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Société Publié

Attaques terroriste de l’Aude : Un déracinement français

L’empêchement dans la transmission intergénérationnelle est un facteur d’engagement dans la violence extrême.

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Après 6 ans de terrain entre la France et le Maroc, on peut questionner dans le cadre de l’attentat survenu le 23 mars dans le sud de la France, à quoi rime de préciser l’origine marocaine de l’auteur, surtout pour un enfant ayant quitté le Maroc à l’âge de 7 mois ? Sauf à faire les mêmes hypothèses que nous sommes convenu de faire pour les nourrissons revenants de zone de combat !

Dans l’étendu des facteurs de vulnérabilité pour comprendre le parcours de ce profil particulier du djihadiste suicidaire, une hypothèse reste à creuser avec beaucoup plus d’attention. Celle de la rupture de la transmission dans l’histoire familiale comme élément fondateur du traumatisme de ces enfants nés de la diaspora en méditerranée.

Tant que le «Bled» restera non pas une «parenté à plaisanterie» fécondant la diversité (Françoise Héritier) mais l’alpha et l’oméga de la relation incomprise à la plus ou moins grande part de «francité» en soi (comme investissement psychique). Tant que la relation France – étranger (ici le Maroc) est décrite comme une relation au «Bled», la France est bien davantage, une veuve noire pour ces profils de descendants de la diaspora, qu'un territoire que l'on sait investir à son profit, dans le respect de l'intégrité de chacun. La terre promise pour les prédécesseurs est alors une promesse sans récipiendaire pour la génération qui vient.

Offrir un horizon alternatif

J’en déduis donc qu’il est quasiment impossible de désengager, ce profil particulier du terrorisme, sans un travail de coopération interministériel et diplomatique entre nos pays, entre le pays où l’on grandit et le (les) pays d’origine. Désengager de la violence radicale ce profil suicidaire dont la France n’a jamais compris le besoin primaire, relève d’une forme de retour aux origines. Il s’agit de relier les motifs d’engagements dans le djihadisme aux besoins des jeunes que la promesse du discours radical est venue combler (Dounia Bouzar).

Comprendre d’où ce jeune vient. Si ce jeune provient d’une histoire souvent dramatique de familles déracinées pour en instrumentaliser la force de travail (Abdelmalek Sayad), sa génération doit pouvoir se réaliser autrement que dans la vengeance sacrificielle. Une vengeance par la loi divine dévoyée par une autre promesse, non plus républicaine, mais politico-religieuse radicalisée.

Comme le disait Danny Trom, dans son ouvrage sur la gauche radicale et Israël, l’équation à résoudre à plusieurs inconnues, est celle de la «promesse et de l’obstacle». Ensemble peuples de la méditerranée nous y arriveront, seuls nous sommes condamnés, à la répétition du cycle de la vengeance (Raymond Verdier).

Tribune

Julien Tardif
Doctorant en sociologie
Sociologue de formation, philosophe de coeur, et clinicien de raison
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