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Politique Publié

Hirak : HRW et Amnesty International évoquent les allégations de torture de Zefzafi

Dans un rapport rendu public ce jeudi, Human Rights Watch et Amnesty International s’intéressent aux allégations de torture et de violences policières formulées par le leader du Hirak et les autres détenus. Les deux ONG exhortent les autorités et les tribunaux à effectuer des examens médicaux «rapides» afin de préserver toutes les preuves physiques appropriées.

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Nasser Zafzafi, leader de la contestation lors d'une manifestation le 18 mai 2017 à Al Hoceima. / Ph. Youssef Boudlal - Reuters

Les allégations de torture formulées par les détenus du Hirak s’exportent à l’international. Ce jeudi, Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont exhorté les autorités marocaines à «lutter contre l'impunité et assurer des procès équitables». Dans un rapport émis depuis Tunis, les deux ONG ont appelé les tribunaux de Casablanca et Al Hoceima à «assurer des examens médicaux rapides» pour enquêter sur l’éventualité de l’utilisation de la force contre les figures de proue du Hirak, dont Nasser Zefzafi.

Des plaies, des points de suture et des bleus

Le document, publié sur le site officiel du HWR, affirme que Zefzafi, 38 ans, est «le plus connu d'au moins 127 manifestants et des militants emprisonnés lors d'une répression policière sur les manifestations, pour la plupart pacifiques, dans le nord du Maroc». Une large opération qui a débuté fin mai. Le rapport des deux associations internationales cite Abdelaziz Nouaydi, l'un des avocats de Zefzafi à qui ce dernier aurait adressé un compte rendu de l’«abus» dont il a été victime. L’avocat est également membre du comité consultatif de la division Human Rights Watch du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

Le compte-rendu fourni par Zefzafi remonte au 29 mai, date de son arrestation. «La police a arrêté Zefzafi le 29 mai dans le village de Douar Lahrech, à environ 50 kilomètres d'Al Hoceima. (…) Vers 6h30 le 29 mai, une dizaine de policiers de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) ont défoncé la porte de la maison où Zefzafi et deux autres militants, Fahim Ghattas et Mohamed Haki étaient logés», a confié Zefzafi à son avocat le 12 juin.

«La police a brisé des meubles et des fenêtres et agressé les trois hommes, bien qu'ils ne présentaient aucune résistance. Il (Zefzafi, ndlr) a dit qu'il avait une plaie de 1,5 centimètre sur son cuir chevelu, une autre sous son œil gauche et des bleus sur son dos. La police a aussi insulté les trois hommes en utilisant des termes vulgaires, les pressant de crier ‘Vive le roi’ et les traitant de ‘séparatistes’.»

Nasser Zefzafi a confié à son avocat qu’une fois à Casablanca, des soins médicaux, y compris des points de suture, et des vêtements propres pour remplacer ceux entachés de sang, lui ont été accordés. Abdelaziz Nouaydi affirme aussi que le récit du leader du Hirak est corroboré par celui de Fahim Ghattas.

«Rajouter de nouvelles accusations» sans demander des examens médicaux

Maintenu en détention préventive du 29 mai au 5 juin, le leader du Hirak a raconté au procureur du roi ce qu’il a enduré pendant son arrestation en demandant un examen médical, poursuit le rapport. L’occasion pour les deux ONG de rappeler que «le code de procédure pénale du Maroc oblige le procureur et le juge d'instruction, à des exceptions près, à ordonner un examen médical d'un détenu qui le demande, ou si le procureur ou le juge observe des signes de violence sur la personne détenue». Toutefois, le soir de l'audience, le procureur général du roi a renvoyé les accusés devant le juge d'instruction, lui demandant d’enquêter sur d’autres accusations, sans citer les examens médicaux.

«Les autorités marocaines devraient enquêter sur les allégations de violence policière contre Zefzafi et s'abstenir de déposer des accusations qui contredisent le discours pacifique des protestations», a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de Human Rights Watch au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. «À ce stade, l'affaire semble être une tentative de jeter la pierre au leader des protestations plutôt que de punir un comportement criminel».

Pour sa part, Heba Morayef, directrice de recherche en Afrique du Nord pour Amnesty International, affirme qu’«outre Zefzafi et Ghattas, de nombreux autres manifestants et militants du Rif ont signalé la brutalité de la police». «Pour lutter contre l'impunité et assurer des procès équitables, les tribunaux de Casablanca et d'Al Hoceima devraient effectuer des examens médicaux rapides afin de préserver toutes les preuves physiques appropriées», conclut-elle.

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