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Rapatriement des dépouilles refusé par le Maroc, les MRE d’Europe en colère

Malgré la mise sous scellée de leurs cercueils pour un transport drastiquement réglementé, les chibanis morts outre-Méditerranée, voient s’évaporer leur dernière volonté de reposer en terre natale. L’annonce de la prise en charge de certaines inhumations dans les carrés musulmans ne suffit pas à calmer la colère d’acteurs associatifs.

Publié
Un entrepôt de Rungis converti en morgue, dans le contexte de la pandémie du coronavirus / Thomas Coex - AFP
Temps de lecture: 5'

Vendredi, le ministère délégué chargé des Marocains résidant à l’étranger (MRE) a annoncé prendre en charge les frais d’obsèques des défunts ne disposant pas d’une assurance obsèque musulmane dans leurs pays de résidence. Au vu des circonstances liées à la pandémie de coronavirus, le gouvernement marocain prend en effet cette initiative, face à «l’incapacité de rapatrier les dépouilles des Marocains décédés à l’étranger pour inhumation au Maroc».

Par ailleurs, des promesses ont été faites pour veiller à mettre en œuvre la nouvelle mesure, «en coordination avec les familles des personnes décédées selon des critères et des formalités spécifiques». Dans un communiqué à ce sujet, le ministère rappelle que cette «conjoncture particulière» exige «que chacun fasse preuve d’esprit de citoyenneté, de responsabilité, de solidarité et de compréhension».

Bien que tardive, cette mesure vise à soulager le dilemne de nombreuses familles marocaines à travers le monde. Mais elle ne convainc toujours pas nombre de Marocains en Europe, qui voient la volonté de leurs aïeux défunts compromise. D’autant plus que de nombreuses démarches avaient été entreprises au niveau consulaire, qui se soldent finalement par une annonce générale, qui coupe court à toute tentative de concertation sur les modalités de rapatriement.

Un appel au respect de la dignitié des morts

Joint par Yabiladi, le président de l’association Cap Sud MRE en France ne décolère pas. Salem Fkire considère que la réponse du Maroc, venue après un courrier adressé à l’ambassade du royaume en France ce lundi, est un «mépris» pour la dignité des morts. «La plupart meurent de vieillesse, de maladies chroniques, leurs corps sont rapatriés dans des cercueils hermétiquement fermés jusqu’à leur enterrement, même en temps normal, où est le danger d’affréter un avion à cet effet ?», s’insurge l’associatif. «Répondre par un communiqué est révoltant ; cela signifie : circulez, il n’y a rien à voir», déplore-t-il encore.

«Déjà que la situation ici est catastrophique.Un entrepôt de Rungis a été aménagé pour recueillir les corps des morts, tellement ils sont nombreux depuis le déclenchement de l'épidemie du nouveau coronavirus. Les morgues ne suffisent plus, pour les malades décédés comme pour les autres. D’autres pays comme l’Algérie et la Turquie organisent désormais un transfert quotidien des dépouilles, mais pas le Maroc. Or, ce sont les voyages de passagers qui sont suspendus et non pas les frets d’autre nature.»

Salem Fkire

Pour l'associatif, «il est clair que les familles ne se déplaceront pas pour les funérailles et que ce transport obéira aux mesures prévues par la législation marocaine, quant aux enterrements en temps d’urgence sanitaire». Point qu'il a mentionné par écrit, en interpelant l’ambassade du Maroc, mais qui n'a pas été entendu par les représentations diplomatiques et le ministère délégué chargé des MRE.

Si la mesure des autorités marocaines a été rendue publique ce vendredi, certaines familles ne réalisent toujours pas l’impossibilité d’affréter un avion spécial. Gérant de pompes funèbres musulmanes à Gennevilliers, Djamel Abennay en sait quelque chose. Contacté par Yabiladi, il décrit des journées interminables et des cercueils qui s’entassent, dans l’espoir d’un rapatriement qui n’est toujours pas autorisé. Il exprime aussi son incompréhension face à la réaction des autorités marocaines.

