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Soraya, la captive chrétienne qui s’est affirmée au sein des Nasrides

Captive chrétienne sous le nom d’Isabel de Solís, elle s’est prénommée Soraya après sa conversion pour devenir reine nasride. Son histoire avec le roi Abū al-Ḥasan ʿAlī ben Saʿd ne peut être considérée comme l’élément décisif ayant précipité la chute de Grenade, mais ses adversaires ont été nombreux à lui reprocher ses manœuvres au sein du palais.

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Photo d'illustration / DR.
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Fille du commandant chrétien Don Sancho Jiménez de Solís, mort sur le champ de bataille, Isabel de Solís a été faite captive par les musulmans d’Al-Andalus, depuis son enfance à la fin du XVe siècle. Elle a grandi à Grenade et dès son jeune âge, elle a attiré l’attention de la cour royale par sa grande intelligence et sa beauté saisissante. Ce sera finalement Abū al-Ḥasan ‘Alī ben Sa’d, dit Moulay Hassan (1464-1482 puis 1484-1485) qui organisera son mariage avec elle. Pour cela, ce roi des Nasrides (1237-1492) a même répudié sa première femme, Aïcha al-Horra, mère de Boabdil (1482-1492) qui mènera une fronde contre lui en s’emparant du pouvoir, avant de céder la place du trône à son père une nouvelle fois.

Peu d’éléments sont connus sur sa naissance ou les circonstances de sa mort et plusieurs versions existent. Ce qui est sûr est qu’à l’âge de 17 ans, Isabel de Solís s’est convertie à l’islam pour devenir Soraya. L’Académie royale d’Histoire a tenté de mettre en lumière quelques aspects retraçables de sa vie, faisant notamment savoir que son mariage avec Moulay El Hassan a eu lieu vers 1474. Depuis, elle a bénéficié d’une position privilégiée à la cour.

Une reine au cœur des intrigues du pouvoir

Son influence a été tellement remarquée qu’elle a inquiété Aïcha al-Horra et son fils Boabdil. Pour cause, la seconde épouse du roi s’est octroyée d’importantes prérogatives sur le plan de la gestion de la vie du palais. Elle a en effet élargi ses pouvoirs et légiféré au niveau des règles de succession pour les mettre à son profit.

Un détail de la tour de la captive à l'Alhambra / DR.Un détail de la tour de la captive à l'Alhambra / DR.

Soraya devient un personnage principal des «discordes internes de Grenade qui ont miné la capacité de résistance de ce royaume face à la poussée chrétienne». «Ses contemporains, conscients que ces luttes internes étaient la cause de l’infériorité nasride vis-à-vis des chrétiens, ont cherché une explication facile. Ils l’ont trouvée dans les amours de leur monarque et de la captive chrétienne qui ont conduit à l’abandon de sa première femme et de leurs enfants», indique encore l’Académie royale d’Histoire.

Le mystère a entouré sa place au sein des Nasrides, au point où Soraya a été taxée d’avoir précipité la chute de Grenade (1492). Elle a aussi été soupçonnée d’avoir manœuvré pour mettre fin à la vie et au règne de Boabdil. Mais Moulay Hassan l’a préférée plus que tout, mettant ainsi à sa disposition un nombre important de propriétés. Il l’a d’abord installée au palais connu sous le nom de Doralcotola, où elle vécu jusqu’en 1483. Lorsque la bataille de Lucena a conduit à l’emprisonnement de Boabdil, Soraya s’installe à l’Alhambra. Son aisance et sa capacité à maîtriser les rouages du règne ont suscité une certaine animosité à son égard.

Dès leur naissance, ses deux fils ont été considérés comme princes héritiers. Leur père leur a également octroyé des biens, provenant de l’héritage d’une de leurs tantes. Entre autres propriétés, ils ont reçu le Cortijo de Arenales et le domaine Dar Aldefla.

Un retour à la foi chrétienne

A la mort de Moulay Hassan en 1485, Soraya a pu compter sur le soutien du frère du roi défunt, Mohammed XIII ben Sa’d az-Zaghall. Certains témoignages indiquent que lorsque Abū l-Ḥasan s’est retiré près de la côte de Grenade, après être tombé malade, son épouse a continué à siéger sur le trône et à gouverner en tant que reine. Après le décès de son mari, Soraya a continué à vivre au palais avec ses enfants, sous la protection d’az-Zaghall.

L'Alhambra de Grenade / DR.L'Alhambra de Grenade / DR.

Les choses sont restées ainsi, jusqu’à ce que ce dernier capitule face aux rois catholiques, en 1489. Les clauses de la capitulation prévoient que ses biens et ceux de ses enfants sont liés à ceux d’az-Zaghall et méritent la même considération. Une année plus tard, Soraya part pour Oran, laissant les enfants à Grenade, où ils ont fait l’objet d’une attention particulière. Mais rapidement, ils sont transférés vers Séville la même année, ce qui a signifié leur éloignement des affaires politiques, à la demande des rois chrétiens.

En 1492, année de la chute de Grenade et du parachèvement de la Reconquista, les enfants sont baptisés à l’église, parrainés par le prince héritier, Don Juan. Quant à Soraya, elle est revenue à Grenade où elle est restée plus longtemps. Sur l'insistance de ses enfants et des monarques castillans, elle retourne au christianisme et reprend son premier prénom, Isabel. Elle se fait alors connaître plus comme Isabel de Grenade ou la Reine Doña Isabel. Après un bref séjour à Cordoue, elle s’installe à Séville, au tournant du XVe siècle. La date de son décès n’a pas été clairement définie par les historiens, mais Soraya a tellement marqué Al-Andalus que la «tour de la Captive» dans l’Alhambra a été appelée ainsi en sa mémoire.

Alors qu’une partie des Nasrides déchus ont choisi de continuer à vivre dans le royaume espagnol chrétien, en se convertissant, d’autres ont fui quelques années avant la chute de Grenade. Beaucoup ont élu domicile dans des villes d’Afrique du Nord. C’est dans ce contexte que la cité de Chefchaouen a été construite, servant de refuge à plusieurs familles juives et musulmanes d’Al-Andalus.

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