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Diaspo #168 : Nizar Ibrahim, une quête des trésors paléontologiques du Maroc et d'Afrique

Son nom a été associé au Spinosaurus aegyptiacus découvert au Maroc. Maroco-allemand, Nizar Ibrahim promet de nouvelles découvertes dans les prochains mois, après des recherches menées dans le royaume.

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L'anatomiste et paléontologique maroco-allemand Nizar Ibrahim. / Ph. National Geographic
Temps de lecture: 4'

Alors qu’il n’était âgé que de 4 ans, Nizar Ibrahim voulait déjà devenir paléontologue. Une passion pour les animaux et particulièrement les dinosaures «née à partir d’un livre», confie à Yabiladi le paléontologue né le 8 septembre 1982, d’un père marocain et d’une mère allemande.

«J’avais toujours une grande affinité pour les animaux et je voulais tout comprendre. C’est extraordinaire de voir les adaptations anatomiques de certaines espèces, que ce soit des baleines qui plongent à 3 000 mètres de profondeur», ajoute-t-il. La possibilité de «comprendre la biologie des espèces disparues étaient aussi quelque chose d’irrésistible» pour lui.

«J’ai vu surtout une possibilité d’explorer le monde et visiter des endroits que la plupart des gens ne voient jamais et de mieux comprendre l’histoire de la vie et des animaux.»

Nizar Ibrahim

Le fait de grandir en Allemagne l’a beaucoup aidé à poursuivre sa passion pour les sciences et les animaux, grâce notamment aux nombreux musées, expositions et centres de recherche. Ainsi, Nizar Ibrahim fait d’abord des études en géologie et biologie à l’Université de Bristol avant d’intégrer l’Université de Dublin et son école de médecine pour un doctorat en paléontologie.

Son amour pour les sciences l’amène ensuite aux Etats-Unis, à l’Université de Chicago et son département d’anatomie. Actuellement, il est enseignant d’anatomie comparée des vertébrés et d’anatomie humaine au Département de biologie à Michigan.

Mais Nizar Ibrahim est avant tout un homme de terrain. Ce sont ainsi ses recherches et ceux de son équipe qui ont permis, dans les années 2010, de faire une découverte qui questionnera les thèses reçues jusque-là sur les dinosaures. «Le Maroc est l’une des grandes régions géographiques que j’explore à travers mes recherches, car le royaume est l’un des pays les plus riches en trésors paléontologique en Afrique, ce continent oublié de la paléontologie», déclare-t-il.

Une triste histoire transformée en découverte de grande envergure

D’ailleurs, c'est précisément dans la zone de Kem Kem, au sud-est du Maroc, où Nizar Ibrahim et son équipe réalisent l’une des plus grandes découverte scientifique de ce siècle : Le Spinosaurus aegyptiacus. «Tout a commencé il y a plus de 100 ans avec le paléontologue allemand Ernst Stromer, qui a exploré le Sahara en Egypte, découvrant un monde de dinosaures et de vertébrés qui y vivaient», rappelle le Maroco-allemand.

Des travaux sont alors menés, mais les fossiles et la recherche sont perdus après le bombardement aérien par la force de l’air britannique du musée de Munich lors de la Deuxième guerre mondiale. «Le chercheur perd aussi 2 de ses trois fils pendant la guerre. Le drame pour ce chercheur qui était opposé au régime nazi», raconte Nizar Ibrahim.

Des décennies après ce drame, des chercheurs tentent de retrouver les dinosaures perdus de Stromer dans différentes parties du Sahara, et même au Maroc, car il était évident que le monde saharien des dinosaures s’étendait de l’Egypte jusqu’au Maroc.

«J’ai donc décidé de redécouvrir ce monde de trésors paléontologiques, en commençant mes projets de recherche au Maroc qui était plus accessible pour moi. De plus, il y a beaucoup d’affleurement et pas mal d’espaces à explorer», note notre interlocuteur.

Et au cours des 12 dernières années, l’équipe découvre dans le royaume «toute sorte de créatures», qui vont des crocodiliens préhistoriques, poissons géants aux reptiles spectaculaires. «Dans tout cela, et grâce à un chercheur local d’ossement, on a localisé un gisement avec le squelette d’un Spinosaure. C’était la découverte la plus fameuse qu’on a faite et récemment, on a même découvert la queue du Spinosaure qui a fait l’objet de l’étude publiée cette année», se réjouit l’anatomiste et paléontologue, avec un brin de fierté.

«Cette étude a même constituée un moment clé, démontrant qu’au moins un dinosaure poursuivait un mode de vie largement aquatique. En plus, il s’agit du plus grand prédateur du monde, dépassant de taille le T Rex. Les fossiles découverts au Maroc ont aussi permis de reconstituer l’unique squelette au monde d’un Spinosaure.»

Nizar Ibrahim

Pour un musée national dédié aux découvertes faites au Maroc

A travers cette découverte, le chercheur et paléontologue dit vouloir «sensibiliser les Marocains sur l’importance du patrimoine très important du royaume». «Ce Spinosaure pourra être une pièce d’exposition ou de collection dans un musée. C’est le genre de fossile que tout le monde veut voir et avoir», rappelle-t-il en soulignant que «tous les fossiles trouvés sont conservés au Maroc, contrairement à ce qui se passe des fois où des fossiles atterrissent en Europe ou aux Etats-Unis».«J’ai décidé d’établir une collection de recherche à Casablanca, au Maroc, mais c'est difficile. La vérité est qu’il faut l’aide du pays pour s’assurer que ces trésors soient conservés dans de bonnes conditions», plaide-t-il.

Le Maroco-allemand souligne aussi la nécessité que le Maroc «dispose d’un vrai musée national à un certain moment». «Je ne parle pas des musées locaux mais d’une infrastructure disposant d’un espace de collections et de conservation des découvertes futures. Il est dommage qu’on en parle encore sans que cela soit concrétisé», appelle l’anatomiste et paléontologue.

«On a fait le premier pas avec notre collection de recherche à Casablanca. Les moyens sont là mais il faut investir. Cela sera une grande attraction touristique. Le musée d’Histoire naturelle à Londres est l’un des endroits les plus visités au monde, par exemple. Si on a un musée où on expose le plus grand prédateur au monde, les touristes viendront pour ça.»

Nizar Ibrahim

L’enseignant-chercheur promet aussi plusieurs nouvelles découvertes qui seront annoncées dans les mois à venir, dont une qui sera publiée dans 4 ou 5 mois. «On a aussi des sites paléontologiques, pas juste de dinosaures mais pour d’autres animaux préhistoriques qu’on a identifiés grâce à une opération d’exploration. Il est vrai qu’à cause de la Covid-19, les missions de terrains sont pratiquement impossibles mais dès qu’on pourra voyager à nouveau, on reviendra sur ces sites», déclare-t-il.

Le paléontologue maroco-allemand nous confie aussi qu’il a des plans préliminaires pour réaliser un deuxième film documentaire portant sur les découvertes de son équipe au Maroc. «Il y a un intérêt mondial immense pour cette découverte et le Maroc doit sauter sur cette opportunité et nourrir cet intérêt. En tant que chercheurs, on a rendu le Maroc célèbre partout dans le monde. Maintenant, c’est autour du Maroc de prendre le relai», espère-t-il.

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