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Maroc : Les homosexuels victimes d’une campagne de lynchage sur les réseaux sociaux

Depuis une semaine, une campagne de «outing» des homosexuels a été lancée sur les réseaux sociaux, exposant plusieurs d’entre eux à des violences, notamment physiques. Plusieurs ONG ont déclaré leur solidarité, appelant à une intervention pour protéger cette communauté.

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Photo d'illustration. / DR
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Au Maroc, les homosexuels sont au cœur d’une campagne de lynchage sur les réseaux sociaux depuis au moins une semaine.

Tout a commencé en début de semaine, lorsqu’une personne transsexuelle, célèbre sur Instagram et basée en Turquie, a partagé avec ses fans des applications de rencontres utilisées entre les gays marocains. Une chasse aux sorcières a été alors lancée, lorsque des utilisatrices ont créé des faux profils pour «démasquer» des homosexuels à proximité. «Des captures d’écrans sont partagés sur la toile par des personnes homophobes», raconte l’écrivain et journaliste installé en France, Hicham Tahir.

Et bien avant que certaines publications, en infraction de la loi, soit retirées, le mal était fait. «Un jeune lycéen gay a été exposé par un camarade de classe, à cause de la campagne de outing. Il lui demande 1 000 dirhams en contre partie de son silence», ajoute le journaliste, qui fait aussi état d’un suicide d’un jeune homme.

Vendredi, le compte de l’influenceuse, signalé par des Marocains a été désactivé. Mais elle aurait, selon Hicham Tahir, créé un nouveau compte, en menaçant les homosexuels de représailles.

Plusieurs ONG déclarent leur solidarité

La campagne menée sur les réseaux n’a pas laissé indifférentes plusieurs associations et organisations. Jeudi, le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) a dénoncé cette campagne, mettant en garde contre une «incitation à la haine et à la violence contre des personnes homosexuelles». Sa présidente, Betty Lachgar a aussi appelé, dans une déclaration à Goud, l’Etat à abroger l’article 489 qui criminalise les relations sexuelles entre personnes d'un même sexe.

Pour sa part, l’AMDH a appelé, dans une déclaration de son président Aziz Rhali, la Commission nationale de protection des données à caractère personnel (CNDP), à intervenir, les données personnelles de ces personnes ayant été divulguées sans leurs consentements.

Dans un appel signé par plusieurs entité de la société civile, dont l’Institut Prometheus, Atyaf Collective, le Groupe des Jeunes Femmes pour la Démocratie ou encore l’association Akaliyat, cité par Le Desk, les signataires ont appelé les institutions et organisations à «informer les autorités concernées des agissements de cette influenceuse sur les réseaux sociaux». «Beaucoup de ces personnes vivent avec leur famille, surtout en raison de la quarantaine», alerte-t-on dans l’appel.

De son côté, Ahmed Benchemsi, directeur des communications et du plaidoyer pour la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, dans une déclaration à Insider, a déploré que «les personnes homophobes se sentent responsabilisées parce que la loi est de leur côté». «La loi est intrinsèquement discriminatoire à l'égard des personnes LGBTQ, elle ne peut donc être qu'un incubateur pour ce type d'abus», a-t-il dénoncé.

Insider ainsi que Têtu partagent aussi des témoignages d’homosexuels qui font part de leur peur. «Jeudi 16 avril, un message intitulé "La communauté gay du Maroc est en danger" a été posté par un compte anonyme sur le réseau social Reddit», ajoute Têtu. Un appel qui assure que «l’exposition de personnes homosexuelles dans une telle communauté peut en conduire certaines à la rue, à la violence ou même à la mort».

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