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Environnement Publié

Invasion de criquets : « La lutte antiacridienne au Maroc a fait plus de dégâts que les criquets »

Une alerte a été lancée par la FAO : les criquets se multiplient au Sahara. Une très mauvaise nouvelle pour la région car si les criquets détruisent les cultures, l’insecticide très nocif utilisé pour la lutte antiacridienne tue aussi les abeilles et affaiblit encore les fragiles écosystèmes des oasis.

Temps de lecture: 3'
/DR

«Tous les gens vous le diront : il y a une grande différence entre avant et après la lutte antiacridienne», assure Mohammed Aglagane, président de l’association marocaine de développement et d'environnement de Skoura Ablisher. Il a observé la réduction drastique - mais que personne n’a jamais quantifié – du nombre de colonies d’abeilles sahariennes, endémique à la région. Aujourd’hui, il est inquiet : la FAO a lancé le 5 avril 206 une alerte sur une situation acridienne potentiellement dangereuse.

«En Afrique du nord-ouest, des centaines de petites bandes larvaires se sont formées dans la partie méridionale au sud du Maroc, et des groupes larvaires se sont formés dans les zones adjacentes du nord de la Mauritanie. Des opérations de lutte terrestre sont en cours dans ces deux zones ; 5 000 ha ont été traités au Maroc et près de 700 ha en Mauritanie en mars. Deux avions sont prêts à intervenir dans le sud du Maroc. En avril, des groupes d’ailés et peut-être quelques petits essaims pourraient se former et se déplacer vers les zones de reproduction printanière au sud des monts Atlas, au Maroc et en Algérie. Une stricte vigilance est nécessaire dans tous ces pays», indique le communiqué de la FAO.

Plus de 13 000 hectares traités au Maroc

Le ministère de l’Intérieur en charge des opérations de lutte contre les criquets est à pied d’œuvre depuis la fin de l’année dernière. En début de semaine encore, lundi 18 avril, au nord-ouest de la région d’Aousserd, dans la région de Dakhla, 85 litres d’insecticide ont été répandus au-dessus de 85 hectares où se trouvaient 4 000 jeunes insectes et larves par hectare. Au 18 avril, 13 049 hectares avaient été traités au Maroc sur la campagne 2015-2016 avec du chlorpyriphos 240 ULV.

Cet insecticide a été pointé du doigt en février dernier en France par l’émission Cash Investigation. Stéphane Le Foll, ministre français de l’Agriculture, y reconnaissait que « si on ne fait rien, [le chlorpyriphos] est une bombe à retardement. Je suis parfaitement conscient de ça.» Ainsi, selon une étude de Virginia Rauh et d’autres chercheurs associés de l’Université de Californie, «l'exposition prénatale au chlorpyrifos (CPF), un insecticide organophosphoré, est associée à des déficits neurocomportementaux chez les humains et les modèles animaux.»

Aspersion de chlorpyriphos

Si le chlorpyriphos au Maroc n’est en principe jamais aspergé au-dessus des individus, il ne restreint pas ses effets aux seuls criquets. «La lutte antiacridienne a fait plus de dégâts que le criquet, assure Mohammed Aglagane. Les essaims de criquets ne sont pas un phénomène récent dans la région. Par le passé, les gens disaient qu’il arrivait, qu’il mangeait sa part et qu’il s’en allait », se souvient-il.

La lutte antiacridienne très virulente dans les années 80 a fait ainsi des dégâts considérables dans des écosystèmes sahariens fragiles par essence. «Dans la région, je connais un apiculteur qui comptait 200 ruches traditionnelles. Au fil des ans, il a tout perdu », rapporte Mohammed Aglagane. L’abeille saharienne endémique est menacée de disparition alors qu’elle compte de grandes qualités dont la douceur (par opposition à l’agressivité), la prolificité, la précocité et sa grande adaptation au climat difficile de la région.

Avec elle et sous les effets conjugués de la sécheresse et du réchauffement climatique, ce sont toutes les cultures vivrières qui sont touchées. « L’abeille est le principal pollinisateur pour les amandiers et les cultures maraichères. La  réduction de la biodiversité, sur les parcours de transhumance a aussi été constatée», assure Mohammed Aglagane.

Hybridation incontrôlée

Parce que le nombre de colonies d’abeilles sahariennes endémiques s’est beaucoup réduit suite aux campagnes de lutte antiacridiennes, les apiculteurs ont commencé à acheter de nouveaux essaims. «L’abeille Intermissia a fait son apparition dans la région et des problèmes d’hybridation incontrôlée sont apparus : la génération suivante s’est montré très agressive, sa productivité s’est réduite, elle s’est globalement affaiblie», indique Mohammed Aglagane

Selon l’enquête de terrain réalisée dans le cadre de «l’Etude des ressources et des potentialités mellifères et pour la réhabilitation et la préservation de l’abeille saharienne dans le versant sud du Haut Atlas», réalisée par le bureau d’étude Soutien à l’Environnement Naturel et Social «l’abeille jaune [constituait encore en 2004] la race la plus prépondérante dans la zone d’étude avec 44% des ruches. L’abeille noire représente 36%, alors que l’hybride constitue 20%.

Pour l’instant, cette année, la grande région de Ouarzazate avec ses palmeraies n’a pas subi d’épandage de chlorpyriphos. Elle pourrait être également concernée si les criquets se multiplient et remontent encore vers le nord. «Compte tenu du dessèchement progressif du couvert végétal dans la zone d’Adrar Settouf (Aousserd et Tichla), les jeunes ailés et immatures issus des bandes larvaires rescapées [jeunes criquets, ndlr] des traitements terrestres vont probablement se regrouper dans les sites qui renferment encore les conditions écologiques favorables avant de se déplacer probablement plus au nord dans la zone de Gueltat Zemmour», indique le bulletin mensuel national de la lutte antiacridienne de mars.

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Que faire!
Auteur : netstat
Date : le 23 avril 2016 à 20h45
Le Maroc ne produit pas de produits chimiques de lutte contre les criquets alors que le chlorpyriphos est utilisé partout en Europe même en Suisse; Ce journaliste devrait proposer un produit de substitution au lieu de critiquer.
L'ecologie est une necessité vitale pour le Maroc
Auteur : axis7
Date : le 23 avril 2016 à 18h01
Il est temps que le Maroc qui se veut COP 22 se rende compte que le tournant ecologique est une question de vie ou de mort pour lui. Il serait bon que l'ecologie soit une orientation strategique globale et tous azimut au Maroc à l'instar du Costa Rica qui en a fait une image de marque. Et c'est justement ce que reclament les citoyens du monde et ce qui les attirera dans un Maroc ouvert et vivable au marocains et aux autres.
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