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Société Publié

La capitale du Maroc secouée par le viol, la torture et le meurtre de Hanane

L’affaire du viol et de la torture de Hanane jusqu’à la mort, au cœur de la capitale, a ému de nombreux Marocain(e)s et provoque la colère d’associations qui dénoncent un scandale «dans l’indifférence générale». 

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Photo d'illustration / Ph. DR.

Violée et torturée puis laissée pour morte, en ayant été filmée, Hanane a subi les pires sévices par un cinquantenaire qui aurait été son compagnon, à Rabat. Face à la cruauté des images, des militantes associatives sont montées au créneau contre une nouvelle manifestation sordide de ce fléau, dénoncant «des actes monstrueux dont il est impératif de répondre par les jugements les plus sévères».

Les faits remontent à il y a un mois, mais la vidéo les documentant n’a fait surface que depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, après l’arrestation de l’agresseur apparu sur les images. Poursuivi pour homicide volontaire, il est le premier de huit autres prévenus impliqués dans l’affaire. Jeudi après-midi, la police a en effet annoncé l’interpellation de plusieurs personnes «pour leur implication présumée dans des actes criminels liés à la non dénonciation d’un crime et non-assistance à personne en danger», indique la MAP sur la base d’un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Selon la même source, «ces investigations ont permis d’identifier la personne impliquée dans le tournage de cette vidéo» qui s’avère être «en détention dans le cadre d’une autre affaire pénale». Parmi les sept autres, «certains ont assisté à l’agression sans porter assistance à la victime et d’autres ont reçu la vidéo» en connaissance des circonstances de son tournage, sans prévenir la police.

Des militantes associatives montent au créneau

C’est justement cette indifférence qui banalise de tels actes que dénoncent aujourd’hui les militantes ayant exprimé leur colère après les révélations. Pour Souad Ettaoussi, spécialiste des questions des femmes et directrice de l’Institut Tahar Sebti, le drame de Hanane «illustre ce qui résulte d'un environnement qui banalise la violence envers les femmes, leur chosification ainsi que la haine gratuite et les pulsions refoulées à leur égard, que ce soit dans le cadre familial ou éducatif public qui prépare les citoyens à développer des comportements spécifiques envers l’autre et envers les femmes ainsi que leur corps».

Selon Souad Ettaoussi, il incombe aux pouvoirs public la principale part de responsabilité dans la situation, «par leur laxisme dans le traitement de précédentes affaires de viol, de violence et de féminicide, en chargeant ou en permettant à d’autres de charger impunément les victimes et laissant dire, par exemple, qu’elles sont responsables en parti de ce qu’elles ont subi (l’heure de sortie, la nature des fréquentations, le fait d’exercer un métier et pas un autre…)».

Dans ce sens, la directrice de l’institut éducatif affirme que «les quatre piliers de la loi 103.13 (la prévention, la protection des victimes, la levée de l’impunité et la réparation) restent fragiles», ce qui constitue «une ouverture à la continuité d’une telle mentalité et de tels usages, y compris dans l’interprétation et la mise en œuvre des lois à géométrie variable».

«Aucune situation ne justifie de tels actes»

Les indignations se succèdent mais sont d'ordre très différents. Alors que certains restent prudents, d’autres n'hésitent pas à expliquer ce qui est arrivé à Hanane par le fait qu’elle soit «travailleuse du sexe». Mais selon les premiers éléments de l’enquête, elle aurait été forcée par son agresseur à y évoluer, lui profitant des revenus de cette activité. «Elle n’était pas satisfaite de cette situation et elle a voulu y mettre fin, ce qui l’a poussé à l’éliminer de la sorte», soutient Souad Ettaoussi.

«Quand bien même elle aurait été consentante à être travailleuse du sexe, ce n’est pas à cause de l’un de ses clients qu’elle aura subi les pires sévices jusqu’à sa mort atroce ; et quelle que soit son activité, personne n’a le droit de traiter quelqu'un de la sorte, si nous voulons véritablement construire un Etat d’institution où justice est rendue aux lésés», ajoute-t-elle.

Face à la succession de sordides affaires, la militante soutient que «les médias de masse doivent jouer leur rôle car ils peuvent toucher un maximum de citoyens, quel que soit leur niveau d’instruction».

«L’approche des médias de masse doit être globale et ne pas se restreindre à des campagnes de sensibilisation ponctuelles, mais transmettre des messages à travers même la publicité, les films choisis, les séries ou les sitcoms notamment, qui banalisent encore des situations dégradantes des femmes et en font un moyen de divertissement.»

Souad Ettaoussi

Directrice de l’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté, Bouchra Abdou dénonce par ailleurs «l’insuffisance des mesures répressives envers les violeurs, qui récidivent à plusieurs reprises, s’en prennent même à des codétenus».

Pour cela, elle appelle notamment à «des jugements exemplaires de peines à perpétuité accompagnées d’un suivi psychologique dans le cadre de la prison». Elle remet aussi en avant le débat sur la castration chimique envers les responsables de ces faits, en se disant favorable à la démarche. «Le violeur doit véritablement réaliser que ces actes sont inhumains et que chacun a droit à la vie et à son intégrité corporelle».

Dans le cadre de la mission de l’ONG, Bouchra Abdou confirme à Yabiladi une coordination en cours avec d’autres associations afin de visiter et soutenir la famille de la victime, tout en proposant leurs avocats pour se saisir du dossier de la partie civile.

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