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Histoire Publié

Armée de libération marocaine #4 : Naissance des premières fractions  

Dans cette quatrième partie, nous revenons sur le début de la formation des cellules de l’Armée de libération dans le «Triangle de la mort», à Mermoucha ainsi que dans d’autres régions. Nous ferons aussi le point sur le rôle prépondérant de plusieurs personnalités dans ce processus dont Ali Boutaher Akdad et Abbas El Messaâdi.

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Image d'illustration. / DR

Vers 1951, les premières apparitions de cellules secrètes donneront naissance, la même année, à la première fraction de l’armée de libération marocaine à Tizi Ouasli et Aknoul. Selon les mémoires de Abdelaziz Akdad, Liyass Mimoun Aâkka et Mohamed Khouja dans «Abbas El Messaâdi, l’arbre qui cache la forêt de l’Armée de libération» (Abou Rakrak pour l’impression et l’édition, 2011), d’autres fractions seront constituées dans l’ensemble des douars de la tribu Gueznaia. En 1952, après son retour dans son village de Mermoucha, Liyass Mimoun Aâkka formera aussi la fraction de l’Atlas. L’ensemble de ces fractions débuteront les entraînements aux armes ainsi que la recherche d’approvisionnement.

Ainsi, les résistants à Gueznaia lanceront la mise en place de fractions de l’armée de libération, en préparation à la lutte armée et le travail de libération dans toute l’Afrique du Nord, indépendamment de tous les partis politiques ayant rejeté l’option de la lutte armée, rapporte Mohamed Khouja. Plusieurs résistants de Gueznaia avaient une expérience directe ou indirecte en termes de lutte armée, étant donné qu’un certain nombre de dirigeants et fondateurs de l’Armée de libération avaient pris part aux combats de résistance dans les campagnes du Rif entre 1921 et 1926 sous la direction de Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi. Il s’agit notamment d’Abdelaziz Akdad, Hassan Zekriti ainsi que Mohamed Omar Oukhtou.

Le premier a été l’un des commandants de l’armée de libération et avait même dirigé l’attaque contre le centre de Bourd le 2 octobre 1955. Son père s’était engagé dans la guerre du Rif. Quant au deuxième, il était le chef d’une centaine de personnes lors de la guerre du Rif et avait été nommé par El-Khattabi en tant que responsable de l’une des sections locales de sa direction. Pour sa part, Mohamed Omar Oukhtou alias «Amghar» (Cheikh d’une tribu) a succonbé à ses blessures pendant la guerre du Rif en 1946. Il répétait toujours devant ses fils que «le prince Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi lui avait promis de revenir pour combattre ensemble le nouveau colonisateur. Ses fils suivront le chemin de leur père. L’un d’eux, Mohamed, occupera le poste de commandant de brigade dans l’armée de libération marocaine.

Ali Boutaher Akdad et la première fraction au «Triangle de la mort»

En plus d'expériences des membres originaires de Gueznia dans la lutte armée, Ali Boutaher Akdad jouera un rôle important et essentiel dans la mise en place des fractions de l’armée de libération. Abdelaziz Akdad Addaouairi le considère, dans ses mémoires, comme le vrai fondateur de l’Armée de libération à Gueznia, le qualifiant de «pouls de la révolution» ou encore de «Dynamo de la révolution de Gueznia».

Dans ses mémoires, Abdelaziz Akdad insistera, à maintes reprises, sur le rôle de pionnier de ce personnage dans la constitution des premières fractions de l’ALM, grâce à son intelligence, sa capacité à mobiliser, à étudier, à analyser et à interpréter tout ce qu’il reçoit d’information et de secrets quant à la politique française au Maroc. Abdelaziz Akdad souligne aussi le rôle d’Ali Boutaher dans la préparation psychologique du peuple pour prendre part à la guerre de libération, en insistant sur le fait qu’une «révolution pour tourner la page du colonialisme soit inévitable lorsque la main de ce colonialisme s’étend à la mise en œuvre des menaces répétées et variées».

L’historien insiste aussi sur la position d’Ali Boutaher aux yeux des membres de sa tribu. Il enseignait des sujets religieux à la mosquée de Douar Douwayer à Oulad Ali Bin Issa, à Tizi Ouasli. Il répondait aussi aux lettres adressées aux dirigeants de l’Armée de libération compte tenu de sa culture et ses capacités de leadership. De plus, Ali Boutaher est considéré comme l’une des personnalités ayant assuré le succès de l’Armée de libération marocaine.

