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Culture Publié

Diaspo #120 : Benny B, premier rappeur francophone

Abdel Hamid Gharbaoui, dit Benny B, est le premier danseur et rappeur à avoir introduit cet art à la scène française, au milieu des année 1980. Devenu rapidement la coqueluche des émissions de variétés, en Belgique et en France, il est fier de défendre le fait que «le premier rap français est marocain».

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Le rappeur belgo-marocain Benny B / Ph. I. Otto

Huitième d’une famille de neuf frères, Abdel Hamid Gharbaoui, alias Benny B, est né en 1968 à Molenbeek, où il a façonné son talent de danseur puis de chanteur entre amis d’enfance, entre l’école et le quartier. Avec le recul, il est satisfait aujourd’hui de pouvoir affirmer que «le premier rap français est marocain», puisqu’il en a été une véritable figure de proue, depuis le milieu des années 1980.

Issu d’un père ouvrier et d’une mère au foyer, sa fascination pour d’abord pour Michael Jackson et James Brown, puis pour MC Hammer, l’a guidé dès l’enfance pour façonner son talent d’artiste. «Autant que je m’en souvienne, j’ai toujours appris des chansons par cœur, dansé à la maison, dans le quartier, avec des camarades d’école, car c’est ce qui m’intéressait le plus», se rappelle-t-il.

Benny B a tout autant été influencé par ses grands frères, qui ont inspiré ses préférences musicales pour la soul, le funk et le disco. Sa vocation n’a donc pas tardé à se confirmer, même que le rappeur raconte s’être souvent ennuyé en classe. «J’ai fini par convaincre mes parents que je quitterais l’école, mais il m’ont posé comme condition de trouver du travail», nous confie le rappeur, qui a ainsi été recruté dans une chocolaterie.

«J’étais satisfait de pouvoir aider mes parents et de leur verser la majeure partie de mon salaire, dont le reste me permettait de sortir avec les amis et de fréquenter les clubs dont les DJ m’intéressaient le plus.»

Benny B

De star des clubs belges à vedette de la télévision française

En effet, Benny B n’a pas fréquenté ces endroits comme un simple spectateur, mais il a toujours réussi à passer sur scène, pour faire des démonstrations de danse et des performances de rap. En filigrane, il obtient in extremis un passage en casting, tenu par le directeur de radio Michel Brunelli et le producteur Olivier Veurhaegen, qui l’a sélectionné sans hésitation.

Celui qui a écrit ses propres textes dès 1985 a ainsi réalisé le principal rêve de sa vie : sortir un vinyle de rap, en featuring avec son ami d’enfance Perfect et le DJ Daddy K. «Le disque sort en 1989, sans pochette, juste avec l’expression ''mais vous êtes fous'' sur un fond noir», se souvient le rappeur qui, à l'époque, n’en revient pas du succès fulgurant dont la chanson a bénéficié auprès des radio belges et françaises.

Rapidement, le morceau devient culte et Benny B est sollicité par la télévision française, où il fait son passage sur invitation de l’ancien animateur Jacques Martin. Grand moment de télévision, sa prestation «a créé le buzz» avant même les réseaux sociaux, puisque sa qualité a déchaîné le public et a même fait danser le présentateur vedette, qui a tenté une roulade sur le dos.

«Après, nous avons fait le tour des chaînes françaises, nous sommes devenus un phénomène, dans un contexte où les chansons en français étaient plus à texte.»

Benny B

«C’était la première fois qu’on voyait des jeunes rappeurs, danser, faire des couplets en français», se souvient encore celui qui a ainsi «ouvert une brèche» dans la musique française. S’ensuit alors un clip pour sa chanson culte, puis un second pour «Qu’est-ce qu’on fait maintenant», qui est en fait le premier rap français à avoir été tourné aux Etats-Unis.

En effet, Benny B a été incontestablement le premier chanteur à avoir introduit sur la scène rap française des exigences de show à l’américaine, avec des chorégraphies, un choix de style vestimentaire et une prestation scénique étudiée. «A l’époque, les autres rappeur français se sont sentis dépassés, car ils s’inscrivaient encore et uniquement dans le style underground de rap, où l’on chante au micro sans créer un spectacle», explique l’artiste.

Le repos du guerrier

«Nous faisions presque trois dates par jour, en plus des plateaux radio et TV. Mais au bout de trois ans de rythme effréné, nous avions pris la décision de mettre fin à notre trio, en 1993, car nous avions souhaité ne pas arriver au stade où l’on sature notre public qui nous verrait tellement partout au point d’en avoir marre de nous», se rappelle Benny B.

Après quoi, Abdel Hamid Gharbaoui retrouve une vie normale et découvre même que «ça [lui] avait manqué». «J’ai mis du temps à décider si j’allais continuer à chanter ou non. Je ne suis plus monté sur scène pendant quelques années, j’ai fait le choix de mettre de côté ma carrière artistique car j’ai envisagé de fonder une famille et d’avoir le temps de m’en occuper», souligne celui qui dit ne pas avoir regretté sa décision, étant aujourd’hui «comblé par deux enfants qu’[il] a pris le temps de voir grandir et d’accompagner sur ce chemin».

Pour subvenir aux besoins de sa petite famille après avoir mis sa vie artistique entre parenthèses, Abdel Hamid Gharbaoui travaille comme manager au sein d’une campagne aérienne. Mais à un moment, ses fans se sont demandé ce qu’était devenu leur artiste préféré.

«J’ai été recontacté par des télévisions pour lesquelles j’ai donné des interviews. J’ai retrouvé encore une fois mon premier amour après avoir donné à mes enfants les outils pour voler de leurs propres ailes.»

Benny B

C’est comme cela que Benny B repart en tournée dès 2005, où il a eu le plaisir de retrouver ses fans qui n’ont rien oublié de ses chansons cultes. Après une seconde tournée en 2011, il est revenu en 2018 dans le cadre de Star 80.

Une coqueluche du rap également au Maroc

Pas de projet d’album pour le moment, mais surtout des tournées et quelques morceaux mis en lignes sur YouTube, puisque Benny B nous explique ne pas pour autant chercher à conquérir une grosse célébrité. Au cours de ses années les plus actives, il a rapidement pris conscience du succès dont il a bénéficié auprès des jeunes, mais n’a jamais imaginé avoir tout autant de fans au Maroc.

Le premier rappeur français à avoir tournée au Maroc aura été joyeusement surpris, après avoir fait la première partie du concert de Kool and The Gang, tenu en 1996 au stade Mohammed V de Casablanca.

«J’ai tourné à Marrakech, Tanger, ma ville d’origine, Salé, Rabat, Casablanca, et j’étais étonné à chaque fois de voir que le public marocain me connaissait. C’est resté un souvenir très marquant dans ma carrière : la fierté de se dire que le premier rap français est marocain et que les premiers disques d’or de rap français le sont également.»

Benny B

En 2013, Benny B revient à Casablanca, où il donne un show dans un orphelinat et dans des établissements pénitentiaires.

En cette fin 2019, il démarre une troisième année, via sa participation à Star 90 en France. «Je revis ce que j’ai exactement vécu il y a 30 ans, je danse encore sur scène en chantant et c’est extraordinaire», s’émerveille le rappeur.

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