«Les cercueils sont scellés ici, dès que je lave les corps. Le Maroc est l'un des rares pays musulmans avec une diaspora en France, à exiger cette fermeture avant le départ et à interdire toute réouverture, une fois la dépouille arrivée à destination. Ceci élimine tout risque de propagation de n’importe quelle bactérie ou virus. Pourquoi donc ne pas les prendre, si les proches le veulent ?»

Djamel Abennay

Ayant rencontré plusieurs familles des morts, Djamel prend acte de l'unique volonté de ces dernières : que leurs parents reviennent au Maroc pour reposer en paix. «Plusieurs problèmes se posent, si les corps ne sont pas rapatriés. 70 à 80% des familles le font, en temps normal. Par conséquent, les carrés musulmans n’ont pas été prévus pour accueillir autant de dépouilles, désormais bloquées ici. Le planning des inhumations est complet, nous avons une liste d’attente qui se rallonge jusqu’au 17 avril et d’autres corps s’ajoutent. Je ne conseille pas aux familles de le faire, mais certaines scellent les cercueils et les laissent sur place, en attendant un éventuel rapatriement. Le Maroc doit rendre cela possible, nous sommes épuisés et nous ne savons pas comment tout cela va finir», nous détaille Djamel en plein service.

«Nous commençons à avoir même une pénurie de cercueils, à manquer de matériel de protection alors que nous lavons nous-mêmes les corps (hors-covid). Les autorités françaises n’ont pas tort en décrivant une situation de guerre», confie encore le gérant.

Au sein de sa structure, le rythme est de plus en plus effréné. De jour, il s’occupe du nettoyage des dépouilles recueillies la veille. Certaines nuits, il sillonne la région parisienne pour récupérer les corps à laver le lendemain. «La moindre des choses dans ces conditions, c’est que les pays concernés nous aident aussi à gérer les décès hors-coronavirus», estime-t-il.

Une crise des morgues dans différents pays d’Europe

Plusieurs acteurs associatifs, en France, en Italie, en Belgique et aux Pays-Bas, se mobilisent pour envisager une action collective auprès des autorités marocaines. Secrétaire général de l’Association Transferts et compétences, Mohammed Hashas a rejoint la dynamique. «Le communiqué du ministère est calqué sur celui de l’ambassade, qui nous dit en gros ‘intégrez-vous là où vous êtes’, alors que ce n’est pas la question dans le cas présent», fustige-t-il auprès de Yabiladi.

«L’argent passe très bien, les marchandises aussi, mais pas des cercueils hermétiques ; c’est très grave», souligne-t-il avec consternation. Par ailleurs, Mohamed Hashash est en contact avec Amine Bouchaib, en Italie, au sujet de cette problématique. Président du Forum des migrants, celui-ci estime qu’«il y a des choses dans ces communications qui n’auraient pas dû être écrites».

Amine Bouchaib adresse ses reproches surtout à l’exécutif marocain : «Avec un peu d’effort et un peu plus d’intelligence, le Chef du gouvernement marocain aurait pu trouver des solutions, par respect aux morts, s’il n’ont pas été assez respectés de leur vivant.» Pour lui, cette période est «un test de vie pour tout le monde, à commencer par les responsables politiques». «Nous vivons un moment qui entrera dans l’Histoire, comme cela a été pour les précédentes pandémies que l’humanité a traversées. Et l’Histoire retiendra les positions des uns et autres, notamment l’absence des élus et des partis politiques marocains aux côté des MRE, en ces temps difficiles», observe-t-il.

«Si nous devions être ‘intégrés’ au point d’inhumer nos morts ici, comme nous l’ont recommandé les représentations consulaires avant le ministère de tutelle, à quoi sert un consulat, une ambassade ou un gouvernement, qui doit assurer la continuité des liens entre des expatriés et leur pays d’origine ?»