Pour ce résistant, les opérations de guérilla individuelles dans les villes ne correspondaient pas à la situation de la campagne. Il considérait aussi que la solution était de déclencher une révolution et d’en assurer le succès, la continuité et la généralisation à travers la création de l’Armée de libération. Avec Hassan Ben Hammouch Zekriti, il fixera les conditions du déclanchement de cette révolution lors d’une première réunion du groupe de Tétouan le 17 juin 1955 (avec Houcine Berrada, Aujjar Mohamed El Manouzi alias Said Bounailate, Ibn Abdellah El Ouakouti El Yeznassi et Mohamed Ouliiz Touzani).

Gueznia, Ajdir et Aknoul

Des conditions parmi lesquelles «la généralisation de la révolution», «l’indépendance vis-à-vis de l’extérieur contrairement aux accusations de l’occident d’une révolution au profit de l’Est communiste» et «l’indépendance des fractions de Gueznia jusqu’à l’acceptation de l’ensemble des conditions» posées par Ali Boutaher Akdad et Abdesslam Ben Haddou.

Toujours selon les mémoires d’Abdelaziz Akdad Addaouairi, Ali Boutaher s’occupait, avec Hassan Ben Hammouch Zekriti, du choix des hommes et des jeunes issus des douars de la tribu Gueznia et aptes à s’inscrire dans les rangs de la résistance. Après avoir prêté serment, ils sont envoyés dans la mosquée de Bni Hazim, pour commencer les entrainements sous la supervision d’Abdelaziz Addaouairi. Ce dernier appliquait les consignes de Boutaher et Zekriti en termes d’organisation et de formation de ces «moudjahidines».

Parallèlement, à Gueznia, deux cellules de nationalistes appartenant au Parti de l’Istiqlal se sont également formées, comme le rapporte Mohamed Khouja dans son ouvrage «L'Armée de libération marocaine, 1951-1956». C’est à Ajdir que la première cellule sera constituée avant qu’une deuxième ne soit constituée à Aknoul.  Les membres des deux sections, surveillés par les Français, subiront des arrestations, des exils et des harcèlements. Mais en dépit de leur appartenance partisane, ils contribueront dès le début à la naissance des fractions qui conduiront à l'émergence de l'Armée de libération, en particulier les membres de la cellule Ajdir.

Mais avant, ils couperont contact les formations politiques qui tenteront, des mois durant, d’influencer le cours de la lutte armée (il s’agit du Parti de l’Istiqlal, Parti de la Choura et de l’Istiqlal (PDI) et des sections locales de formations politiques).

Abbas El Messaâdi, la direction de Nador et les fractions de l'armée de libération

Sur un autre front et après son arrivée à Nador à l’été de 1955, environ deux mois et demi avant le lancement de la première opération de l’Armée de libération marocaine le 2 octobre 1955, Abbas El Messaâdi va mener une course contre la montre pour se préparer à la bataille du 2 octobre 1955. Au moment de son arrivée, les résistants du Maroc oriental, surtout à Gueznia, Mermoucha et d’autres régions avaient déjà trouvé une sortie de crise que vivait la résistance armée dans les villes, avec la possibilité de transférer les combats vers les montagnes. Ils étaient aussi organisés en cellules secrètes et n’attendaient que les armes pour mener les combats.

Abbas El Messaâdi intensifiera les travails sur plusieurs échelles, y compris la création de nouvelles cellules et fractions dans le nord-est du royaume.

Dans «Abbas El Messaâdi, l'arbre qui cache la forêt de l'Armée de libération» (Edition Abou Rakrak pour l’impression et l’édition, 2011), Mohamed Khouja rapporte d’El Messaâdi ouvrira de nouveaux centres dans le nord du moyen-Atlas et les tribus orientales dans les alentours de Berkane, dans la partie ouest de Guerssif et Mssoun ou Saka. Dès ses premiers jours à Nador, ce résistant multipliera les contacts  avec différentes régions et différents centres proches des frontières entre l’occupation française et espagnole, surtout à Gueznia, Mtalssa, Ait Bouyahi, Ait Yeznassen et mêmes les parties se trouvant loin de ces frontières. Il laissera aux résistants originaires de ces parties la gestion de ces cellules. Ces résistants, prêts à s’engager dans le mouvement de résistance étaient disposés à convaincre les membres influents de leurs tribus et de coordonner les actions pour atteindre des centres s’étalant de Guercif à Azrou et à Berkine.

Dans ses mémoires, Liyass Mimoun évoquera les centres du moyen-Atlas, indiquant que le plan d’Abbas El Messaâdi «visait à déclencher la guerre dans toutes les parties des montagnes de Bouiblane, à l’ouest, à l’est et au nord».

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