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Média Publié

Diaspo #69 : Natij Benseddik, journaliste des mouvements sociaux dans la presse néerlandaise

Directeur fondateur du site Amazigh Times et actif dans le milieu associatif de Rotterdam, Natij Benseddik a découvert sa passion pour la presse sur le tard.

Temps de lecture: 3'
Natij Benseddiq, directeur du site Amazigh Times basé à Rotterdam (Pays-Bas) / Ph. DR.

De père ouvrier, Natij Benseddik est né et a grandi à Rotterdam (Pays-Bas). Il a six ans quand ses parents marocains décident de rentrer au pays, le temps que leurs six enfants apprennent la langue maternelle et s’intègrent au tissu de leur ville d’origine, Al Hoceïma. Le jeune homme y aura vécu cinq ans, avant que ses parents ne décident de revenir à la banlieue d’Amsterdam.

«Il faut dire que ces cinq années ont été les pires de ma vie», reconnaît-il en évoquant son choc lorsqu’il a intégré l’école publique marocaine dans les années 1980, ou encore les confusions linguistiques lors de son apprentissage du rifain et de l’arabe, lui qui a été habitué jusque-là à parler couramment le néerlandais. «C’était finalement bénéfique car cela a consacré mes liens avec le Maroc, mais toute ma vie est aux Pays-Bas même si je reste très attaché à mon pays d’origine», nous explique le journaliste.

Son grand-père est arrivé aux Pays-Bas dans les années 1960, répondant à une demande de main d’œuvre en Europe. «A l’âge de douze ans, mon père l’a rejoint dans le cadre d’un regroupement familial et c’est comme cela que nos liens se sont tissés avec une deuxième patrie», confie-t-il encore.

Une révélation dans la presse néerlandaise

De retour aux Pays-Bas, le maroco-néerlandais se découvre précocement une passion pour la caméra, le montage et la vidéo. Cependant, c’est en économie qu’il poursuit ses études supérieures pour se spécialiser en comptabilité. Entre son domaine professionnel et le journalisme, il n’y a eu qu’un pas, puisque son amour pour le métier l’a poussé à gravir les échelons assez rapidement.

«Aux Pays-Bas, les journalistes n’ont pas besoin de faire des études dans le domaine pour évoluer très vite», nous explique-t-il. Natij Benseddik suit alors une formation de six mois, pour basculer ensuite dans le monde de la presse.

En 2011, le journaliste s’intéresse aux manifestations du Mouvement du 20 février au Maroc. A ce moment-là, il est le seul professionnel d’origine marocaine à traiter le sujet aux Pays-Bas. C’est ainsi que son nom se fait connaître, devenant même une référence dans la couverture des mouvements sociaux au Maroc et, par extension, en Afrique du Nord. Dès lors, Natij Benseddik est de plus en plus sollicité par ses confrères néerlandais, qui lui proposent un recrutement dans les quotidiens nationaux.

Alors que son nom gagne en notoriété dans le paysage de la presse néerlandaise, le journaliste aspire à créer un média qui s’adresse à la diaspora nord-africaine installée essentiellement aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Natij Benseddik conçoit ainsi Amazigh Times, qui s’adresse essentiellement aux ressortissants amazighophones pour relayer les actualités les concernant directement, tout en faisant connaître leurs pays d’origine, leur culture, mais également leur tissu associatif établi en Europe.

L’action associative, un exercice quotidien

Créer cette plateforme commune a rapproché les binationaux issus d’Afrique du Nord, ce qui a permis à Natij Benseddik d'avoir un pied également dans le bénévolat au sein du milieu des associations culturelles, favorisant les rencontres et les échanges entre les membres de cette communauté et la société néerlandaise où ils se sont intégrés sans grande difficulté. Ainsi, le Nouvel an amazigh est désormais célébré chaque année aux Pays-Bas à l’initiative de ces associations.

Des soirées musicales se tiennent également, en présence de musiciens et d’artistes issus essentiellement du Rif, du Souss et d’autres régions marocaines, ainsi que de Kabylie en Algérie. «A travers ces associations, nous organisons également des collectes de vêtements, comme l’année dernière en période hivernale, lorsque nous avons pu envoyer les lots importants à Anfgou et dans l’Atlas», nous explique Natij Benseddik.

«Que les Marocains vivent dans leur pays natal ou ailleurs, ils gardent toujours cet esprit de solidarité qui donne lieu à de belles initiatives, à travers lesquelles nous renforçons nos liens entre nationaux d’abord, et ensuite avec notre mère patrie.»

Natij Benseddik

Habituellement, le journaliste vient d’ailleurs au Maroc plusieurs fois par an. Mais depuis quelques temps, les retours se font plus rares comme il nous l’explique avec regret : «J’avais l’habitude de venir quatre à cinq fois par an. Cependant et depuis le début du Hirak du Rif et des arrestations massives à Al Hoceïma, je suis malheureusement dans la contrainte d’éviter ces allers-retours fréquents. J’ai un pincement au cœur en voyant beaucoup de jeunes de ma ville d’origine inquiétés par la justice sans raisons. Les quelques fois où j’y suis allé depuis, j’ai même été suivi.»

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