abdelmoula Zaiqer)», ajoute la même source.

En réaction au courrier de DIDH, Najat Mahjoubi affirme l’avoir lu. «Si vous avez vu la vidéo, vous saurez que mon fils ne participait pas à la manifestation. Si c’était le cas, ils auraient dit qu’il lançait des pierres. Mon fils revenait du stade, sa vie c’est le foot. Il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment», ajoute la mère de la victime.

Actuellement, le seul souhait de cette mère de famille est «qu’on fasse l’impossible pour guérir [son] fils». «Je suis persuadée qu’il existe un moyen de le guérir», conclut-elle.

Plusieurs associations des droits de l’Homme nationales et internationales avaient dénoncé l’usage exessif de la force de la part des forces de l’ordre envers les manifestants, en mars dernier.

Human Rights Watch avait déploré l’utilisation «de force excessive, d’arrestations et de mauvais comportement» à Jerada. L’organisme qui a authentifié une vidéo filmée ce jour-là, lorsque Abdelmoula Zaiqer a été touché, affirme que celle-ci montrait «au moins quatre fourgonnettes de police [en train de slalomer] à une vitesse dangereuse parmi les manifestants réunis sur l’esplanade, apparemment dans le but de les effrayer pour qu'ils se dispersent. La vidéo montre un groupe de manifestants tomber, et une fourgonnette de police heurter au moins l'un d'eux.»

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