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Anouar Kbibech décrypte la nouvelle charte des principes de l’islam de France

Reçus lundi par le président français Emmanuel Macron, les représentants des fédérations au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) signataires d’une Charte des principes s’engagent à une réforme du champ religieux dans l’Hexagone. Anouar Kbibech y soutient le projet d’harmoniser les valeurs de l’islam avec celles de la république.

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Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) et ancien président du CFCM / DR.
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Lundi, les représentants des fédérations musulmanes représentées au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) ont signé une Charte des valeurs, prélude au projet d’un Conseil national des imams (CNI). Reçus à L’Elysée par le président Emmanuel Macron, en présence du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, les présidents des associations se sont félicités d’avoir franchi une étape charnière dans la réforme de la gestion du culte dans le pays.

Ancien président du CFCM et représentant du Rassemblement des musulmans de France (RMF), signataire de la charte, Anouar Kbibech est revenu sur ce texte, ainsi que sur les débats houleux qui ont secoué les instances musulmanes à ce sujet. Intervenant mercredi dans l’émission «Faites entrer l’invité» spéciale Marocains du monde sur Radio 2M, en partenariat avec Yabiladi, le responsable a rappelé l’importance de l’adoption de cette charte, qui permettra la création du CNI.

Un texte définitif, mais sans l’adhésion de toutes les composantes

Le CNI aura pour mission «à la fois l’agrément des imams mais aussi leur accompagnement en termes de formation, sur le plan religieux, civil et civique», a expliqué Anouar Kbibech. L’objectif est d’«accompagner les imams, à la fois sur la clarification de leur statut social mais également en termes de formations initiale et continue».

Cette dynamique est née en 2020, dans un contexte tumultueux, marqué d’une part par des actes terroristes perpétrés par des personnes se réclamant de l’islam et de l’autre par une mise à l’index de l’islam de France, de mosquées, d’associations ou de pratiques religieuses. C’est ainsi que de longues semaines de débats au sein du Conseil français du culte musulman ont été nécessaires pour aboutir cette charte, composée de dix articles et approuvée par six fédérations sur les neuf du CFCM.

Présentée le 18 novembre au chef d’Etat à la suite du discours du 2 octobre 2020, l’idée de créer le CNI a donné naissance à la conception de cette charte. Cependant, cette dernière ne connaît pas l’adhésion actée de l’ensemble des organisations membres du CFCM. «Cinq à six fédérations ont totalement adhéré au fond et à la forme et trois au fond», a précisé Anouar Kbibech, pour expliquer les divergences internes.

«Nous nous sommes donnés quelques jours pour la signature de cette charte qui est définitive, puisque nous avons pris suffisamment de temps. On ne peut pas être d’accord sur tout, mais nous le sommes sur l’essentiel.»

Dans le détail, Anouar Kbibech a déclaré que les points de divergence ont porté sur la conception de l’islam politique. Un sujet qui a connu des débats houleux a été la définition d’ingérence étrangère. «Je pense que les neuf fédérations sont toutes d’accord sur les principes généraux, mais c’est en termes de formulation qu’il y a eu un certain nombre de nuances ou de divergences», a-t-il souligné, en allusion à la définition de l'islam politique, avec des exemples cités nommément : salafisme (wahabisme), tabligh et Frères musulmans.

Rassurer la société et les pouvoirs publics

Pour l’ancien président du CFCM, «il fallait envoyer un message positif pour rassurer l’ensemble de nos compatriotes sur les intentions et la volonté des musulmans de France, qui ne sont pas dans la provocation et ne cherchent pas à imposer leur point de vue religieux à leurs concitoyens, que ces derniers soient d’une autre religion, croyants ou non». Revenant sur la décapitation de l’enseignant Samuel Paty ou sur l’attentat contre la cathédrale de Nice, il a souligné que ces actes, «à des années lumières de l’islam», sont commis au nom des musulmans. Il fallait, selon lui, «envoyer un signal pour rassurer et nos compatriotes et nos pouvoirs publics que cette communauté est française à part entière mais non pas française à part».

Dans le même sens, Anouar Kbibech a souligné que «l’islam et les musulmans ont été les premières victimes du terrorisme à travers le monde, notamment en France», à travers un «terrorisme aveugle qui ne fait aucune distinction». A l’heure où les députés examinent le projet de loi sur le séparatisme, le président du RMF souligne que ce texte «n’est en aucun cas contre l’islam, mais contre des démarches sectaires de certains groupuscules qui prônent le repli sur soi et la vie en petites communautés, en retrait de la société».

«Etant moi-même d’origine marocaine et fier de l’être, j’ai grandi et vécu dans un islam tolérant et ouvert sur les autres religions. C’est cette tolérance que nous souhaitons développer pour contrer ces attitudes de séparatisme, qui veulent mettre les musulmans en dehors de la société», a-t-il plaidé. Le fait que la charte des valeurs de l’islam de France soit signée le jour du début d’examen de ce projet de loi est, selon Anouar Kbibech, un signe que «les musulmans sont entièrement intégrés à leur société française».

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