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Société Publié

Maroc : Le don de sang rendu compliqué durant le mois de Ramadan ?

Jeudi à Rabat, les proches d’une Marocaine souffrante et en besoin urgent à une transfusion sanguine ont vécu l’enfer, se déplaçant d’un endroit à l’autre pour pouvoir donner du sang pour découvrir qu’ils n’ont pas le droit. Finalement, l’opération ne se déroulera que le soir, après le jeûne. Le récit de l’une des proches et les explications du directeur du Centre national de transfusion sanguine.

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Image d'illustration. / DR

C’est un périple déplaisant qu’ont vécu les proches d’une Marocaine à Rabat, ce jeudi, alors que celle-ci avait urgemment besoin d’une transfusion sanguine. Disposés à faire don de leur sang dès la journée, les proches ont dû attendre le soir pour effectuer cette opération, non sans difficultés.

Contactée ce vendredi par Yabiladi, Souad*, une proche de cette Marocaine, raconte la mésaventure. «Nous sommes partis hier pour faire don de notre sang, en journée, car une proche en avait vraiment besoin. Nous nous sommes alors rendues dans le centre de transfusion situé à Madinat Al Irfane», nous confie-t-elle.

Mais les responsables de cet établissement les ont informé qu’ils «n’acceptent pas les dons de sang en journée durant le mois de Ramadan».

«Ils nous ont suggéré de faire don de notre sang après la rupture du jeûne et même lorsque nous leur avons dit que nous étions prêts à rompre notre jeûne et à assumer les conséquences car il s’agit d’un cas extrêmement urgent, ils ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire.»

Souad

Une seule caravane pour Rabat-Salé-Témara ?

Une liste de caravanes itinérantes, actives durant la nuit, est alors transmise à Souad et à ses amies. «Nous étions surprises de constater qu’il n’y a pas un seul point à Rabat pour donner son sang. Il fallait soit se rendre à Sidi Moussa à Salé à côté d’une mosquée, soit à Témara», déplore-t-elle.

Un groupe de personnes se rend alors à Salé mais elles n’auraient pas «trouvé de centre mobile». D’autres iront à Bab El Had à Rabat où un camion du Centre national de la transfusion sanguine est localisé depuis plusieurs années ; l’unité serait fermée depuis au moins une semaine. Désespéré, le groupe se rend finalement à Témara, près du Café Milano. «C’était la seule caravane qui semble couvrir l’ensemble de Rabat-Salé-Témara alors qu’elle n’était opérationnelle que de 21h à 23h», dénonce notre interlocutrice.

Pour elle, «qu’une personne désireuse faire don de son sang pour sauver la vie de quelqu’un ne soit pas autorisée à le faire, que ce soit en journée ou en soirée, est une aberration». «Il fallait au moins laisser une permanence, sachant qu’il existe des non-musulmans au Maroc qui peuvent aussi donner leur sang», ajoute-t-elle. «C’est illogique d’entendre des campagnes de communication appeler les gens à donner leur sang alors qu’on ne met pas en place les moyens nécessaires», déplore encore cette Marocaine.

Mohamed Benajiba : «personne n’est obligée de faire don de son sang»

Contacté par Yabiladi ce vendredi, le docteur Mohamed Benajiba, Directeur du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), nous explique que pendant Ramadan, «c’est la qualification et le traitement des dons qui s’organisait en journée alors que la collecte des dons se fait durant la nuit». «Le donneur ne doit pas être à jeun, sinon cela nous crée des complications», précise-t-il.

Rappelant que le centre a lancé durant ce mois de Ramadan une campagne nationale, il nous déclare que «ce sont principalement des unités mobiles qui se rendent près des 96 mosquées du royaume». Cette campagne «intervient alors que le nombre de donneurs baisse drastiquement durant le mois sacré», fait-il savoir.

S’agissant du cas en question, le docteur nous explique que le recours à la collecte de sang durant la nuit intervient pour «ne pas mettre en danger la santé du donneur». Il ajoute que le centre avertit les personnes qui viennent donner leur sang en journée, durant le mois sacré, des dangers et des complications.

«Ceux qui ne jeûnent pas ont probablement des problèmes de santé (diabète, tension…) alors que ceux qui disent qu’ils sont disposés à jeûner, nous leur disons que le patient aura du sang mais qu’ils peuvent revenir le soir après la rupture du jeûne, donc dans de meilleures conditions», enchaîne le directeur du CNTS.

«Lorsqu’une personne vient demander du sang, nous disposons toujours d’un stock d’urgence. Le sang donné par une personne n’est pas le même qui est attribué à la personne malade. Ce stock répond à toutes les urgences sans exception. Et même au cas où il n’y a pas de donneur, la personne qui en a besoin aura du sang.»

Mohamed Benajiba

Mohamed Benajiba insiste pour rappeler que «personne n’est obligée de donner son sang». «Le patient, que sa famille fasse don de sang ou pas, recevra ce dont il a besoin en matière de sang», souligne-t-il. Notre interlocuteur reconnait toutefois que le camion Bab El Had n’est plus opérationnel, «faut de rendement».

«Son équipe est déplacé vers celui situé à Témara», ajoute-t-il, considérant que durant le mois de Ramadan, les sites où plus de dons sont enregistrés sont les plus prisés. «C’est d’ailleurs la principale raison pour nous déplacer près des mosquées», conclut-il.

(*) Le prénom a été changé. Notre interlocutrice ayant requis l’anonymat «pour protéger la personne souffrante».

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