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Culture Publié

Histoire : Lorsque le Maroc aimantait les grandes figures du rock

Durant les années 1960, les figures emblématiques du rock ont été nombreuses à jeter l’ancre à la lisière des côtes marocaines. Dans leur quête d’inspiration artistique mais aussi spirituelle, ceux qui ont fait la réussite des premières éditions du festival Woodstock se laissaient volontiers guider vers le Maroc. Rétrospective.

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Durant les années 1960, les figures emblématiques du rock ont été nombreuses à jeter l’ancre à la lisière des côtes marocaines. DR

Sur les plans politique, intellectuel et artistique, les années 1960 et 1970 ont été marquées par la protestation et la confrontation, dans un engouement général pour les valeurs de liberté. Les mouvements anti-guerre se sont soulevés contre l’intervention américaine au Viêt Nam (1955-1975).

De même, l’ingérence des Etats-Unis dans le conflit cambodgien (1978-1999) au lendemain de la guerre civile dans le pays (1967-1975) n’a laissé indifférente aucune conscience vivante. Les pays d’Afrique, eux, ont arraché leur indépendance les uns après les autres, après un long combat contre les dernières forces coloniales sur le continent.

C’est dans ce contexte que les artistes de rock américains et européens se sont approprié toutes ces causes nobles, en chantant notamment leur parti pris en faveur de la non-violence, contre le puritanisme et la prohibition, dans un Occident qui vivait déjà dans la consommation et l’industrialisation à outrance.

C’est ainsi que des noms comme celui du mythique Mick Jagger, chanteur des Rolling Stones, l’immortel Jimi Hendrix, guitariste aux doigts d’or, Cat Stevens, Robert Plant ou encore la légendaire Janis Joplin, ont été aimanté par la simplicité perdue dans leur pays et retrouvée en Afrique du Nord.

Un voyage salvateur ?

A la fin des années 1960, les membres des Rolling Stones, fraîchement formé à Londres en 1962, effectuent au Maroc un voyage particulièrement controversé. Selon le magazine en ligne américain A Continuous Lean, le groupe avait décidé de quitter la capitale britannique en février 1967 pour rejoindre le Maroc, suite à un raid largement médiatisé dans la propriété californienne de Keith Richard, à Redlands, sur fond de stupéfiants.

«Brian Jones, le membre fondateur des Rolling Stones, était déjà allé au Maroc et connaissait les coins et les souks les plus branchés, ainsi que les lieux où se rendre pour se procurer de la drogue. Cependant, il ne put y aller car il tomba malade, peu avant le voyage», d’après A Continuous Lean.

Les membres du groupe londonien avaient prévu de rejoindre Mick Jagger et sa petite amie de l’époque, en faisant escale en France et en Espagne. Mais les choses se passèrent autrement : «Anita Pallenberg et Keith Richards avaient pris les devant. Avec un Brian Jones temporairement hors jeu, ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre, entamant une relation qui aura duré douze ans», rappelle A Continuous Lean.

Une romance qui a suscité des tensions entre les membres des Rolling Stones, augurant un séjour tendu. «Leur voyage avait été organisé pour sauver le groupe ; cela a bel et bien fonctionné, mais aux dépens de Brian Jones». Ce dernier sera effectivement évincé du groupe, puis remplacé par Mick Taylor. Traumatisé par son séjour à Marrakech, Brian Jones a sombré dans l’alcool et la drogue. Il se noiera un mois plus tard dans sa piscine sous l’effet de produits illicites, dans le comté de Sussex (Angleterre).

Malgré ce drame, les Rolling Stones n’ont pas manqué l’opportunité d’embrasser la beauté du Maroc, qu’ils visitaient pour la première fois. A Tanger, ils prendront quelques photos pour éterniser ce voyage.

D’après le livre «The Rolling Stones : Une biographie musicale» (Greenwood, 2010), de Murry R. Nelson, Brian Jones devait enregistrer plusieurs chansons avant de quitter le pays. L’une d’entre elles «fut en partie interprétée par les maîtres musiciens de Jajouka, les mêmes musiciens de cornemuse avec lesquels Brian avait enregistré en 1969».

