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Société Publié

Ceuta : Quel avenir pour les porteuses de marchandises après la fermeture des frontières économiques ?

Alors que des médias espagnols décrivent les villes marocaines mitoyennes de Ceuta et de Melilla comme des «victimes silencieuses» de la fin des activités de contrebande, les présidents des deux cités crient à une tentative «d’étouffement économique» de leurs enclaves. Au milieu de cela, c’est surtout l’avenir des porteuses de marchandises qui reste incertain.

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Photo d'illustration / Fadel Senna - AFP

La fin officielle des activités économiques entre Ceuta, Melilla et les villes voisines met les deux enclaves dans l’impasse, à en croire de précédentes déclarations des présidents locaux espagnols qui évoquent une tentative d’«étouffement». Sauf que pour certains médias ibériques, ce sont les familles marocaines vivant de cette économie rentière depuis le point de passage Tarajal II et leur tissu économique, qui sont les «victimes silencieuses» d’une mesure prise par le Maroc en octobre 2019.

Ce mois-là, Rabat a en effet décidé de fermer ses frontières économiques avec Ceuta et Melilla, ce qui a provoqué l’ire de leurs présidents et particulièrement Juan Vivas, du Parti populaire (PP). Celui-ci a reproché au Maroc d’asphyxier sa ville, en plus de manquer de fermeté pour freiner la migration vers l’Espagne. Lundi, c’est un article du quotidien El País qui est revenu à la charge et abondant dans le même sens. Cette fois-ci, l’application de la mesure est mise en cause dans la stagnation des activités économiques de toute une région et notamment Fnideq, qui, selon le média, vit en majeure partie de la contrebande espagnole.

La parole est donnée à des commerçants qui se plaignent que depuis 2017 déjà, l’activité a été en berne à cause de nouvelles exigences sur les calibres des paquets. La fermeture pure et simple des frontières économiques en 2019 aurait alors été «le coup de grâce». Au fur et à mesure des déclarations, il ressort surtout que les populations concernées restent dans l’expectative, faute de visibilité sur les délais relatifs aux projets économiques locaux promis par les autorités marocaines.

Un marché des précarisations

Ces témoignages font écho à d’autres précédemment recueillis par l’AFP. Cependant, ils omettent de rappeler que le secteur de la contrebande entre Ceuta et Melilla est surtout un marché où se côtoient et s’entretiennent les précarisations ; principalement celles des porteuses de marchandises et par extension de leurs ménages puisque ces activités ne suffisent plus pour leur garantir une vie digne.

Contacté ce mercredi par Yabiladi, le président de l’Observatoire du nord pour les droits de l’Homme (ONDH), Mohamed Benaïssa, rappelle d’ailleurs que nombre d’acteurs de la société civile, syndicaux et politiques locaux ont «longtemps appelé à mettre fin à ces activités qui maintiennent des structures et des situations sociales dans leur précarité». Et d’affirmer que «la plupart de ceux venus pour travailler à Fnideq ont fini par repartir, remarquant justement que leur économie ne décollait pas avec la contrebande».

Le militant affirme que «les premiers bénéficiaires de cette activité sont loin d’être les familles de ceux qui y travaillent». Selon lui, «ce sont d’abord les gouvernement locaux espagnols et les barons monopolisant ce marché, principalement à Ceuta, et qui ont été identifiés au nombre de quatre». C’est là où Mohamed Benaïssa réfute les versions présentant ces activités comme «une bouée de sauvetage tenant en réanimation l’économie locale».

«Nous ne sommes plus face à une activité vivrière qui a longtemps consisté en l’approvisionnement de produits espagnols sur les marchés de Ceuta et de Melilla pour l’usage personnel, ou pour la revente par des petits commerçants ayant acheté eux-mêmes leurs marchandises en quantités raisonnables.»

Mohamed Benaïssa, président de l’ONDH

A quand une activité économique respectueuse de la dignité ?

Et de dénoncer : «Au fil des années, la situation a rapidement changé, donnant lieu à un marché de trafic organisé et à une sous-traitance des précarités. Les femmes porteuses sont exploitées de manière inhumaine, sans pouvoir couvrir les besoins de leurs familles. On s’est même servi de mineurs de tous les âges, de personnes en situation de handicap et d’autres âgées, sans parler des bousculades où des commerçantes y ont laissé leur vie.»

Dans ce sens, Mohamed Benaïssa préconise «la mise en place de structures économiques et industrielles à Fnideq, qui peuvent être annexes au port Tanger-Med vu la proximité, ainsi que des aides de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) pour le renforcement du tissu économique local, particulièrement celui des femmes, de manière à ce qu’elle trouvent une alternative respectueuse de leur dignité».

En juillet 2018, la Commission des affaires étrangères, de la défense nationale et des affaires islamiques à la Chambre des représentants marocaine a désigné une mission parlementaire pour étudier la situation économique au niveau du point de passage de Bab Sebta. La contrebande entre Ceuta et Fnideq représenterait entre six et huit milliards de dirhams qui, selon l’ONDH, «gagneraient à être réinjectés dans l’économie locale formelle».

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