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Archive Histoire   Publié

Biopic #28 : Omar al-Mokhtar, le résistant qui lutta contre la colonisation italienne

Omar al-Mokhtar fut l’un des combattants qui marquèrent le plus l’histoire des résistances anticoloniales en Afrique du Nord. En Libye, il mena en effet un combat acharné contre l’occupation italienne au début du XXe siècle.

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Photomontage : Mohamed El Majdouby (Yabiladi)

Omar al-Mokhtar naquît le 20 août 1858 dans la région de Janzur, près de la ville de Tobrouk, dans l’est de la Libye. En quête de savoir, il sillonnait son pays de long en large. Ces voyages lui permirent d’étudier la théologie musulmane et la jurisprudence, ainsi que les textes religieux. En 1897, il fut nommé cheikh de la mosquée Al-Kosour.

Le 29 septembre 1911, l’Italie déclara la guerre à l’Empire ottoman qui s’tendait jusqu’en Libye. Omar al-Mokhtar s’empressa alors d’organiser un mouvement de résistance et entama sa lutte contre l’occupant.

«Le mouvement révolutionnaire en Libye fut mené par le grand moudjahid, Omar al-Mokhtar, le martyr des musulmans et des Arabes, le héros de l’immortelle Tripoli, issu de la famille El-Senoussi qui avait beaucoup d’influence spirituelle sur toute la région», indiqua Attia Attia dans «L’islamisme dans la poésie de Chaouqi».

Un guerrier craint par ses ennemis

Celui qui fut nommé «le Lion du désert et le Cheikh des moudjahidines» était véritablement «la fierté de sa famille, de ses proches et de sa patrie, qui était respecté par tous et considérablement apprécié par les épris de liberté», indiqua pour sa part Attia Ahmed Zerdoumi dans «Dates et repères de lutte».

En homme de confiance doté d’une grande capacité à fédérer la population autour de lui, Omar al-Mokhtar fut même désigné à la tête du Conseil suprême. Il dirigea les opérations des martyrs, lors des nombreuses batailles contre l’occupation italienne. «Il combattit les Italiens à l’âge de 53 ans, pendant plus de deux décennies, puis mourut en martyr à 73 ans, parlant couramment l’arabe classique et l’italien» souligna encore Attia Ahmed Zerdoumi dans «Dates et repères de lutte».

Ainsi, Omar al-Mokhtar infligea de lourdes défaites aux envahisseurs, d’autant plus que ses hommes tuèrent des centaines d’officiers et de soldats italiens.

«Son ennemi juré, le général Rodolfo Graziani qui était commandant des forces italiennes en Afrique, lui témoignât de son savoir-faire militaire, sa grande capacité à adapter et changer ses stratégies ainsi que son pouvoir de développer rapidement ses tactiques de combat. Graziani reconnut aussi à Omar al-Mokhtar sa ténacité à résister et à poursuivre les forces italiennes, mettant même en échec les opérations du général.»

Dates et repères de lutte – Attia Ahmed Zerdoumi

Voyant son efficacité sur le terrain, les Italiens craignirent de plus en plus Omar al-Mokhtar et songèrent à l’éliminer en voyant en lui un grand obstacle à leur visée colonialiste en Afrique. Le 11 septembre 1931, le guerrier fut ainsi interpellé, non sans peine, comme le rappela Attia Ahmed Zerdoumi. «Omar al-Mokhtar fut l’objet d’une course-poursuite acharnée, jusqu’à son arrestation le 11 septembre 1931 sur son chemin vers Marsa Sousse avec 50 autres moudjahidines», écrivit-il. Sous haute surveillance et par peur des représailles des fidèles du résistant, ce dernier fut transféré vers la ville de Soussa puis à la prison de Benghazi par voie maritime, enchaîné des mains et des pieds.

Une course-poursuite et une mort pour la dignité

La nouvelle de son interpellation fut transmise au gouverneur général de Libye, Badolio, qui était en Italie à ce moment-là. Il recommanda au ministère des Colonies de le traduire en justice et de le condamner à mort.

«Graziani proposa à Omar al-Mokhtar une amnistie générale, en échange de la signature d’un appel aux moudjahidines pour mettre fin aux combats et se livrer, en déposant les armes auprès du gouvernement [de l’occupation]. Omar rejeta l’offre et expliqua que celle-ci ne satisfaisait pas sa conscience», fit savoir Sayed bin Hussein al-Affani dans «L’honnêteté d’une nation».

Après un procès sommaire, le Cheikh des militants fut exécuté le 16 septembre 1931. «Son bras droit Yusuf Bu Rahil mourut après lui en martyr, à l’image de tous les moudjahidines qui l’accompagnaient et dont les opérations constituèrent les derniers combats de libération», nota Attia Ahmed Zerdoumi.

Abdul Fattah Fathi Abu Hasan Shukr le cita dans son ouvrage «Alihya’a ba’d alinsa’a», tel qu’il s’adressa à l’agent italien chargé de l’enquête : «Nous n’abandonnons pas, nous gagnons ou nous mourons, ce n’est donc pas fini. Vous devrez vous battre contre la prochaine génération et les générations d’après. Quant à moi, j’aurai vécu plus longtemps que ne vivra mon bourreau.»

Sayed bin Hussein al-Affani expliqua dans son livre «Positions des érudits du seigneur» que «les Italiens devaient bien laisser un acte ridicule dans l’histoire des peuples. Ils forcèrent les Barqawin qu’ils arrêtèrent à Benina, les hommes de Benghazi et un grand nombre de gens à assister à l’exécution». «Au moins 20 000 personnes furent témoins de ce moment terrible où Omar al-Mokhtar avança d’un pas sûr vers la potence en répétant la chahada, jusqu’à sa pendaison», indiqua-t-il.

En exécutant Omar al-Mokhtar de la sorte, les Italiens voulurent donner un exemple aux autres moudjahidines. «Le corps de Omar al-Mokhtar commença à vaciller au gibet, comme si cet homme avait enfreint la loi, entouré d’une foule de curieux qui le regardaient avec douleur et stupéfaction. Son corps fut laissé sans vie, les yeux fermés, exprimant simplement son courage et son acceptation de la volonté divine», décrivit Luigi Julia dans «Francesco Prestopino».

Au cours de la révolution de 2011 contre le colonel Kadhafi, nombre de Libyens s’inspirèrent d’Omar al-Mokhtar dans leurs actions armées. Quant aux symboles de l’étendard de ce résistant, une étoile et un croissant sur fond noir, ils furent intégrés officiellement au drapeau de la Libye.

Article modifié le 2020.05.20 à 23h57

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