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Terrorisme : Comment les suprémacistes blancs s’inspirent entre eux

Une analyse du New York Times met au jour les modèles sur lesquels se calquent les terroristes extrémistes blancs pour passer à l’acte. Tous se sont en effet inspirés de meurtriers qui avaient déjà perpétré des attentats avant eux.

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Anders Behring Breivik lors de son procès, en 2012. / Ph. AFP / Pool / Heiki Junge

Les idéologies n’ont pas de frontières. En l’occurrence celle des suprémacistes blancs. Trois semaines après les attentats terroristes perpétrés dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, ayant fait 50 morts, le New York Times a réalisé une analyse sur les récents attentats terroristes. Publiée hier, elle révèle qu’au moins un tiers des assassins suprémacistes blancs depuis 2011 ont été inspirés par d’autres auteurs de ce genre d’attaques.

«Les liens entre les assassins s’étendent sur les continents et soulignent la manière dont Internet et les réseaux sociaux ont facilité la propagation de l’idéologie extrémiste blanche et de la violence», indique le journal américain. De l’Europe à la Nouvelle-Zélande, il n’y a qu’un pas que Brenton Tarrant, l’auteur des attentats terroristes de Christchurch, a allègrement franchi.

Un maillage de suprémacistes, sources mutuelles d’inspiration

Ainsi, dans un manifeste publié en ligne avant son attaque, l’assaillant a déclaré s’être inspiré des attaques terroristes menées par des extrémistes blancs en Norvège, aux États-Unis, en Italie, en Suède et au Royaume-Uni. Ses références à ces attaques l’ont ainsi inséré dans un vaste réseau mondial informel de suprémacistes blancs dont les attaques ont plus fréquemment lieu en Occident.

Anders Breivik, auteur des attentats d’Oslo et d’Utoya (77 morts et 151 blessés) en juillet 2011, a fasciné le terroriste de Christchurch et au moins quatre autres extrémistes blancs, d’après le New York Times. Dans le long manifeste qu’il avait élaboré avant de passer à l’acte, il y suggérait une liste de griefs sur l’immigration et l’islam. «Je pense que Breivik a été un tournant, car il était en quelque sorte la personnification du concept qu’un individu pouvait à lui seul mettre en pratique», explique J. M. Berger, auteur du livre «Extremism» (MIT Press, septembre 2018) et chercheur associé à VOX-Pol, une initiative universitaire européenne visant à étudier l’extrémisme en ligne. «Il a tué tant de personnes à la fois à lui seul que ça a véritablement établi un nouveau stade de ce qu’une personne est capable de faire», ajoute-t-il.

Le Norvégien n’est pas le seul terroriste à avoir inspiré d’autres tueurs. Le nom d’Alexandre Bissonnette, auteur des attentats de la Grande mosquée de Québec, en janvier 2017, a été retrouvé sur une arme qui a servi au massacre perpétré dans les deux mosquées de Christchurch. Une découverte qui «confirme que le responsable du meurtre de six fidèles à la Grande mosquée de Québec le 29 janvier 2017 a servi de modèle au tueur», observe le journal québécois Le Soleil.

Une capacité à provoquer des affrontements intercommunautaires

Alexandre Bissonnette s’était inspiré de Dylann Roof, un jeune américain qui a abattu neuf fidèles afro-Américains dans une église de Caroline du Sud en juin 2015. Bissonnette avait en effet consulté à 201 reprises des sites internet au sujet de Dylann Roof. De plus, le New York Times indique qu’au moins quatre tueurs extrémistes blancs ont fait des déclarations en ligne faisant l’éloge d’Elliot Rodger, auteur de la tuerie de masse d’Isla Vista dans le comté de Santa Barbara, aux États-Unis en 2014, au cours de laquelle il avait tué six personnes et en avait blessé quatorze autres avant de se suicider.

«Toutes ces attaques ont eu lieu dans le contexte d’une recrudescence du terrorisme suprémaciste et xénophobe en Occident, qui a fréquemment visé des musulmans, des immigrés et d’autres groupes minoritaires», souligne également l’analyse du New York Times.

Si la Nouvelle-Zélande n’a jamais vécu de telles attaques, celle-ci est loin d’être un cas isolé sur le plan international. Elle confirme en effet une recrudescence des attaques terroristes ciblant des musulmans, comme l’ont précédemment redouté des acteurs publics, y compris en Europe. Sur le continent, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a alerté, depuis fin 2015 et après les attentats en France revendiqués par Daech, sur la capacité des mouvances d’extrême droite à provoquer des affrontements intercommunautaires. Depuis, les arrestations au sein de groupuscules identitaires se sont succédées, à l’image de celles qui ont visé des militants de réseaux nommés OAS, reprenant le sigle de l’Organisation de l’armée secrète, un groupe anti-indépendantiste actif pendant la guerre d’Algérie.

Article modifié le 2019.04.05 à 12h31

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