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Culture Publié

Diaspo #119 : Karim Saidi, incarner un personnage n’est pas jouer

Cet acteur franco-marocain de 46 ans a notamment tourné pour Steven Spielberg et Abdellatif Kechiche. Au Maroc, il a également tourné une quarantaine de films italiens, marocains, allemands. Pour Yabiladi, il revient sur ses débuts et les tournants de sa carrière.

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Au total, Karim Saidi cumule soixante films en treize ans. / DR

«Je suis venu au monde une deuxième fois à 29 ans.» Karim Saidi, acteur franco-marocain – et pas figurant, comme le laisse entendre sa page Wikipédia – doit beaucoup au cinéma. C’est en effet à l’âge de 29 ans que sa vie a pris un nouveau tournant : celui d’une renaissance.

Karim Saidi est né le 17 juillet 1973 à La Seyne-sur-Mer, en Provence, de parents marocains : son père est originaire de Nador et sa mère de Tan-Tan. A l’âge de dix-huit ans, il rejoint l’armée et s’engage dans le 2e régiment d’infanterie de marine, basé au Mans. Il part au Tchad, en Bosnie et au Rwanda, pendant le génocide en 1994, puis quitte l’armée trois ans plus tard.

«Ce que je voyais dans ces pays en guerre était tragique… J’ai servi l’Etat français pendant trois ans puis j’ai décidé de démissionner parce que j’estimais avoir appris de l’armée tout ce qu’elle avait à m’apprendre», nous dit Karim Saidi. «Je ne me voyais pas faire une carrière de quinze ans pour toucher une retraite ! Je savais que j’allais m’abrutir si je restais là-bas», estime-t-il aujourd’hui.

Une fois tourné ce chapitre militaire, il ouvre un restaurant à Saint-Tropez, entre 1994 et 1999, la vingtaine encore fraîche. Puis voilà qu’un jour, l’humoriste et imitateur Yves Lecoq, célèbre pour ses imitations de Jacques Chirac et Patrick Poivre d’Arvor, vient dîner dans son restaurant kebab. Et il le repère : «Il m’a dit que j’avais l’énergie pour être acteur. Ce jour-là, il a planté une graine. J’ai vendu mon restaurant pour tenter l’expérience de devenir acteur et j’ai trouvé ma voie.»

Incarner plutôt que jouer des personnages

Karim Saidi monte à Paris et intègre le Studio Pygmalion, un centre de formation et d’entraînement pour comédiens et acteurs professionnels, ou en voie de professionnalisation. «J’ai intégré les cours du soir pour les débutants. Au bout d’un mois et demi, je suis passé aux cours de l’après-midi et on m’a fait sauter une classe. J’ai toujours redoublé à l’école, alors sauter une classe, c’était magnifique !» L’acteur y apprend à «avoir confiance en [lui], canaliser [ses] émotions et pouvoir les ressortir au moment opportun sur le tournage d’un film».

Karim Saidi se définit avant tout comme un acteur, qu’il distingue du métier de comédien : «Un comédien, c’est quelqu’un qui a toujours voulu faire ça, qui a pris des cours très jeune et qui joue des personnages. L’acteur, lui, c’est un accident ! Il interprète, incarne le personnage.» Quelle différence entre jouer et incarner ? 

«Jouer, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je n’ai toujours fait qu’interpréter, incarner des personnages.» 

Au Studio Pygmalion, une deuxième graine est plantée : celle de sa rencontre avec Paul Belmondo, le fils de Jean-Paul Belmondo. Il lui présente un agent qui lui permet de décrocher un rendez-vous pour le casting du film «Munich», de Steven Spielberg (2005). Retenu, il prend part au tournage qui se déroule à Budapest pendant cinq semaines. «Si je n’avais pas eu d’agent, je n’aurais pas pu passer ce casting. Le milieu du cinéma demande beaucoup de persévérance : pour avoir un rôle important, il faut avoir un agent. Or pour avoir un agent, il faut avoir fait des films. Tant que tu n’as pas fait de film, tu n’as pas d’agent, et tant que tu n’as pas d’agent, tu n’as pas de casting ! C’est un cercle vicieux.»

Ses films, «un pont entre l’Europe et l’Afrique»

A Budapest, le tournage de «Munich» lui fait découvrir ce monde tant prisé du septième art. «J’étais sur un nuage. Ça a été difficile de redescendre sur Terre. J’ai fait une petite dépression après le film. C’était mon premier film, je ne savais pas comment le monde du cinéma fonctionnait… Je n’avais pas d’attaché de presse pour parler de moi. Pendant un an et demi, je n’ai pas travaillé car je n’avais pas de rôle, ça a été difficile», se souvient-il aujourd’hui. 

Karim Saidi se souvient également du tournage «folklorique» de «La Vie d’Adèle» (2013), du réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche. «J’ai tourné avec lui dix-sept jours et je n’apparais que cinq secondes dans le film. Ça a été une bonne expérience et une mauvaise aventure : bonne expérience car j’ai vu comment travaillait Abdellatif Kechiche ; il a une manière de travailler qui me parlait. Mauvaise aventure car ça a été un tournage folklorique, qui n’était absolument pas structuré.»

L’acteur finit par déménager au Maroc, où il se rend d’abord en 2004 pour l’enterrement de son père. Il tournera une quarantaine de films marocains, italiens, allemands, dans tout le Maroc. «J’ai réussi à construire ma carrière ici», dit-il. Il va revenir en décembre pour le Festival international cinéma et migrations d’Agadir, qui doit lui rendre un hommage.

Karim Saidi compte également passer de l’autre côté de la caméra, à la réalisation. Il a écrit trois scénarios. «Je suis dans le social, l’humain. Mes films seront toujours un pont entre l’Europe et l’Afrique.»

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