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Caïd Maclean ou les aventures d’un commandant écossais dans la cour de Moulay Abdelaziz

Courageux, intrépide et proche du sultan Moulay Abdelaziz, Caïd Maclean était un général écossais et instructeur de l’armée marocaine. Au cours de sa carrière l’ayant conduit au royaume, il traversa une série d’expériences passionnantes.

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Caïd Maclean en compagnie de plusieurs personnalités étrangères. / Ph. DR

Au milieu des années 1800, la cour alaouite avait besoin d’un homme comme Harry Aubrey de Vere Maclean. Fils d’un sous-lieutenant-chirurgien, l’homme costaud rejoint l’armée britannique en 1869 avant de devenir, quelques années plus tard, le bras droit du sultan alaouite Hassan Ier.  Un parcours inédit ayant fait l’objet d’un chapitre dans le livre «Le Clan Grillian» (The Clan Grillian, Edition Hansebooks, 2016), de son auteur Alexander Maclean Sinclair. C’est dans ce même ouvrage que l’auteur écossais rapporte que Caïd Maclean avait démissionné de son poste au sein de l’armée britannique en 1876 pour accepter celui «d’inspecteur et responsable des entraînements et de la discipline au sein de l’armée du sultan du Maroc».

Une version légèrement différente de celle relayée par l’auteur et bloggeur écossais Brian D Osborne qui suggère qu’en 1988, le sultan marocain «envoya 100 soldats à Gibraltar pour être formés et demanda à l’ambassadeur britannique au Maroc, Sir John Drummond-Hay, de trouver un officier britannique qui accepterait de servir le sultan et d’entraîner son armée».

Maclean, l’un des génies derrière l’embargo autour du décès sultan Hassan Ier

Dans les deux cas, Maclean avait accepté de rejoindre les services du sultan alaouite Hassan Ier avant de gagner en notoriété pour ses compétences militaires, son humour et ses origines écossaises. En effet, il était «populaire parmi les maures (les Marocains, ndlr)», écrit Alexander Maclain Sinclair dans son livre où il décrit Caïd Maclean comme «un homme énergique, un excellent cavalier et un bon tireur, toujours prêt à courir des risques dans les services du sultan».

Mais les origines de Maclean n’étaient pas le seul facteur faisant de lui un homme célèbre et respecté dans le royaume. Ses manœuvres et ses aventures dans la cour alaouite y avaient aussi joué un grand rôle. Sa première grande aventure avait eu lieu en 1894 lors du décès du sultan Hassan Ier, qui était proche de Maclean et qui avait perdu la vie alors qu’il menait une Harka (expédition de collecte d’impôts), rapporte Brian D Osborne.

Portrait de Caïd Maclean. / Ph. DRCaïd Maclean en compagnie de plusieurs personnalités étrangères. / Ph. DR

Afin de préserver la paix et l’unité du royaume chérifien, Caïd Maclean et «le chambellan du sultan avaient comploté ensemble pour garder secrète le nouvelle du décès du sultan alaouite, jusqu’à ce que le fils préféré de Hassan, Moulay Abdelaziz, alors âgé de quatorze ans, puisse assurer la succession».

Le Caïd écossais avait donc gardé secret la mort du sultan pendant cinq jours. Seuls ses esclaves savaient que Hassan Ier était décédé lors de sa Harka. Le corps du sultan n’avait été enterré qu’une fois la dépouille arrivée dans la capitale.

Il tirait profit des commissions sur les bicyclettes du sultan Abdelaziz

L’astuce était un bon début pour consolider la relation entre Maclean et le sultan Moulay Abdelaziz. Les deux hommes s’entendaient bien et avaient les mêmes idées. Rapidement, Maclean avait été nommé Commandant de l’armée. Il avait ensuite entraîné l’infanterie marocaine, tout en appréciant d’être le conseiller le plus proche du sultan à une époque où l’Empire chérifien luttait pour faire face aux grandes puissances européennes qui avaient un intérêt pour le Maroc.

Par ailleurs, pour Brian D Osborne qui citait un article publié par le prestigieux journal «The Times» en 1901, Caïd Maclean «était probablement la seule personne au Maroc à partager les opinions modernisatrices du sultan». Connu pour sa passion pour le monde occidental, Moulay Abdelaziz trouve dans Caïd Maclean «l’homme qui répondra à ses exigences enfantines». Selon l’auteur écossais, Caïd Harry Maclean «avait tenu compte de l'intérêt du jeune sultan pour les nouveautés occidentales telles que les bicyclettes et les caméras». «Il les importait même pour le Sultan, tout en tirant profil à travers des commissions», continue la même source.

Mais la carrière aventureuse de Maclean au Maroc ne s’était pas bien terminée. Envoyé par le sultan pour négocier avec Moulay Ahmed Raissouni (connu sous plusieurs casquettes : pirate, rebelle ou gangster) dans la région de Jebala, Maclean sera kidnappé. Pendant sept mois, le distingué caïd avait été retenu en otage par les hommes de celui que certains qualifient de Robin des Bois de l’Empire chérifien.

Portrait de Caïd Maclean conservé dans la Bibliothèque nationale d'Ecosse. / Ph. DRPortrait de Caïd Maclean conservé dans la Bibliothèque nationale d'Ecosse. / Ph. DR

Un retour en Ecosse après l’abdication de Moulay Abdelaziz

Durant la période où il était kidnappé, Maclean, soupçonné d’être un agent double pour les Britanniques, envoyait des lettres à l’ambassadeur britannique Sir Gerard Lowther pour décrire les conditions horribles de sa détention. Raissouni avait demandé une rançon de 20 000 livres sterling au gouvernement britannique après avoir fait endurer à Maclean plusieurs souffrances psychologiques. Dans l’une des lettres trouvées au Public Record Office en Grande-Bretagne, Maclean écrivait :

«L’homme responsable de ma garde est un sauvage affreux - il y a trois jours, j’ai eu une grosse dispute avec lui et depuis, lui et tous ses hommes font des bruits horribles juste devant ma tente, tous les soirs et jusqu’à 4 heures du matin, seulement pour m’énerver.»

Ce n’est qu’en février 1908 que Caïd Maclean est libéré après la réception par Raissouni et ses bandits de la rançon réclamée. Mais les jours de l’Ecossais au Maroc avait officiellement pris fin, d’autant plus que son sultan préféré avait été remplacé par son frère Moulay Abdelhafid.

Maclean regagnera ensuite son pays mais n’a pas pu quitter le Maroc pour si longtemps. Après avoir divorcé de sa femme, il regagnera Tanger où il passera le reste de sa vie en tant que commandant écossais à la retraite et conseiller préféré du sultan alaouite.

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