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Histoire   Publié

Biopic #12 : Najib Mahfoud, le seul écrivain arabe qui reçut le prix Nobel de littérature

Najib Mahfoud (ou Naguib Mahfouz) fut un romancier égyptien dont la notoriété devint internationale au fil des années. Il fut le premier arabe à recevoir le prix Nobel de littérature. En 1995, des extrémistes islamistes tentèrent de le tuer, après l’avoir taxé de renier sa foi et sa religion. Il n’en sortit que plus fort de ses idées intègres et de son succès incontestable.

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Najib Mahfoud / Photomontage : Mohamed El Majdouby (Yabiladi)

Le romancier et écrivain égyptien Naguib Mahfouz, dit aussi Najib Mahfoud, fut l’un des auteurs arabes les plus célèbres grâce à ses romans et à ses nouvelles. Nombre de ses écrits furent adaptés au cinéma et à la télévision, inspirant également toute une vague d’auteurs par son écriture romanesque proche de la réalité et par sa mise en valeur du genre de la nouvelle.

Naguib Mahfouz Ibn Abdel Aziz Ibrahim Ahmed El-Basha naquit le 11 décembre 1911, dans le quartier cairote d’Al-Gamaliya. Il obtint son diplôme de philosophie à l’Université Fouad Ier, qui devint l’Université du Caire au lendemain de la révolution du 23 juillet 1952 ayant marqué la chute du régime monarchique en Egypte.

Avant de se consacrer entièrement à la littérature avec sa retraite en 1971, Najib Mahfoud occupa plusieurs postes. En effet, il était directeur général de la Fondation d’aide au cinéma. Il en devint ensuite président, puis directeur de la censure des œuvres artistiques en son sein.

Dans le monde de la littérature, il se fit connaître dès la fin des années 1930 en publiant son premier roman en 1939, sous le titre «’Abath al-aqdâr» (traduit en français «La Malédiction de Râ», en 1998). Ses nouvelles s’inspirèrent de la vie quotidienne de la société égyptienne et du Caire où il avait grandi.

Un écrivain aimé par les uns et haï par les autres

Dans les années 1950, Najib Mahfoud était déjà devenu un écrivain de renom. Il publia un roman qui créa la polémique, intitulé «Awlâd hâratinâ» (traduit en français «Les Fils de la médina» en 1991). Ce livre parut en épisodes dans le journal Al-Ahram, mais sur fond des vives réactions des érudits d’Al-Azhar qui se déchaînèrent, l’œuvre fut interdite et sa publication suspendue.

L’écrivain resta sous le coup de la censure pendant plusieurs années, mais la reconnaissance qui s’ensuivit fut internationale. Ce roman 'de la discorde' et l’ensemble de ses chefs-d’œuvre lui valurent le prix Nobel de littérature en 1988. Dans ce sens, la Fondation Nobel lui témoignât d’une «grande réussite» qui résidait en sa «créativité».

«Ses écrits contribuèrent au développement du roman comme genre et langage littéraires, dans les milieux culturels du monde arabe. Mais sa production fut beaucoup plus large et plus riche, à tel point que son travail nous parla à nous tous. Najib Mahfoud donna une impulsion majeure à la nouvelle également, en tant que savoir-faire littéraire basé sur la vie quotidienne.»

Fondation Nobel

Mais cette célébrité avait aussi failli lui valoir sa vie. En 1995, Najib Mahfoud fut poignardé au cou, mais il survécut à l’attentat grâce aux secours d’urgence. La tentative de meurtre fut perpétrée par deux islamistes extrémistes qui voulaient assassiner l’écrivain à cause du roman «Les Fils de la médina», à la suite duquel ils l’excommunièrent.

Lors de son procès, le prévenu principal déclara ne pas avoir lu le roman, mais que «l’ordre [lui] ayant été donné était d’éliminer son auteur». Il affirma également n’avoir «aucun regret» sur ses actes et qu’il était prêt à retenter l’assassinat, le jour où il pourrait sortir de prison. Commentant les faits, Najib Mahfoud déclara qu’il était «inconcevable de juger quelqu’un d’infidélité sans discussion ni débat».

Pour lui, il était tout autant «intolérable de voir des personnes inaptes à émettre des fatwas et dépourvues de moyens de compréhension de leur propre religion décider une telle sentence, par contumace de surcroît».

«Je le redis : cet ouvrage est une contribution littéraire qu’il faut considérer ainsi et pas autrement. De plus, c’est un récit qui se termine sur la foi en l’existence du divin.»

Najib Mahfoud

Une reconnaissance internationale

La même année de son prix Nobel de littérature, Najib Mahfoud signa le dernier roman de sa vie, intitulé «Quchtumar». Son dernier recueil de nouvelles remonta à 2004, lorsqu’il publia «Rêves de convalescence», deux ans avant sa mort.

Outre le prix Nobel, il reçut de nombreuses distinctions, dont le prix national de littérature en 1957, la médaille du mérite de première classe en 1962 et le collier du Grand Nil en 1988.

Najib Mahfoud décéda le 30 août 2006 à Agouza, à Gizeh, à l’âge de 95 ans. Il laissa derrière lui un grand héritage littéraire à l’Egypte, au monde arabe et à toute l’humanité. Ses œuvres furent traduites en plusieurs langues et furent adaptées au grand écran, comme aux téléfilms ou aux séries télévisées.

«Lorsque le cinéma égyptien des années 1960 s’appuyait de plus en plus sur la littérature, il se basa sur les œuvres de célèbres auteurs, à l’image de Najib Mahfoud, Ihssan Abdel Koudouss, Yusuf Sibai, Tawfiq al-Hakim et Youssef Idriss (…)», témoigna à ce propos Hammad Abdel Tawab dans son livre «Le cinéma dans la littérature de Naguib Mahfouz».

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