«L’enregistrement a été fait à Tanger. Après quoi, les Stones sont retournés à Londres.»

Ce ne sera pas la dernière fois que l’un des rockers visitera le Maroc. Des années plus tard, Mick Jagger est retourné au royaume avec Jerry Hall, une mannequin et actrice américaine. Dans le même livre, Murry R. Nelson indique que le chanteur avait été tellement séduit par le charme du pays qu’il avait annulé ses projets de tournée. «Il avait envoyé un Télex aux Stones, disant qu’il n’y aurait pas de tournée en 1980», rapporte la même source.

Juin 1975 : Led Zeppelin débarque au Maroc

Contrairement aux Rolling Stones, le groupe de rock anglais Led Zeppelin formé à Londres en 1968, a effectué un voyage incroyable au Maroc. Robert Plant, le leader du groupe et Jimmy Page, guitariste et fondateur la formation britannique, s’y sont rendus en juin 1975.

La tournée de Page et de Plant au royaume fut mémorable. Selon le livre «Led Zeppelin sur Led Zeppelin : Interviews et Incubateurs» (Hank Bordowitz, 2014) de Jeff Burger, les deux rockeurs ont parcouru le Maroc et l’Espagne pendant un mois.

«Plant et Page se sont retrouvés sur des routes assez dangereuses, surtout au vu des relations tendues entre le Maroc et l’Espagne à ce moment-là», écrit Burger.

«Un jour nous avions déjeuné avec un gradé de la police et avions reçu sa bénédiction avant de partir. Nous lui avions montré sur une vieille carte de l’endroit où nous voulions aller», racontent les deux artistes dans une interview.

«Nous avons essayé de descendre jusqu’au Sahara espagnol à l’époque où la guerre éclatait (...) Nous voulions nous diriger vers un endroit appelé Tafia qui n’est pas très loin de la frontière du Sahara espagnol. Nous sommes allés aussi loin que nous le pouvions mais la route était devenue tellement mauvaise que nous avions dû rebrousser chemin».

Après ce périple parsemé de rencontres improbables, Plant et Page reviendront plus tard au Maroc, en 1994. «Jimmy Page et Robert Plant se sont rendus à Marrakech en 1994 pour enregistrer l’album ‘N’o Quarter : Jimmy Page et Robert Plant Unledded’ paraît en octobre 1994. Il contient des titres enregistrés avec des musiciens Gnaoua : 'Yallah', 'City Do not Cry', 'Wah wah'», explique From Morocco with Love, un site sur l’histoire et la culture du royaume.

Un lieu de rencontre hippie légendaire

Non loin de Marrakech, Jimi Hendrix a, quant à lui, visité la ville d’Essaouira. Selon le magazine Forbes, les locaux avaient répandu la rumeur selon laquelle la chanson «Castles Made Of Sand» lui avait été inspirée par la tour de Borj El-Berod, une ancienne forteresse délabrée au bord de l’eau.

Cependant, le magazine américain fait référence à un village appelé Diabat. Dans le livre de Daniel Jacobs et Mark Ellingham «Le Guide du Maroc» (2001), il est mentionné que «le petit village berbère était autrefois un lieu de rencontre hippie légendaire, et la mythologie locale dit que Cat Stevens (un chanteur et compositeur connu aujourd'hui comme Yusuf Islam) et Jimi Hendrix ont passé du temps là-bas».

D’autres récits ont confirmé que Janis Joplin, Jimi Hendrix, Cat Stevens et même Frank Zappa, ont tous fit escale à un moment ou à un autre, dans la ville côtière d’Essaouira durant la deuxième partie du 20e siècle.

En tout cas, les artistes et les musiciens internationaux ainsi que les acteurs et les actrices d’Hollywood ont toujours été attirés par le mode de vie simple au Maroc, loin du rythme effréné du showbiz et du star-system. De plus, la culture, le patrimoine et la gastronomie ont été parmi les principaux facteurs de l’attrait du pays pour les grands noms de la musique, du cinéma et de la littérature. 

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