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Droits de l'Homme au Maroc : Amnesty dénonce une «répression de la dissidence» en 2020

Amnesty International a publié, ce mercredi, son rapport annuel sur la situation des droits humains, en réservant une partie au Maroc. L’ONG revient ainsi sur les violations des droits ayant le plus marqué l’année 2020, pointant du doigt, entre autres, une «répression de la dissidence», des restrictions à la liberté de la presse et des «châtiments cruels, inhumains ou dégradants» dans le royaume.

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Photo d'illustration. / DR
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L’année dernière, les autorités marocaines ont «adopté un décret-loi d’urgence sanitaire qui restreint le droit de circuler librement, la liberté d’expression et la liberté de réunion», a dénoncé ce mercredi Amnesty International. Dans la partie réservée au royaume dans son rapport annuel, l’ONG de défense des droits humains a affirmé que les dispositions de ce décret ont été utilisées par l’Etat pour «poursuivre des personnes qui critiquaient la gestion gouvernementale de la crise ou enfreignaient les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence».

Amnesty cite ainsi les poursuites contre au moins cinq militants des droits humains et journalistes citoyens qui avaient émis des critiques sur les mesures mises en place par les pouvoirs publics face à la pandémie de Covid-19. Accusés d’«incitation à contrevenir aux décisions émanant des autorités publiques», Mohamed Chejii, Mohamed Bouzrou et Lahssen Lemrabti, administrateurs de la page d’actualité Fazaz 24 sur Facebook, ont été arrêtés et inculpés. Si le premier a été remis en liberté, les deux derniers demeuraient poursuivis, ajoute le rapport. Ce dernier cite aussi le cas d’Omar Naji, représentant local de l’Association marocaine des droits humains à Nador, arrêté pour diffusion «de fausses allégations ou de faits mensongers» et pour infraction à la loi sur l’état d’urgence sanitaire.

Plusieurs poursuites contre des journalistes et de militant·e·s des droits humains

L’ONG dénonce que «les autorités ont continué de réprimer la liberté d’expression au Maroc et au Sahara occidental», pendant l’année écoulée, évoquant des «enquêtes et des poursuites contre un certain nombre de journalistes et de militant·e·s en raison des articles qu’ils avaient publiés en ligne». Ainsi, elle énumère neuf arrestations au moins, ayant visant des rappeurs et des militants, et qui ont été condamnés en janvier par divers tribunaux à des peines allant de six mois à quatre ans d’emprisonnement pour des propos diffusés sur YouTube ou Facebook.

Le rapport n’oublie pas le cas du journaliste et militant pro-Polisario Ibrahim Amrikli, arrêté en mai à Laâyoune, détenu pendant plusieurs jours et «frappé et insulté à plusieurs reprises» par les agents de la force de sécurité. L’occasion de citer aussi les cas des journalistes Omar Radi et Essabi Yahdih ainsi que ceux de l’historien Maâti Monjib, du journaliste Soulaimane Raïssouni et des dix-neuf sahraouis détenus dans le cadre du procès de Gdeim Izik.

Amnesty évoque aussi les droits des femmes, affirmant que selon des organisations de défense des droits des femmes telles que Mobilising for Rights Associates (MRA), une «dégradation de la situation des femmes victimes de violences pendant le confinement» a été constatée, avant de mettre en exergue la grève nationale, tenue en août dernier, par les médecins.

Liberté de religion et de conviction et camps de Tindouf

Elle dénonce aussi les «châtiments cruels, inhumains ou dégradants» en évoquant la situation des prisons dans le royaume. «Des personnes ont été détenues dans des conditions difficiles, et notamment placées à l’isolement pour une durée indéterminée, en violation de l’interdiction de la torture et des autres mauvais traitements», dénonce-t-elle.

«Malgré les risques élevés de transmission du Covid-19 dans les prisons et les autres lieux de détention, les autorités ont incarcéré des personnes au seul motif qu’elles avaient enfreint les restrictions imposées dans le cadre de la pandémie.»

Rapport annuel d’Amnesty

Le rapport annuel dénonce aussi la campagne d’«outing» des personnes LGBTQ+ et les «appels au lynchage des travailleuses et travailleurs du sexe LGBTI», sans que les autorités ne condamnent ces actes et ces propos. Et de critiquer les arrestations, les détentions et les déplacements forcés ayant touché, durant l’année dernière, les migrant·e·s au Maroc.

S’agissant de la liberté de religion et de conviction, le rapport évoque le cas de l’acteur Rafik Boubker, arrêté en mai et inculpé d’«atteinte à la religion islamique» tout comme celui de Muhammed Awatif Qashqash, condamné à six mois d’emprisonnement en vertu de la même disposition du code pénal.

Enfin, le rapport évoque la situation dans les camps de Tindouf, administré par le Polisario. «Le 8 août, la police des camps a détenu pendant 24 heures le journaliste Mahmoud Zeidan et l’a interrogé sur des contenus publiés en ligne dans lesquels il critiquait la façon dont les autorités des camps géraient la distribution de l’aide apportée dans le cadre de la pandémie de Covid-19», rappelle l’ONG, qui dénonce le fait que le mouvement séparatiste n’ait pris aucune mesure nécessaire pour «amener les responsables de violations des droits humains commises par le passé dans les camps».

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