Amine Bouchaib

Cette préoccupation est partagée même en Espagne. Secrétaire général à la citoyenneté et à la coopération au sein du Parti socialiste ouvrier (PSOE), Rachid Faris dit avoir tenté toutes les médiations possibles entre les services consulaires marocains et les proches de ressortissants décédés. Toutes ses démarches se sont heurtés à «l’absence de solution».

«Aucune des autorités marocaines ne veut prendre de décision. Je suis en contact direct avec elles via notre ambassade et nos consulats, quatre à cinq fois par jour, mais rien n’y fait», déplore-t-il en regrettant «une peur injustifiée que ces dépouilles causent une propagation du covid-19». «Certains ont pointé du doigt les MRE comme étant la cause principale de la pandémie au Maroc. Nous avons été insultés vivants, et voilà que nos morts essuient les mêmes insultes, suggérées par ce refus officiel de rapatrier toute dépouille non-infectée par le virus», commente Amine Bouchaib.

Face à ce blocage, Rachid Faris «espère que la médecine légiste clarifie les choses une bonne fois pour toutes, à travers un point de vue scientifique, une recommandation ou un avis», qui lèvera les ambiguïtés sur l’efficacité ou non des cercueils hermétiques dans le rapatriement. C'est une question de dignité pour celles et ceux qui, durant toute leur vie de dur labeur, n'ont eu de cesse d'exprimer une seule et même dernière volonté : être enterrés sur la terre qui les a vus naître !

Bilan Coronavirus dans le monde
178 786 160
Contaminations
3 873 255
Décès
116 804 005
Guérisons
 
