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Société Publié

Marrakech : Soutenu par des MRE, un orphelinat se bat pour décrocher des subventions

L’association Radia se heurte aux obstacles administratifs pour pouvoir toucher une aide financière de l'Etat. Elle estime que l’administration lui met des bâtons dans les roues et juge peu pertinents les critères d'obtention de l'autorisation d'ouverture de son établissement.

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Une bénévole de l’association Radia pour l’adoption des nourrissons, installée à Marrakech. / Ph. Yabiladi

Les obstacles et aléas du monde associatif, Asmaa Jarmoune ne les connaît que trop bien. L’association Radia pour l’adoption des nourrissons, qu’elle a fondée et préside, se heurte en effet à de nombreuses difficultés depuis son ouverture officielle, le 21 janvier 2017.

Installée à Marrakech, celle qu’elle préfère définir comme une «maison» plutôt que comme un orphelinat, accueille des nourrissons abandonnés ou confiés temporairement par des mères célibataires le temps que celles-ci se reconstruisent financièrement et matériellement afin de pouvoir, à terme, récupérer leur enfant. Le nombre de bébés que l’association reçoit varie en fonction du nombre d’abandons qu’elle recense à Marrakech et dans les environs, nous explique Asmaa Jarmoune. «C’est irrégulier. Ça nous arrive parfois d’aller les chercher à l’hôpital sur ordre du procureur. Au total, nous avons une capacité de 30 lits», précise-t-elle.

L’âge des nourrissons ne dépasse pas les 24 mois, conformément aux statuts de l’association. Passé cet âge, ils doivent être transférés dans d’autres orphelinats.

«On fait tout pour que ça n’arrive pas. Jusqu’à présent, ça n’est jamais arrivé. Notre objectif, c’est de ne pas les ballotter d’orphelinat en orphelinat. La solution dans ce cas, c’est soit l’adoption ; soit attendre que la maman ait une situation plus convenable afin qu’elle puisse récupérer son enfant.»

Asmaa Jarmoune

S’il est parfois arrivé au centre de recueillir de jeunes enfants de plus de 24 mois – «jamais au-delà de 30» –, Asmaa Jarmoune jure n’en avoir jamais refusés. «On ne laisse pas un enfant dehors, assure-t-elle. On se débrouille toujours pour trouver une solution.»

 Asmaa Jarmoune, fondatrice de l'association Radia basée à Marrakech / Ph. Yabiladi.comAsmaa Jarmoune, fondatrice de l'association Radia basée à Marrakech / Ph. Yabiladi

Des exigences de l’administration jugées peu pertinentes 

Seulement voilà, les subventions de l’Etat se font toujours attendre. Depuis deux ans que la «maison» est ouverte, celle-ci n’a pas perçu un centime. Elle ne peut que compter sur les dons et le soutien, notamment des Marocains résidant à l'étranger. Ainsi, si Mohamed El Maatouk, un MRE rugbyman et ancien DTN de l’équipe nationale de Rubgy, a décidé de parrainer cette association, d'autres Marocaines et Marocains résidant à l'étranger contribuent via des dons.

Son dossier auprès de l’Entraide nationale à Rabat pour bénéficier de subventions a pourtant été déposé. Seulement, l’attente se fait longue. «Il nous a déjà fallu un an pour rassembler les documents, sans compter tous les obstacles qu’on rencontre aujourd’hui», déplore la responsable associative.  

Le centre accueillant des nourrissons, il tombe désormais sous le coup de la loi 65-15 du 12 avril 2018, relative aux établissements de protection sociale. Celle-ci conditionne l’octroi d’une subvention à l’obtention de l’autorisation d’ouverture et de gestion des établissements de protection sociale, que l’association peine à recevoir. «Au début, on a créé l’association comme n’importe quelle autre, avec une autorisation toute simple qu’on a obtenue auprès des administrations locales.»

Asmaa Jarmoune estime que l’administration «[leur] met des bâtons dans les roues». Exemple ? «Ils exigent qu’il y ait quatre nourrissons par chambre de 6 m², pas plus. Dans le cas d’enfants ou d’adolescents, cette exigence me paraîtrait légitime, mais là il s’agit de bébés. Au contraire, on préfère les rassembler ensemble pour qu’ils aient plus chaud», défend-t-elle. Ainsi, les plus âgés, soit entre huit mois et deux ans, ont été installés dans une chambre ; une dizaine d’autres nourrissons dans une autre pièce et enfin les plus petits dans une troisième, nous explique la présidente. Autre exemple ? «On nous demande un cuisinier professionnel pour élaborer des menus. Mais pour des bébés, là encore, je n’en vois pas la pertinence : pas besoin d’un cuisinier pour faire, tout au plus, des soupes et des veloutés.»

En outre, l’association étant hébergée au rez-de-chaussée d’une villa, l’administration refuse de lui octroyer l’autorisation au motif que son centre se situe dans «un sous-sol», selon le terme employé par les agents. Les locaux vont donc être transférés dans un autre espace «plus spacieux». En attendant, le sort de l’association est suspendu à l’Entraide nationale. La présidente dit «ne pas [savoir] sur quel pied danser» et se raccroche tant bien que mal à la procureure du roi, dont elle a «le soutien», même si ses prérogatives restent limitées, s’inquiète-t-elle.

En cette «période de creux», le centre héberge une quinzaine de nourrissons. Asmaa Jarmoune, qui s’attend à une hausse des arrivées, redoute les prochains mois. Sans l’autorisation d’ouverture, elle sera contrainte de mettre la clé sous la porte.

Mohamed El Maatouk, parrain de l'orphelinat et ancien DTN de l'équipe nationale de rugby / Ph. Yabiladi.comMohamed El Maatouk, parrain de l'orphelinat et ancien DTN de l'équipe nationale de rugby / Ph. Yabiladi

Article modifié le 2019.02.05 à 21h16

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