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Société Publié

Chronique littéraire : L’écriture féminine, une écriture de culpabilité

Actuellement, les écrivaines marocaines réclament une totale liberté de création et rejettent toute sujétion à un déterminisme sexuel qui pourrait orienter thématiquement ou esthétiquement leur texte.

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Photo d'illustration. DR

La place et l’image des femmes dans l’écriture comme dans la société demeure toujours exposée à travers le duel des désirs et des interdits. Des interdits qu’il ne faut jamais transgresser. D’où cette culpabilité ressentie par les écrivaines, et sur laquelle s’interroge Béatrice Dédier : «La femme ressent le temps de l’écriture comme un temps volé à l’homme.» Toutefois, cette culpabilité, que les femmes essayent à tout prix de contrôler voire même de surpasser, constitue paradoxalement une étonnante source de création. En fait, c’est cette culpabilité ressentie qui permet à ces écrivaines de s’essayer à de nouveaux exercices littéraires, en vue de façonner une littérature qui leur sera propre.

Une nouvelle écriture

En adoptant la perspective de Dédier (spécialiste de l’écriture féminine) à l’écriture marocaine, nous pouvons assurer que les écrivaines marocaines telle que Baha Trabelsi dans «Femmes tout simplement», Siham Benchekroun dans «Oser vivre» et Souad Bahéchar dans «Ni fleurs ni couronnes» pour ne citer que ces trois exemples, saisissent parfaitement la culpabilité qu’elles ressentent ou du moins qu’on leur fait sentir, de manière à ce qu’elles font tomber thématiquement les tabous dans leurs écrits. Faute d’être acceptée dans le cadre de l’ancienne littérature, pourquoi ne pas écrire complètement une nouvelle en traitant des questions nouvelles concernant la problématique de l’identité, du corps féminin, de la sexualité de façon relativement effrénée.

Non au déterminisme sexuel

Nous pouvons dire alors que ce sentiment de culpabilité fait l’originalité de l’écriture féminine marocaine contemporaine. Néanmoins, ce qui rend cette production originale, ce n’est pas tant sa hardiesse, son audace ou même son désir de provocation systématique du système patriarcal et ses pratiques discriminatoires à l’encontre de la femme. Son originalité tient au fait qu’elle expose une problématique visant à remettre en question aussi bien ce système que certaines idées associées à la pensée féministe. Actuellement, les écrivaines marocaines réclament une totale liberté de création et rejettent toute sujétion à un déterminisme sexuel qui pourrait orienter thématiquement ou esthétiquement leur texte. Si ces écrivaines refusent d’adhérer au féminisme et qu’elles prennent leur distance par rapport aux doctrines féministes, c’est parce qu’elles désirent qu’on les traite comme des écrivaines à part entière et non pas comme des «femmes écrivaines».

Une écriture de la sensation 

L’écriture féminine marocaine contemporaine se veut une écriture très proche de l’oralité, du «parlé» que les femmes maîtrisent fort bien d’ordinaire. C’est une écriture qui adopte un style vécu, libre et libéré de la raideur, du pragmatisme des discours masculins. Bref ! C’est une écriture du sensuel. En fait, écrire n’est pas fait pour oublier, pour rassurer ou pour aider à supporter la réalité. L’écriture féminine est surtout une écriture de la sensation et des sens qui ne se définit pas uniquement par sa thématique mais aussi pas sa sensibilité. Une sensibilité issue d’un désir de l’innovation, qui est lui-même natif d’un sentiment permanent de culpabilité. Mais il s’agit d’une culpabilité positive du moment qu’elle demeure à l’origine de la créativité féminine au Maroc.

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