Contaminations
Morts
États-Unis
33 554 275
602 092
Inde
29 977 861
389 302
Brésil
17 966 831
502 586
France
5 819 584
110 940
Turquie
5 375 593
49 236
Russie
5 272 328
127 641
Royaume-uni
4 656 536
128 245
Argentine
4 277 395
89 490
Italie
4 253 460
127 291
Colombie
3 968 405
100 582
Espagne
3 764 651
80 689
Allemagne
3 730 619
90 477
Iran
3 105 620
83 101
Pologne
2 878 840
74 829
Mexique
2 478 551
231 244
Ukraine
2 291 722
54 192
Pérou
2 030 611
190 645
Indonésie
2 004 445
54 956
Afrique du sud
1 832 479
58 795
Pays-Bas
1 707 181
18 008
Tchéquie
1 666 082
30 280
Chili
1 522 223
31 645
Canada
1 417 236
26 103
Philippines
1 364 239
23 749
Irak
1 292 700
16 910
Suède
1 084 636
14 574
Roumanie
1 080 282
32 391
Belgique
1 079 640
25 141
Pakistan
949 838
22 034
Portugal
865 806
17 068
Bangladesh
856 304
13 626
Israel
839 990
6 427
Hongrie
807 630
29 959
Japon
786 566
14 408
Jordanie
747 000
9 671
Serbie
715 841
7 004
Suisse
701 994
10 875
Malaisie
701 019
4 477
Autriche
649 670
10 680
Népal
622 640
8 772
Emirats Arabes Unis
613 993
1 763
Liban
543 551
7 825
Maroc
526 737
9 244
Arabie Saoudite
475 403
7 691
Kazakhstan
467 069
3 511
Equateur
446 633
21 304
Bolivie
422 811
16 174
Bulgarie
421 152
18 000
Grèce
418 548
12 559
Biélorussie
411 153
3 053
Paraguay
407 721
11 743
Panama
394 241
6 477
Slovaquie
391 326
12 496
Tunisie
385 428
14 118
Croatie
359 184
8 182
Georgie
359 141
5 175
Uruguay
356 382
5 316
Costa Rica
354 095
4 530
Koweit
340 967
1 877
Azerbaidjan
335 521
4 963
République Dominicaine
317 645
3 758
Gaza
312 811
3 554
Danemark
292 618
2 532
Guatemala
280 854
8 735
Lituanie
278 407
4 367
Egypte
277 797
15 898
Ethiopie
275 318
4 286
Irlande
269 321
4 979
Bahreïn
263 295
1 311
Vénézuela
262 038
2 973
Slovénie
257 001
4 415
Moldavie
256 187
6 173
Honduras
254 194
6 772
Oman
250 572
2 741
Sri Lanka
241 820
2 633
Arménie
224 253
4 499
Thailande
221 306
1 658
Qatar
220 930
583
Bosnie/Herzégovine
204 860
9 643
Libye
191 038
3 178
Kenya
179 293
3 461
Cuba
169 365
1 170
Nigeria
167 292
2 118
Macédonie
155 627
5 477
Corée du sud
151 901
2 006
Birmanie
148 617
3 265
Lettonie
136 850
2 496
Algérie
136 294
3 641
Albanie
132 490
2 454
Estonie
130 818
1 268
Zambie
130 631
1 691
Norvège
129 545
790
Kirghizistan
115 615
1 937
Kosovo
107 247
2 256
Ouzbekistan
106 452
718
Afghanistan
103 902
4 215
Chine
103 571
4 846
Montenegro
100 092
1 605
Mongolia
98 050
459
Ghana
95 059
794
Finlande
94 379
967
Cameroun
80 328
1 313
El Salvador
77 484
2 336
Namibie
75 766
1 179
Chypre
73 710
374
Ouganda
72 679
680
Mozambique
72 577
848
Maldives
72 149
206
Luxembourg
70 535
818
Botswana
65 808
1 069
Singapoure
62 430
35
Jamaique
49 712
1 034
Cote d'Ivoire
48 047
308
Cambodge
43 446
441
Sénégal
42 437
1 158
Zimbabwe
42 195
1 685
Madagascar
42 137
903
Congo (Kinshasa)
37 926
879
Angola
37 748
868
Soudan
36 347
2 737
Malawi
34 914
1 171
Cabo Verde
32 039
283
Rwanda
31 435
388
Trinité-et-Tobago
30 767
747
Malta
30 590
420
Australie
30 366
910
Syrie
25 158
1 848
Gabon
24 864
158
Guinée-Bissau
23 535
168
Mauritanie
20 365
481
Suriname
20 141
467
Guyane
19 144
449
Eswatini
18 831
677
Haiti
17 061
369
Papua New Guinea
17 013
173
Somalie
14 867
775
Mali
14 385
524
Seychelles
14 123
55
Taiwan*
14 080
569
Andorre
13 864
127
Togo
13 731
128
Vietnam
13 530
69
Burkina Faso
13 469
167
Tajikistan
13 308
90
Belize
13 039
329
Bahamas
12 364
243
Congo (Brazzaville)
12 298
161
Djibouti
11 591
155
Lesotho
11 107
329
Sud Soudan
10 786
115
Timor-Leste
8 728
19
Guinée équatoriale
8 708
120
Benin
8 140
103
Nicaragua
7 696
188
République Centrafricaine
7 129
98
Yémen
6 889
1 355
Islande
6 555
29
Gambia
6 045
181
Niger
5 469
193
Erithrée
5 421
19
Burundi
5 242
8
Sainte-Lucie
5 218
80
Saint-Marin
5 090
90
Tchad
4 947
174
Sierra Leone
4 879
82
Barbade
4 045
47
Comores
3 912
146
Guinée-Bissau
3 825
69
Liberia
3 109
99
Liechtenstein
3 028
59
Nouvelle-Zélande
2 721
26
Monaco
2 549
33
Sao Tome and Principe
2 362
37
Saint Vincent and the Grenadines
2 196
12
Fidji
2 090
7
Laos
2 054
3
Bhutan
1 939
1
Maurice (Ile)
1 701
18
Antigue et Barbuda
1 263
42
Diamond Princess
712
13
Tanzanie
509
21
Saint Kitts and Nevis
350
2
Brunei Darussalam
255
3
République Dominicaine
191
0
Grenada
161
1
Holy See
27
0
Iles Salomon
20
0
MS Zaandam
9
2
Iles Marshall
4
0
Vanuatu
4
1
Samoa
3
0
Kiribati
2
0
Palau
2
0
Micronésie
1
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