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Société Publié

Le Maroc et la migration vu par le CESE à la veille du Pacte de Marrakech

Ce vendredi, le Conseil économique, social et environnemental publie son avis sur «la migration et le marché de travail». Un document qui aborde notamment la politique migratoire du royaume et fait plusieurs recommandations à la veille de l’adoption du Pacte de Marrakech pour une migration sûre, ordonnée et régulière.

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File de migrants subsahariens attendant leur régularisation à Rabat, le 5 décembre 2016. / Ph. Fadel Senna (AFP)

Les 10 et 11 décembre prochains, les regards du monde entier seront tournés vers Marrakech, qui accueillera dans deux semaines la Conférence intergouvernementale pour l'adoption du Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière. A la veille de ce rendez-vous, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’autosaisit du sujet de «la migration et le marché de travail» et publie ce vendredi son avis. Un document qui «se focalise sur les immigrés et non sur les réfugiés et demandeurs d’asile».

Bien qu’il accorde une bonne partie au travail des migrants, l’avis du CESE donne une vision globale du phénomène migratoire au Maroc et en Afrique. «Le Maroc (…) constitue à la fois un pays d’émigration, de transit ainsi qu’une terre d’immigration», rappelle le document parvenu à Yabiladi. Le CESE dit aussi s’attendre à une «augmentation du nombre de migrants issus d’Afrique subsaharienne».

Dans un monde où le nombre de migrants a augmenté, en 2017, à environ 258 millions selon l’Organisation des Nations unies, soit 3,4% de la population mondiale, le nombre de migrants en Afrique est estimé selon l’ONU à 24,7 millions pour l’année 2017. Un chiffre qui représente 2% de la population africaine. «Au Maroc, ce nombre de 101 200 selon la même source et constitue environ 0,3% de la population du pays (en 2017)», rappelle le document.

La politique migratoire du Maroc mise en exergue

Pour le CESE, «les efforts déployés par l’ensemble des acteurs pour maitriser les flux de migrants africains vers l'Europe, ainsi que le développement du continent ouvrent la voie vers de nouvelles opportunités économiques, pourraient accroître cette migration intra-africaine». Les effets des changements climatiques qui engendrent une vulnérabilité des populations africaines pourraient aussi accentuer cette situation.

Depuis 2013, la politique migratoire marocaine a connu un «tournant important», suite aux hautes orientations données par le roi Mohammed VI au gouvernement afin de développer «une politique migratoire humaniste dans sa philosophie, globale dans son contenu, responsable dans sa démarche, en phase avec l'évolution du phénomène et pionnière au niveau régional». C'est dans ce contexte que la Stratégie nationale en matière d’immigration et d’asile (SNIA) a été lancée pour assurer «une meilleure gestion des flux migratoires dans le respect des droits de l'Homme et faciliter l'intégration des immigrés réguliers en mettant en place un cadre institutionnel adapté aux nouveaux défis».

Des opérations de régularisation des migrants ont alors été respectivement lancées en 2014 et fin 2016. Plus de 43 000 demandes de régularisation ont été acceptées. Mais parallèlement, les estimations des migrants non réguliers ou clandestins, non recensés par les services officiels, portent leur solde à environ 20 000 migrants résidents de manière illégale sur le territoire marocain.

Le CESE rappelle aussi l’engagement du Maroc dans le dossier migratoire, citant plusieurs dates et conventions ratifiées par le royaume. L'occasion de citer la Politique nationale intégrée en matière d’immigration et d’asile, déclinée en onze programmes d’actions concernant plusieurs domaines, dont l’éducation et culture, la jeunesse et sport, la santé, le logement, l’assistance sociale, la formation professionnelle et l’emploi.

«Considérer la migration comme une ressource durable»

Le royaume veut surtout faire de la migration un levier du «co-développement, un pilier de la coopération sud-sud, et un vecteur de solidarité». «Pour cela, il convient de considérer la migration comme une ressource durable et une solution qui répond aux différents problèmes liés au développement et participe à la construction d’une société privilégiant la solidarité, la diversité, le vivre-ensemble, la cohésion sociale et le dialogue des civilisations», détaille l’avis.

Ainsi, le CESE fait plusieurs recommandations, dont la mise en place d’«un mode de gouvernance novateur pour faire de la migration un réel levier du co-développement, de la coopération et de la solidarité, capable d’assurer une cohérence des politiques publiques et agendas relatives aux migrations de travail». Il suggère aussi de «renforcer la coopération internationale pour une meilleure gestion des flux migratoires» et d’«assurer un financement continu pour une gestion efficace de l’intégration des migrants».

Le conseil dirigé par Nizar Baraka propose aussi d’«optimiser la mise en œuvre de la stratégie nationale en matière d’immigration et d’asile au niveau territorial», de «renforcer l’intégration des immigrés au Maroc par l’emploi décent et améliorer l’accès aux services de base» et de «favoriser l’intégration culturelle des migrants».

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